OBSERVATIONS
Cependant, lorsque le verbe Ordonner est gouverné par un sujet pluriel , ou par un nom col ^ lectif y et que son emploi est le résultat d’une décision, prise entre les diverses personnes qui .composent ce sujet , le verbe de la proposition subordonnée y qui s’y rapporte, comme objectif doit être mis à l’ indicatif \ et non au Subjonctif
\ Exemple.
La cour ordonne qu’on informera sur les lieux , et qu’on lui rapportera les pièces du procès.
En effet, le verbe Ordonner , dans cet exemple, reçoit tout- à-fait une signification accidentelle ; car il ne marque plus cette volonté soudaine , seule , unique , indépendante et absolue , qui caractérise si bien l’acception qui lui est propre, lorsque l’ordre est l’expression de la volonté d’une seule personne. Dans ce cas, il n’a plus qu’une signification relative à une décision déjà prise, entre les différentes personnes qui composent son sujet. Ainsi donc , le verbe Ordonner, dans l’exemple ci-dessus , est employé pour décider , qui , n’ayant pas assez de force , pour marquer tout-à-la fois la décision et l’exécution, qui doit en être la conséquence immédiate, a pris la forme d’ordonner , pour signifier un présent absolu, et affirmer que l’enquête devra se faire dans le même temps ; car , lorsqu’on ordonne , on veut être obéi de suite. Il n en est pas de même du verbe décider, qui peut etre suivi d’un présent absolu comme d un présent relatif , et qui ne renferme, dans sa signification, aucune obligation de faire la chose décidée , dans un temps plutôt que dans un autre.
On pourrait encore citer d’autres exemples , où
le nombre du sujet apporte dans l’emploi , comme dans la signification du verbe, une distinction délicate. On répond, assez généralement, à un enfant qui dit je veux , le Roi dit nous voulons. Ne serait-ce pas pour lui faire sentir le ridicule amer d’une volonté trop absolue, et l'engager à s’en rapporter à ceux qui ont plus de pouvoir et d’expérience que lui ? En effet , le nous voulons du Roi suppose que sa volonté, Ou son ordre, a été le résultat d’une décision, déjà prise avec ses ministres, et, par-conséquent, marque une volonté d’autant plus juste qu’elle est moins arbitraire.
Pour en revenir a ce que nous disions d’abord sur l’emploi du verbe ordonner, je rapporterai ici un fait historique, qui me parait en consacrer la double signification , d’une manière irrévocable.
M.r le président B.*** de l’E.*** eut le malheur de déplaire à Louis XV; Sa Majesté, pour le punir du peu de respect, ou de déférence, qu’il avait montrée envers la dignité royale, fit ordonner , par la cour même dont il était le président, son interdiction , pour deux mois. En conséquence le procureur du Roi , en présence de toute la cour , et après les considérants d’usage , fut chargé de prononcer la sentence suivante :
La Cour ordonne que le S.r B.*** de l’E.*** sera interdit de ses fonctions de président , près de la dite Cour* pendant deux mois.
Monsieur B.*** de PE.*** ne put dévorer est affront, et, quittant son fauteuil, il s’écria:
Et moi , Messieurs, qui suis plus puissant que la Cour, J’ordonne qu'il soit interdit pour toujours*
Dans le premier cas, il est évident qu’il s’agit du verbe décider sous la forme d’ordonner; puisqu’une cour ne peut ordonner qu’en vertu d’une décision . Et , dans le second , le verbe ordonner sert bien à marquer la volonté Suprême , une et indépendante, d’une personne qui a le droit de disposer d’elle-même comme elle l’entend.
11 est inutile de multiplier ici les exemples ou le verbe décider prend la forme d? ordonner. Qu’il nous suffise de dire que , dans ce cas, le verbe qui
lui est subordonné , ne se met jamais au Subjonctif. «
Lorsque le premier verbe (1) signifie Avoir besoin , se rendre digne , être digne de , mériter , et encore avoir regret ou être fâché , affligé, etc. le second verbe qui s’y rapporte, comme
(1) A l’avenir , nous devrons entendre paT premier verbe , le verbe de la proposition principale , et par second verbe , le verbe Ségi , c’est-à-dire , le verbe de la proposition subordonnée .
ras objectif , se met toujours au subjonctif , et nous disons :
Votre cliàteau a besoin que vous le Fassiez réparer.
Vous méritez. que le gouvernement vous décerne une couronne civique.
Je regrette que votre pèren’Aix pas pu venir avec lui.
Je suis fâché qu’il n*AiT pas pu prévoir cet accident.
Quel dommage qu’il soix si jeune et si petit.
Lorsque le verte de la proposition principale est un des verbes Supposer , signifiant poser, une chose pour reçue , afin d’en tirer une induction 5 attendre, voulant dire être dans l’attente de quelque chose ; entendre et prétendre , ayant la force et la signification d ’ ordonner, de vouloir ; se plaindre, ne pouvant être suivi de la locution démonstrative de ce que ; le verbe de la proposition subordonnée , ou le second verbe qui s’y rapporte , comme cas objectif , doit être mis au subjonctif.
Mais , cependant , si le verbe Supposer signifie alléguer comme vrai quelque chose de faux , le second verbe, qui s’y rapporte, doit être mis à Vindicatif', il en est de même du verbe attendre, lorsqu’il signifie espérer , se promettre , et des verbes entendre et prétendre, signifiant comprendre , soutenir et affirmer , etc.
Qnelques exemples , pris par opposition , Tlous rendront cela plus sensible.