CHAPITRE XXVI
Du principal schisme des Mahométans.
Il y a dans le mâhométisme une quantité proligieuse de sectes , dont les unes à la vérité ne oivent le jour qu'à des expositions diverses de octrine , tandis que les autres proviennent de la onsidération que chaque pays a différemment
1 Une autre erreur des Priscillanistes , était de croire que ésus-Christ avait un corps feint et apparent.
i56 de l'esprit
accordée aux premiers Califes. Il semble même d'abord que ce soit la véritable cause de cette grande division des Mahométans en deux sectes principales , qui sont à peu près, Tune par rapport à l'autre , ce que sont dans le christianisme l'Eglise grecque et l'Eglise latine. Mais , eu examinant mieux , on verra que l'extrême vénération que les Perses ont pour Ali , qu'ils regardent comme le père de leur religion , et celle non moins outrée que les Turcs portent à Omar , ne sont an fond que le voile de leur rupture.
Le mahométisme ayant réuni sous la même discipline les peuples de l'Arabie et de la Perse , il ne se pouvait autrement que la nation dont il h'avait point emprunté les usages, qui au contraire était forcée de se soumettre à ceux d'une race étrangère, quelque extraordinaires qu'ils fussent ' , ne retînt aussi de son côté plusieurs de ses opinions et de ses pratiques. C'est précisément ce qui est arrivé : un reste de la doctrine des anciens Guèbres a passé dans l'islamisme, et occasione maintenant nn schisme entre l'Eglise turque et celle des Perses. Ce que n'avait su faire Ma nés dans la chrétienté,
1 Quelle répugnance les Parses ne durent-ils pas avoir pour la circoncision et la polygamie, eux à qui Zoroastre avait inspiré de l'horreur pour toute sorte de mutilation , et recommandé l'unité du mariage.
DBS RELIGIONS. l5g
la partager par ses erreurs et se rendre chef d'un parti considérable, Ismaël Sophi y est parvenu: il a fait revivre plusieurs dogmes de Zoroastre , et ses sectateurs sont, à l'égard des vrais Musulmans, ce qu'ont été les Manichéens à l'égard des Chrétiens orthodoxes. Ils croient, selon l'ancien système de l'Avesta, que l'empire du monde est partagé entre Dieu et le Démon , qu'ils sont l'un et l'autre principes constitutifs ; tandis que les Turcs , qui reçoivent le livre de îa Genèse dans le même esprit que les Chrétiens, croient comme eux que le principe du mal n'est qu'accidentel. Les Arabes , qui d'ailleurs avaient des idées moins subtiles , s'imaginent que, dans le Ciel, on verra Dieu des yeux du corps ; les Perses soutiennent que l'ame seule pourra connaître fies perfections. Il existe encore quelques différences dans les rites , qui contribuent à augmenter l'inimitié entre ces sectaires ; et, semblables aux Chrétiens grecs et latins, qui rebaptisaient autrefois ceux qui passaient d'une Église dans l'autre , ils ont soin de circoncire de nouveau celui qui abandonne le rite persan pour suivre le rite d'Omar , et réciproquement celui qui maudit Abubèkre , et embrasse la foi du Sophi ' .
1 Les Perses disent dans leurs prières : Maudit soit Abubèkre , Omar , Osman ; et Dieu soit favorable à Ali , et l'ait agréable! (Henri LordJ)
l6o DE L'ESPRIT