‹ De L'État de la Sensibilité Chez Quelques MélancoliquesChapitre 8 sur 24 · NA · texte numérisé non relu

NA

Signe de Remak

Signe de Fischer.

Signe de Leyden.

Signe d'Argyle-Roberston.

Allothérie auditive.

L'analgésie,ainsi que nous le verrons dans la suite,est la perturbation sensorielle que l'on trouve le plus souvent dans la mélancolie.

Mais, peut-on nous dire, êtes-vous bien sûr qu'il s'agit de troubles de l’innervation et non d’une idée fixe qui s’est emparée de l'aliéné et le domine tout entier ? Cette perte de la sensibilité douloureuse ne coïncide-t-elle pas d'une façog remarquable avec les idées de culpabilité du malade et avec le caractère de résignation du délire? Qui vous dit que le sujet que vous êtes en train d'examiner n'accepte pas la douleur avec un stoïcisme remarquable, parce qu'il regarde cette douleur comme un juste et même insuffisant châtiment de ses crimes ?

Certes, nous savons trop par expérience que le délire peut devenir parfois une cause de gêne sérieuse pour l'ob-

servateur consciencieux, mais, devenir une cause d'erreur,

nous le croyons pas.

Tout d’abord, n oublions pas qu’un des caractères du délire, c ‘est d’être un délire d'attente. Le mélancolique

est un prévenu disait Lasègue. En effet, come le pré-

venu, il sait que les supplices les plus épouvantables Pattendent ; il dit les mériter, il peut même lés désirer pour mettre fin à ses angoisses, ce qui n'empêche pas, que lorsque la douleur apparaît de l’accuser franchement, car

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il ne veut pas voir là le châtiment du condamné ; il reste prévenu jusqu'à la fin. Bien souvent, il nous a été donné de voir des malades qui venaient à nous, nous disant : « vous pouvez me tuer, me faire subir les plus épouvantables tortures, car je suis une misérable, etc., etc. » Une simple piqûre d’épingle suffisait le plus souvent pour qu'elles ajoutent : « Ah! vous me faites mal ».

Du reste, pourquoi les mélancoliques acceptaient-ils les

douleurs del'expérimentation comme une expiation, alors qu'ils refusent d’interprèter ainsi des douleurs qui semblent bien mieux se prêter à cette manière de voir? je veux parler des douleurs subjectives et des névralgies si fréquentes chezeux.

Pourquoi accuseraient-ils la douleur sur certaines parties du corps et pas sur d’autres ?

Enfin, si, comme dit Richet (1), la douleur étant un

phénomène tout subjectif peut exister même assez intense

sans se manifester par aucun signe extérieur, l’excitabilité réflexe, elle, se traduit au dehors par un mouvement. Or ce qui prouve les variations de la sensibilité à la douleur, ce sont les variations de l’excitabilité réflexe. Manouvrier (1877) a distingué deux formes de la sensibilité douloureuse ; l’une c’est l'analgésie ou perte de la douleur provoquée, l’autre, l’anodynie en perte de la dou-

leur pathologique. Il cite comme exemple les douleurs

rhumatoïdes chez les hystériques analgésiques. Pour ce qui est de la douleur morale, c'est un phénomène trop complexes pour que l'on puisse l’analyser,

(1) CHarres Ricxer 1884. L'homme et l'intelligence.

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mais, n'avons-nous pas dans la mélancolie une véritable hypérestliésie du système nerveux central ?

La sensibilité tactile peut, elle aussi, être émoussée dans la mélancolie quoique toujours à un moindre degré que la sensibilité douloureuse. Nous en dirons autant de ja sensibilité au froid et à la chaleur. Mais pour ce qui. concerne la sensibilité thermique, nous ne devons pas oublier que nous ne jug'eons de la température que par comparaison, et que dans certains cas des sensations subjectives du sujet, sensations de froid ou de chaleur peuvent devenir une cause sérieuse d'erreurs. La sensibilité électrique est souvent diminuée.

Dans certains cas on peut rencontrer une dissociation particulière de cette sensibilité. Lorsqu'il existe avec la conservation du tact, de l’analgésie, l’on peut trouver la sensibilité électrique intacte, mais, à aucun moment cette sensation ne devient douloureux même avec des courants très forts. re

Pour ce qui est de la sensibilité à la pression, son histoire ést encore trop incomplète pour que nous puissions y insister. À côté des anesthésies superficielles peuvent exister des anesthésies profondes. Bucknill cite l’observation d’une mélancolique qui s’approchant d’un poêle allumé, avait penché sa tête sur la tôle rouge et s'était brulée profondément sans chercher à changer de place.

On a observé chez certains malades la perte du sens musculaire. :

Duchenne de Boulogne accordait une grande importance à la recherche de la sensibilité électro-musculaire. Dans certains cas d'hystérie, en effet, on a trouvé à côté

de l’anesthésie de la peau, la sensibilité électro-musculaire intacte ; dans d’autres cas, on a trouvé le contraire.

Les hypéresthésies cutanées jouent aussi un rôle important. Chez les mélancoliques en général, elles se localisent sur un point déterminé.

Pour ce qui est des organes des sens, on doit examiner séparément la sensibilité générale et la sensibilité spéciale. À côté d’anesthésies cutanées, dit Ball, on peut rencontrer un affaiblissement des sens spéciaux de l’ouïe, de la vue et de l’odorat. Jolly et Fischer signalent l'hypérexitabilité galvanique de l’acoustique chez les hallucinés de l’ouïe, et dans ce cas, on peut trouver ce que Brenner appelle, la réaction paradoxale de l’auditif. Du côté de la vision, on trouve surtout la diminution de l’acuité et le rétrécissement du champ visuel.

Mais les organes intérieurs qui constituent ce que Bichat a appelé la vie organique sont aussi, dans bien des cas, le siège d’un grand nombre de troubles de la sensibilité.

Beaucoup d’aliénés sont anesthésiques à l’intérieur ; ils perdent le sentiment de la faim et de la soif. La sensibilité des muqueuses vésicale et intestinale est souvent abolie, et de làrésulte la retention d'urine et surtout la censtipation si opiniâtre chez tous les mélancoliques.

Quant au besoin de respirer Marcé dit que les mélancoliques ne font pas d’inspirations complètes, l'air n'arrive pas jusqu'aux dernières ramifications bronchiques, les. mouvements de la poitrine sont irréguliers ou saccadés. S

Enfin il est une sensation que l'on trouve dans presque tous les cas: c'est l’angoïsse précordiale.

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Nous réunissons sous le nom de sensations subjectives des sensations anormales survenant spontanément et dépourvues de contrôle objectif. Mais ici nous cédons la parole à Parchappe qui, dès 1851 a bien étudié la question.

« Des influences extérieures peuvent déterminer des sensations illusoires subjectives en provoquant dans les organes de la sensibilité un état pathologique et il en estde même des sensations internes. Mais lorsque l’état pathologique des organes, qui est la condition dessensations subjectives, illusoires, ne peut être rapporté à une cause appréciable ou connue, les sensations se manifestent avec toutes les apparences de la spontaneïté, et revêtent au plus haut degré le caractère essentiel à ce symptôme morbide, une sensation sans objet. Ici se rapportent certains symptômes des maladies nerveuses, les bluettes, mouches volantes, toiles d’araignée, points noirs, tintoin agacement des dents, les saveurs et odeurs morbides, frissons, chocs, fourmillements etc., etc.

Mais, dans cette maladie comme dans tous les délires, ces faits se produisent habituellement à l’état complexe, ces sensations illusoires se montrent associés à des éléments morbides qui expriment un trouble de l'imagination et du jugement.

C'est ainsi que des sensations subjectives se trouvent impliquées comme éléments du délire dans un grand nombre de faits complexes rapportés par les auteurs aux hallucinations.

.Marcellus Donatus cite une comtesse qui presque aveugle depuis trois ans, tout àcoup et après le coucher du so-

‘leil, demande a ses servantes si les rayons du soleil n’il-, luminent pas son lit. La nuit les portes closes et sans lumière elle affirmait voir le soleil et distinguer l'ombre des personnes. NET

Les illusions qui dépendent des sensations subjectives ont été souvent confondues avec celles qui appartiennent. aux hallucinations. x :

Il y a en effet de l’analogie entre ces phénomènes qui ont, pour élémentcommun, la conscience d’une sensation actuelle en l’absente d’un objet réel. Et la confusion est souvent rendue moins facile à démêler en raison de la complexité du phénomène morbide qui peut contenir à la fois une sensation illusoire et une hallucination.

Par exemple : une malade devenue folle à lasuite d’une atteinte portée à sa pudeur, croit que l’homme qui l’a violée l’a même tempsensorcelée, — Ellese croit possédée du démon: « Je suis dévorée dit-elle. J'ai des battements dans la tête, je ne puis m'échauffer car j'ai des glaces dans le corps. On me pique avec des épingles. »

Pour distinguer sûrement ces deux ordres de faits, il suffit de considérer que dans la sensation illusoire subjective, il ya véritablement sensation, les données de la sensation étant réellement fournies par les organes du sujet pathologiquement modifiés ;tandis que dans l’hallucination, il y a, ou du moins il peut y avoir absence complète de sensation, les données de l'illusion étant fournies par l'imagination, même alors que les organes des sens sont inactifs ou incapables.

La sensation subjective ne contient que ce que les nerfs

“peuvent donner ; elle ne porte que sur des qualités sensi-

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bles, et l'illusion qu’elle entraîne sé borne à des faits trés simples, circonscrits dans le monde matériel. L'hallucination embrasse tout ce qui peut tomber sous l’empire de l’imagination, et par conséquent au moyen des langues, : tout le domaine de la pensée, le monde spirituel aussi bien que le monde matériel. »

M. Joffroy (1) dans une de ses leçons divise les halluci- nations, en hallucinations d'origine périphérique et hallucinations d’origine centrale. Il fait remarquer que dans tous les cas, lemalade interprète des sensations subjectives morbides et les transforme en hallucinations.

Pour ce qui est des hallucinations nous ne pourrions mieux faire que de citer le résumé des 27 observations de Revertégat (Paris 1893).

Les hallucinations se rencontrent dans plus d'un tiers des cas chez les mélancoliques. Leur caractère principal est d'être tristes, pénibles, effrayantes, terrifiantes parfois. Tous les sens peuvent être touchés. Mais les sens de l’ouïe, de la vue et de la sensibilité tactile le sont le plus souvent. Pre

La fréquence des hallucinations varie d’ailleurs avec la forme dela mélancolie. Nulles dans la mélancolie avec conscience, elles ne se montrent que rarement que dans la forme dépressive simple. On les note beaucoup plus souvent dans la forme anxieuse. Enfin elles atteignent leur plus haut degré de fréquence dans la mélancolie avec stupeur où elles ne font presque jamais défaut.

Des hallucinations auditives dominent dans la forme

(1) Jorrroy. — Leçon faite à Saint-Anne (déc. 1894).

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dépressive simple et celles de la vue dans les formes anxieuse et stupide.

Pour terminer, nous réunissons sous le titre de perversions de la sensibilité, .des troubles fonctionnels très divers, qui ne sont caractérisés ni par une exaltation ni par une abolition de la sensibilité.

CeSont’:

Le retard dans la perception sensible.

La métamorphose des sensations. Une piqûre est presque comme une brûlure.

La localisation défectueuse.

L’asphalgie ou sensation douloureuse au contact de certains métaux.

Le tétanos sensitif ou impossibilité de compter les piqûres se succédant rapidement.

La polyesthésie, pluralité des impressions correspondant à une excitation unique.

La summation des excitations, ou impuissance d'une seule excitation à provoquer ‘une sensation.

Les dissociations de la sensibilité. |

L’'allothérie auditive ou perceptions auditives du côté opposé à leur émission. Enfin ayant eu l’occasion de lire une observation de Tombinson (J. Nerv. et Ment. — Dis. N. 1890) signalant le signe d’Argyle-Roberston chez un mélancolique ; il nous a semblé intéressant aussi de rechercher:

Le signe d'Argyle-Roberston ou abolition du réflexe pupillaire à la lumière avec persistance de l’accommodation. |

Le signe de Remak ou développement par la piqûre

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d’une double sensation, une de contact, puis l’autre dou- loureuse:

Le signe de Fischer, l'inverse du précédent.

Le signe de Leyden ou hypéresthésie relative. Non perception d'une faible impression avec douleur exquise et disproportionnée pour une impression plus forte.

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