DOR
Strassbourg et Lyon.
Novembre 1880.
M. DOR. — Messieurs. Il y a environ une vingtaine d'années que la question du daltonisme est à l'ordre du jour. De nombreux travaux ont été publiés; le moment me paraît favorable pour examiner devant le Congrès l'état actuel de nos connaissances et pour réfuter quelques théories très en vogue aujourd'hui, mais qui ne me paraissent pas suffisamment établies. Tout d'abord permettez-moi une petite réclamation personnelle de priorité. On désigne vulgairement sous le nom de méthode de Holmgren, celle qui consiste à faire l'épreuve, en présentant à l'individu présumé daltoniste, successivement un écheveau de laine, rose, verte ou violette (pourpre), avec lequel il doit assortir les autres écheveaux. Dès 1859 j'avais choisi comme épreuve ces trois couleurs et construit à cet effet des échelles types dont un échantillon doit encore être déposé à l'Hôpital ophthalmique d'Utrecht, où je l'ai remis en 1860 à M. le Prof Donders; un autre exemplaire se trouve à la Clinique de Berne. J'étais arrivé au choix de ces trois couleurs sans aucune idée théorique, mais guidé simplement par le fait que ce sont celles au sujet desquelles les daltonistes commettent le plus grand nombre d'erreurs, comme l'avaient déjà parfaitement indiqué, Seebeck et Georges Wilson. Comme res tableaux n'ont pas été pubUés, ils sont naturellement restés inconnus à Holmgren et n'ont pas eu d'influence sur la genèse de sa méthode. Ce n'est que beaucoup plus tard, que Helmholtz a ressuscité la théorie de Thomas Young des trois énergies de la rétine. C'est pour
se mettre d'accord avec cette théorie qu'il a fliUu inventer la cécité pour le rouge, celle pour le vert et celle pour le violet, encore admises aujourd'hui par la plupart des auteurs (Holmgren et nos traités classiques). Eh bien, Messieurs, les faits ne sont pas d'accord avec la théorie, et depuis 20 ans que je cherche un aveugle pour le rouge seul ou pour le vert seul, je n'ai jamais pu en rencontrer, et pourtant le nombre des daltonistes que j'ai examinés est bien considérable. Il n'y a pour moi, "i part les cas très rares de cécité pour toutes les couleurs, où les malades ne reconnaissent que l'intensité lumineuse comme nous pourrions le faire dans une gravure, que deux catégories de daltonistes; ceux pour le vert et le rouge et ceux pour le bleit et le jaune.
Nous observons bien des différences individuelles, mais un examen attentif nous en donne l'explication. Lorsque nous projetons, p. ex. avec un prisme de sulfure de carbone, un spectre solaire sur un grand écran blanc, nous constatons que quelques daltonistes voient le spectre aussi étendu que l'œil normal, c'est-à-dire, que, soit du côté du rouge, soit du côté du violet, ils indiquent exactement au même point que nous le commencement et la fin du spectre, tandis que d'autres ont un spectre raccourci à l'une ou à l'autre de ses extrémités, ou aux deux; le plus souvent vers l'extrémité rouge. Cela se rencontre aussi bien pour les daltonistes pour le vert et le rouge qui sont de beaucoup les plus mombreux que ceux pour le bleu et le jaune
Nous reconnaissons donc en résumé 5 variétés de daltonistes :