‹ De l'esprit et de la vie de sacrifice dans l'etat religieuxChapitre 73 sur 115 · VII. — L'obéissance religieuse est prompte · texte numérisé non relu

VII. — L'obéissance religieuse est prompte

Saint Bernard l'a décrite ainsi : « Le fidèle obéissant ne connaît point de délai, il ne sait point ce que c'est que le renvoi au lendemain, il est l'ennemi des remises. L'œil au guet, l'oreille aux écoutes, la langue prête à dire oui , la main disposée au travail, le pied léger à partir, il est tout entier appliqué, concentré en une seule chose, qui est le pai-fait accomplissement de la volonté de celui qui commande 1. »

Dans cette disposition le vrai obéissant ne tient à rion cl il tient à tout : à rien, si l'obéissance ne l'y applique, à tout ce que l'obéissance lui prescrit, — et il s'y porte avec une invincible ardeur. Voici, du reste, les caractères d'une obéissance prompte :

1" Si le Religieux s'empresse de tout quitter, même ce qu'il fait avec le plus d'attention et de plaisir, pour voler à l'action que le Supérieur commande. C'est ce que fit avec tant d'édification pour les Pères de la solitude, Marc, disciple de saint Sylvain, qui, tout appliqué à écrire dans sa cellule, quitta une lettre inachevée (la lettre o), dès que le son de la voix de son Père spirituel se fit entendre.

Saint Jean Climaque, parlant d'un monastère d'Egypte qu'il avait visité, dit : « Un spectacle bien touchant et qui inspirait en même temps la révérence et l'admiration, était de voir des vieillards en qui reluisait une majesté digne de respect, qui accouraient comme des enfants pour recevoir les ordres du Supérieur et qui mettaient leur plus grande gloire dans leur obéissance et leur humilité 2. »

1 Scrm., XLi, de Obcd. (Palrol. lat., t. CLXXXIII, col. 657. Vide insigne encomium obediciitiae iritcr i-jusd. op)). supp.{Pa(roI., t. CLXXXIV, col. 801-806)b — 2 Echelle sainte, degré iv, n» 19.

On a vu pareillement des âmes généreuses îaire avec promptitude le sacrifice des plus douces consolations spirituelles, comme quitter l'oraison, la sainte messe, la sainte communion elle-même, sur un simple désir d'un Supérieur. Avant même d'entrer en Religion, la bienheureuse Marie de l'Incarnation, promotrice de la fondation du Garmel français (qui, une fois dans le cloître, voulut garder le simple rang de sœur converse), était si attentive à obéir à M. Acarie, son mari, même au prix des plus sensibles sacrifices, que s'il arrivait qu'il la fit appeler quand elle était à la sainte messe et sur le point de faire la sainte communion, elle quittait incontinent l'église et remettait à un autre moment de la matinée, ou même à un autre jour, le bonheur de recevoir son Dieu. Quel exemple pour les âmes religieuses !

2* On connaît que l'obéissance du Religieux est prompte, s'il s'empresse d'obéir dès qu'il connait la volonté de son Supérieur, avant même que celui-ci l'ait manifestée par des paroles. C'est l'avis de saint Ronaventure. « Le vrai obéissant, dit-il, n'attend pas que son Supérieur lui parle : il lui suffit de savoir quelle est sa volonté, pour se hâter de l'accomplir*. »

3* Le Religieux donne le témoignage d'une obéissance prompte, s'il prévient le commandement de son Supérieur, dans certains cas où cette conduite répond à l'intention de celui-ci. Il arrive en effet quelquefois que le Supérieur, par égard pour l'âge ou les services précédents d'un Religieux, croit qu'il est de la prudence de ne pas lui imposer positivement tel office. Il est alors du devoir de l'inférieur d'aller s'offrir à son Supérieur, pour faire ce qui lui plait.

* Quinimo nec bonus obediens verbum expectat, ubi de superiorit tibl constiterit volunlate. De speculo discipl., c. :v.

346 tIVRE TROISIÈME

4' Enfin la quatrième marque d'une obéissance prompte, c'est la simplicité et la fidélité avec lesquelles le Religieux s'applique en particulier les commandements que le Supérieur adresse en général à toute la communauté. Un Supérieur peut avoir quelquefois de bonnes raisons d'agir ainsi. Il dira, par exemple : Il faudrait que quelqu'un se rendit à la cuisine, pour aidera laver la vaisselle, etc. Si un parfait esprit d'obéissance règne dans la communauté, tous les Religieux à l'envi seront prêts à s'y rendre avec amour, et sur-le-champ. C'est un beau spectacle dont les communautés ferventes donnent l'exemple. On raconte de sainte Marguerite de Hongrie, religieuse de l'ordre de Saint- Dominique, qu'elle excellait en cette pratique de l'obéissance prompte

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