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y-: ^ 'môme instant un hachis fait du reste d'un gigot dont il avait ^ ,dmé. Se tournant alors vers M. Walpole , « Mi lord, ajouta-
^ ^ '^ -^t-il , pensez-vous qu'un homme qui se contente d'un pareil ^^ V repas, soit un homme que la cour puisse aisément gagner? ^ ". "]^ Dites au roi ce que vous avez vu ; c'est la seule réponse que l^"';; j'aie à lui faire. » Un pareil discours part d'un caractère qui
I sait rétrécir le cercle de ses besoins : et combien en est-il qui, dans un pays riche, résistent à la tentation perpétuelle des superfluités? Combien la pauvreté d'une nation ne rend-elle
V pas à la patrie d hommes vertueux que le luxe eût corrom- X pus? « 0 philosophes, s'écriait souvent Socrate , vous qui re-
■" présentez les dieux sur la terre, sachez comme eux vous suf- AA^ ^ flre à vous-mêmes, vous contenter de peu; surtout n'allez \ '^' ^^ point , en rampant , importuner les princes et les rois. » — « Rien de plus, ferme et de plus vertueux, dit Gicéron, que le caractère des premiers sages de la Grèce. Aucun péril ne les effrayait, aucun obstacle ne les décourageait, aucune considération ne les retenait , et ne leur foisait sacrifier la vérité aux volontés absolues des princes. » Mais ces philosophes étaient nés dans un pays pauvre : aussi leurs successeurs ne conservèrent-ils pas toujours les mômes vertus. On reproche à ceux d'Alexandrie d'avoir eu trop de complaisance pour les princes leurs bienfaiteurs, et d'avoir acheté par des bassesses le tranquille loisir dont ces princes les laissaient jouir. C'est à ce sujet que Plutarque s'écrie : « Quel spectacle plus avilissant pour l'humanité que de voir des sages prostituer leurs éloges aux gens en place î Faut-il que les cours des rois soient si souvent l'écueil de la sagesse et de la vertu I Les grands ne devraient-ils pas sentir que tous ceux qui ne les entretiennent que de choses frivoles les trompent? La vraie manière de les servir, c'est de leur reprocher leurs vices et leurs travers, de leur apprendre qu'il leur sied mal de passer les jours dans les divertissements. Voilà le seul langage digne d'un homme vertueux; le mensonge et la flatterie n'habitent jamais sur ses lèvres. »
Cette exclamation de Plutarque est sans doute très belle, mais elle prouve plus d'amour pour la vertu que de connais-
DISCOURS IlL
sance de l'humanité. Il en est de même de celle de Pythagore : «Je refuse, dit-il, le nom de philosophes à ceux qui cèdent à la corruption des cours : ceux-là seuls sont dignes de ce nom, qui sont prêts à sacrifier, devant les rois, leur vie, leurs richesses, leurs dignités, leurs familles, et même leur réputation. C'est, ajoute Pythagore, par cet amour pour la vérité qu'on participe à la divinité, et qu'on s'y unit de la manière la plus noble et la plus intime. »
De tels hommes ne naissent pas indifféremment dans toute espèce de gouvernement : tant de vertus sont l'effet ou d'un fanatisme philosophique qui s'éteint promptement, ou d'une éducation singulière, ou d'une excellente législation. Les philosophes, de l'espèce dont parient Plutarque et Pythagore, ont presque tous reçu le jour chez des peuples pauvres et passionnés pour la gloire.
Non que je regarde l'indigence comme la source des vertus : c'est à l'administration, plus ou moins sage, des honneurs et des récompenses qu'on doit, chez tous les peuples, attribuer la production des grands hommes. Mais ce qu'on n'imaginera pas sans peine, c'est que les vertus et les talents ne sont nulle part récompensés d'une manière aussi flatteuse que dans les républiques pauvres et guerrières.