‹ De l'esprit [microform]Chapitre 42 sur 91 · I. ■.^a.ji.'iit.-'f^''^" ■ ■i:^Pb'i:statiSij^A · texte numérisé non relu

I. ■.^a.ji.'iit.-'f^''^" ■ ■i:^Pb'i:statiSij^A

Pour terminer ce chapitre, et prouver que ce n'est point à rinégale étendue de la mémoire qu'on doit attribuer la force inégale des esprits, il ne me reste plus qu'à montrer que les hommes, communément bien organisés, sont tous doués d'une étendue de mémoire suffisante pour s'élever aux plus hautes idées. Tout homme, en effet, est assez favorisé de la nature à cet égard si le magasin de sa mémoire est capable de contenir un nombre d'idées ou de faits tels qu'en les comparant sans cesse entre eux il puisse toujours y apercevoir quelque rapport nouveau, toujours accroître le nombre de ses idées, et, par conséquent, donner toujours plus d'étendue à son esprit. Or, si trente ou quarante objets, comme le démontre la géométrie, peuvent se comparer entre eux de tant de manières, que, dans le cours d'une longue vie, personne ne puisse en observer tous les rapports, ni en déduire toutes les idées possibles ; et si, parmi les hommes que j'appelle bien organisés, il n'en est aucun dont la mémoire ne puisse contenir non seulement tous les mots d'une langue, mais encore une infinité de dates, de faits, de noms, de lieux et de personnes, et enfin un nombre d'objets beaucoup plus considérable que celui de six ou sept mille ; j'en conclurai hardiment que tout homme bien organisé est doué d'une capacité de mémoire bien supérieure à celle dont il peut faire usage pour l'accroissement de ses idées ; que plus d'étendue de mémoire ne donnerait pas plus d'étendue à son esprit; et qu'ainsi, loin de regarder l'inégalité de mémoire des hommes comme la cause de l'inégalité de leur esprit, cette dernière inégalité est uniquement l'effet ou de l'attention plus ou moins grande avec laquelle ils observent les rapports des objets entre eux, ou du mauvais choix des objets dont ils chargent leur souvenir. Il est, en effet, des objets stériles, et qui tels que les dates, les noms des Heux, des personnes, ou autres pareils, tiennent une grande place dans la mémoire,' sans pouvoir produire ni idée neuve, ni idée intéressante pour le public. L'inégalité des esprits dépend donc en partie du choix des objets qu'on place dans la mémoire. Si les jeunes gens dont les succès ont été les plus brillants dans les

DISCOURS in.

collèges n'en ont pas toujours de pareils dans un âge plus avancé, c'est que la comparaison et l'application heureuse des règles du Despautere, qui font les bons écoliers, ne prouvent nullement que, dans la suite, ces mêmes jeunes gens portent leur vue sur des objets de la comparaison desquels résultent des idées intéressantes pour le public: et c'est pourquoi l*on est rarement grand homme, si l'on n'a le courage d'ignorer une infinité de choses inutiles.

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