CHAPITRE VI
Il y a évidemment, chez l’homme et chez la femme, des troubles nerveux purement fonctionnels qui semblent se rattacher à l’existence d’une sorte de diathèse nerveuse et qui forment une névrose générale différente et distincte de l’hystérie et de l’hypocondrie. C’est là une vérité incontestable. Toutefois, sa parenté avec l’hystérie et l’hypocondrie n’est pas douteuse. Un grand nombre de phénomènes les
230 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
rapprochent, et, s’il y a un nervosisme simple^ aigu ou chronique, celui que nous venons de décrire, il existe un nervosisme compliqué d’hystérie avec attaques convulsives, le nervosisme hystérique^ et enfin on rencontre un nervosisme compliqué de nosomanie ou de préoccupation constante des malades sur leur état de santé constituant le nervosisme hypocondriaque. A l’exemple de R. Whytt et de Pougens, je dirai : Nervosiques, Hyqiocondriacques et Hystériques^ telles sont les qualifications nécessaires pour classer les nombreux malades atteints de névrose générale ou de ce qu’on appelle un peu vaguement Maladies nerveuses.
Il est rare de rencontrer tous les symptômes du nervosisme simple réunis sur une seule personne, et la prédominance de l’iin d’eux ou la manière dont ils sont rassemhlés par groupes communique une physionomie toute spéciale à la maladie. Ce sont autant de variétés qu’on retrouve dans les mêmes circonstances chez quelques malades et qui doivent prendre place à côté des formes principales du nervosisme.
On sait maintenant que le nervosisme se présente à Y état aiyu et k' Vétat chronique., comme maladie primitive et comme maladie secondaire, mais cela serait insuffisant pour en donner une idée complète. En dehors de ces formes différentes et avec elles, la maladie offre, tant par ses causes que par l’exagération, d’un de ses phénomènes des
caractères tellement particuliers, qu’il est impossible de n’en pas tenir compte.
Ainsi, dans le cours de la grossesse et de la convalescence, sous l’influence de la chlorose et des maladies gastro-intestinales, le nervosisme offre des particularités intéressantes qu’on ne saurait négliger. De même aussi, lorsque la prédominance de certains troubles nerveux donne h la maladie un cachet tout spécial.
Ne pourrait-on pas admettre : 1° un 7iervosisme cérébral, caractérisé par les vertiges et les étourdissements dont se plaignent les malades, les douleurs profondes de la tête, les paralysies partielles ou générales, les illusions sensoriales et les hallucinations? Cette forme simule aisément l’apoplexie et les maladies du cerveau ? (Obs. xvii àxxii, et voir p. 169.)
T Un nervosisme spinal accompagné de troubles dans la sensibilité et dans la motilité des meml)res pelviens, faisant croire à une maladie de la moelle? {Obs. XXIII, XXIV et xxv.)
3" Un nervosisme cardiaque déterminé par la présence constante des palpitations ou des syncopes, et très-souvent considéré comme une maladie organique du cœur? (Voir p. 81 et 193.) M. Bouillaud a rapporté beaucoup de faits de ce genre.
4“ Un nervosisme laryngé dans lequel s’observent la toux convulsive ou l’aphonie, quelquefois regar-
232 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
dées comme un commencement de phthisie par des médecins fort distingués? (Voir p. 77 et 191.)
5" Un nervosisme gastrique ayant pour manifestation principale la dyspepsie, les aigreurs, les vomissements modérés ou incoercibles, etc., ce que l’on a longtemps considéré comme de la gastrite et traité par la diète et les sangsues, sous l’influence des idées de Broussais? (P. 73 et 177.)
6'' Un nervosisme utérin signalé par les douleurs lombaires et inguinales, par la pesanteur périnéale et par la leucorrhée, indépendantes d’une lésion de structure, tandis que beaucoup de médecins y voient une métrite chronique ?
7° Un nervosisme cutané dans lequel s’observe comme pliénomène prédominant Uhyperesthésie de la peau ? (P. 157 et 174.) ^
8" Un nervosisme spasmodique ^voàm^dinX des spasmes dans un grand nombre de tissus et d’organes ?
9” Un nervosisme paralytique ayant pour principal caractère l’abolition générale ou partielle du mouvement et de la sensibilité dans les muscles des membres ou dans les organes des sens? (P. 121 et suiv.)
Vnnervosisme douloureux xs^cnévralgie temporale, maxillaire, occiqntale, auriculaire, intercostale , etc., etc., d’après l’existence de douleurs névralgiques sur ces cordons nerveux : variété correspondant assez bien à ce que Valleix nommait la névralgie générale ? Ce sont là autant de questions difficiles
à résoudre dans l’état actuel de la science et pour lesquelles il faut en appeler à de nouvelles études.
Il m’a paru nécessaire de les poser afin d’ouvrir une direction nouvelle aux recherches ultérieures, et dans l’espoir peut-être d'obtenir pour elles une solution par les praticiens qui auront rencontré des faits de cette nature. Quoi qu’il en soit, si en ce moment la détermination de toutes les variétés de nervosisme n'est pas entièrement possible, on ne peut s’empêcher d’en admettre un certain noml)re. En effet, quand une affection nerveuse bien distincte de l’hystérie ou de l’hypocondrie se présente avec le caractère prédominant de douleurs et de faiblesse dans les membres pelviens, avec malaise général, pouvant faire croire à une maladie de la moelle, il est impossible de ne pas spécifier le siège de ce nervosisme spinal^ afin de le séparer par exemple d’une maladie de même nature caractérisée là par des vertiges ou une paralysie du mouvement, nervosisme cérébral; ici, par des vomissements incoercibles, nervosisme gastrique; ailleurs, par des vertiges, chez d’autres par des névralgies multiples, etc., etc. 11 y a donc, d’après l’exagération et le siège de quelques-uns des phénomènes du nervosisme, des variétés dans la manifestation de cette névrose générale, et ce sont ces variétés que je propose de dénommer en prenant pour épithète le nom du phénomène nerveux principal. Ainsi se-
234 DE l’état nerveux ou nervosisme.
raient classées les manifestations secondaires de cette maladie, dont la nature, restant toujours la même, se trouve révélée par des désordres très-variables, et quelquefois différents les uns des autres.