‹ De l'esprit des religionsChapitre 134 sur 222 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Ce que l'on peut conjecturer du Déluge par les traces qu'il a

laissées.

Il est impossible de nier que la terre n'ait été submergée : mais la religion enseigne qu'elle le fat universellement; et les philosophes n'admettent qu'une inondation partielle. D'autant qu'on rencontre dans la plupart des montagnes éloignées de la mer , telles que les Pyrénées et les Cordillères , des traces de volcans , ils prétendent qu'elles formèrent autrefois le centre d'îles, comme aujourd'hui encore l'Etna et le Vésuve ; en sorte que les eaux se seraient peu à peu retirées d'un pays pour en couvrir un autre , et auraient ainsi fait progressivement le tour du monde. Ce n'est pas toutefois une preuve ; car , partout où l'on trouve des foyers éteints , on peut aussi présumer qu'ils auront été alimentés par des eaux stagnantes et corrompues, par la fange que le déluge a laissée après lui. Ces volcans proviendraient-ils d'une inondation , rien ne dit qu'elle ait été progressive s la surface du

globe annonce , au contraire , un bouleversement universel. Ces vastes sillons creusés dans son sein , ces montagnes élevées dans un jour de destruction, •monumens de ruine et de deuil ; ces forêts entières descendues dans l'abîme , tout atteste la violence des torrehs , l'élévation subite et générale des eaux. En effet, on ne peut comprendre dans le même système les montagnes de roche sans mélange , et celles qui ne sont formées que de débris. Les unes ont été édifiées ?vec le monde, et comme ses piliers , tandis que les autres sont purement accidentelles : on peut appliquer à celles-ci les observations qu'on a faites sur leur dépérissement , et non aux autres qui sont entrées dans le plan du Grand Architecte.

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