CHAPITRE V
Fâcheuses conséquences que l'on tirait du dogme de la vie
future.
Ce dogme, qui annonce à l'homme d'autres destins , et enfin l'accomplissement de la justice éternelle , ce dogme qui n'aurait dû inspirer* que des craintes salutaires pour la société, a cependant tourné, presque partout, à son préjudice. Les peuples de l'Amérique , comme ceux de l'Inde , s'imaginant que la mort n'était qu'un changement de demeure, brûlaient, en conséquence, avec le défunt, une partie de ses femmes. Chez les Gaulois , les cliens et les amis du mort se jetaient volontairement dans son bûcher; on immolait, à ses funérailles, ceux de ses esclaves dont on pensait que le service devait lui être plus agréable. L'idée qu'on avait que les besoins étaient les mêmes dans l'autre monde, faisait qu'on brûlait jusqu'aux billets et reconnaissances, pour qu'ils y fussent acquittés. C'est cette croyance qui a rendu, chez tous les peuples, le suicide si fréquent.
La religion chrétienne, en abolissant ces horri-
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tries coutumes, a inspiré assez de confiance dans la miséricorde diyine , pour adoucir les angoisses du trépas, mais non cependant au point de rendre l'homme certain de son sort. Elle met sans cesse en opposition la bonté et la justice de Dieu, de manière à éviter le désespoir et la sécurité, deux excès également funestes. On lui a reproché les craintes qu'elle faisait naître aux approches de la mort; mais elle ne fait, en cela, que restituer à la nature les droits qu'une fausse doctrine lui avait enlevés.