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DE L'ESPIUT.
partient tellement à Fesprit, qu'on n'a jusqu'à présent, par aucune des épithètes applicables au grand esprit, désigné ceux qui remplissent des emplois utiles, mais dont l'exercice n'exige pomt d'invention. Le même usage qui donne l'épithète de bon au juge, au financier, à l'arithméticien habile, nous permet d'appliquer l'épithète de sublime au poëte, au législateur, au géomètre, à l'orateur. L'esprit suppose donc toujours invention. Cette invention, plus élevée dans le génie, embrasse d'ailleurs plus d'étendue de vue ; elle suppose par conséquent et plus de cette opiniâtreté qui triomphe de toutes les difficultés, et plus de cette hardiesse de caractère qui se fraie des routes nouvelles.
Telle est la différence entre le génie et l'esprit, et l'idée générale qu'on doit attacher à ce mot esprit.
Cette différence établie, je dois observer que nous sommes forcés, par la disette de la langue, à prendre cette expression dans mille acceptions différentes, qu'on ne distingue entre elles que par les épithètes qu'on unit au mot esprit. Ces épithètes, toujours données par le lecteur ou le spectateur, sont toujours relatives à l'impression que fait sur lui certain genre d'idées.
Si l'on a tant de fois, et peut-être sans succès, traité ce même sujet, c'est qu'on n'a point considéré l'esprit sous ce même point de vue ; c'est qu'on a pris pour des qualités réelles et distinctes les épithètes de fin, de fort, de lumineux, etc., qu'on joint au mot esprit; c'est qu'enfin l'on n'a point regardé ces épithètes comme l'expression des effets différents que font sur nous, et les diverses espèces d'idées et les différentes manières de le rendre. C'est pour dissiper l'obscurité répandue sur ce sujet, que je vais, dans les chapitres suivants, tacher de déterminer nettement les idées différentes qu'on doit attacher aux épithètes souvent unies au mot esprit.
DISCOUUS IV.