SYMPTOMES
Ce que Mead disait de l'affection hypocondriaque est de tous les points applicable au nervosisme. Non iinam sedeni habet, sed morbus totius corporis est (I), car ce sont des troubles fonctionnels de tous les tissus et de la plupart des organes. En effet les symptômes du nervosisme sont trèsnombreux et très-variés. Ils diffèrent sensiblement dans la forme aiguë et dans la forme chronique.
(I) Monita cf prœcepta mcdica, cap. xvu.
SECTION PREMIÈRE. — NERVOSir^ME AIGU.
Dans lo 7ienwsisme aigu, qui est ti'ès-rarc, les malades sont pris de malaise, accompagné de faiblesse et d'amyosthénie, d'inappétence et de dégoût, quelquefois de ptyalisme, de nausées et de vomissements aqueux, de constipation résistante et d'irritabilité générale avec fièvres, sans forces, brisés par la courbature musculaire générale, obligés de garder le lit ; quelques-uns ne peuvent soulever la tête de l'oreiller sans craindre une défaillance ou la syncope ; ils supportent difficilement les odeurs, le bruit, la lumière; leurs sens, devenus très-excitables, doués d'une sensibilité maladive connue sous le nom d'hypéresthésie souffrent dans leur exercice ou donnent lieu à des illusions sensoriales nombreuses, surtout à une période avancée de la maladie. Alors la maigreur et l'altération des traits augmentent, la langue reste blanche, les vomissements continuent et la constipation persiste, ainsi que l'état fébrile caractérisé par l'accélération du pouls et la chaleur de la peau ; puis surviennent des accidents névralgiques et cérébraux très-graves ; des douleurs générales ou partielles dans la tête ou dans les membres, du délire d'abord passager, puis continu, l'affaiblissement des organes des sens, des hallucinations singulières, do l'assoupissement, du coma, des contractions, de3
54 DE L ETAT NERVEUX OU NERVOSrSME.
convulsions, et enfin la mort après un ou deux mois de souffrances inouïes, sans que l'examen le plus scrupuleux ait permis de découvrir une altération matérielle appréciable des principaux organes.
Les quatre exemples que j'ai observés dans ma clientèle, et que je rapporte ici , pourront donner une idée de l'enchaînement de ces symptômes.
Obs. IX. — Nervosisme aigu, — Fièvre. — Hypéresthésie générale. — Ptyalisme. — Marasme. — Guérison.
(( Une dame de 40 ans environ, mère de famille, femme d'un membre de l'Académie des sciences , était, à son retour d'âge, affaiblie pard'abondantes hémorrhagies utérines.
((Dans l'hiver de 1846, à la suite d'une faible bronchite, qui nécessita le repos et la diète, cette dame extrêmement impressionnable ne recouvra pas l'appétit, et continua d'avoir la fièvre. Une irritabilité extrême, des idées bizarres, la sensibilité très-vive des yeux à la lumière du jour, l'hypéresthésie des oreilles et de la peau sur les membres, des douleurs névralgiques de la tête avec de l'insomnie, des frayeurs nocturnes ; et un alanguissement musculaire considérable, causé par l'amyosthénie, furent observés.
(( La malade maigrissait à vue d'oeil, et ne pouvait plus rien prendre, car elle avait même le dégoût des boissons. — Elle était fatiguée par un ptyalisme abondant et mousseux. — Il n'y avait ni vomissement, ni évacuation alvine. La peau était chaude, et le pouls, petit, fréquent, battait 120 fois à la minute.
(( Cet état de choses durait depuis un mois ; on était au mois de décembre, et bien que le bouillonne fût pas digéré, j'ordonnai une côtelette, après une immersion dans l'eau h -15° et une promenade^ forcée de dix minutes, dans la rue.
SYMPTOMES. — NERVOSISME AIGU. STi
par un affreux temps de neige. Je prescrivis en môme temps une faible close quotidienne de sous-carbonate de fer.
(( Cette médication réussit très-bien , et chaque jour était signalé par une amélioration nouvelle dans l'accroissement des forces, de l'embonpoint et dans la diminution de l'excitabilité nerveuse.
(( Néanmoins, il fallut quatre mois de traitement hydrothérapique, d'usage des ferrugineux, et enfin le séjour à la campagne des Moulineaux, près Paris, pour rétablir complètement la malade, n
Obs. X. — Nervosisme aigu. — Fièvre. — Palpitations. — Vomissements glaireux. — Ptyalisme. — Marasme. — Gué7^ison.
« A Mello, une jeune femme de 20 ans, habituellement bien portante, mariée depuis cinq mois, ayant régulièrement ses règles, devint peu à peu dyspeptique, puis ses forces disparurent ; elle eut de la fièvre , quelques vomissements et on lui fit garder le lit en la mettant à la diète. Un vomitif et quelques autres médicaments furent administrés sans résultat.
(( Cet état de choses durait depuis cinq semaines ; et il en était résulté un amaigrissement considérable , et elle ne pouvait se tenir à cause de l'amyosthénie. Toutefois, quand je la vis avec le docteur Millo, la malade avait bon visage, son teint de blonde légèrement pâlie était pur, et ses yeux bleus annonçaient la santé. J'en conçus bon augure et commençai l'examen des principaux organes.
« Tout appétit avait disparu ; la langue était épaisse, blanche, fade ; les vomissements étaient fréquents et les boissons passaient avec difficulté. Constipation absolue.
« Le ventre aplati , indolent , ne renfermait aucune tumeur.
(( La poitrine était en bon état , ainsi que le cœur, et il n'y avait aucun bruit anormal dans les vaisseaux du cou.
o6 DE L ETAT NERVEUX OU NERVOSISME.
— La malade se plaignait de palpitations fréquentes. Son pouls dépressible, régulier, rapide, battait de 100 à 112 fois par minute..,.
(( La malade souffrait de la tête et son sommeil était fréquemment interrompu par des cauchemars. Elle ne pouvait lever la tête de l'oreiller, ni se mettre sur son séant, sans avoir des vertiges , sans être étourdie, ni prête à se trouver mal. La plus grande souffrance était un ptyalisme continuel, et à chaque instant elle crachait de la salive mousseuse, blanche.
(( Ne trouvant aucune altération des viscères , et ne voyant là qu'un nervosisme aigu, caractérisé par la fièvre, le ptyalisme, la faiblesse, l'inappétence, le vomissement et l'insomnie sans modification appréciable des solides ou des liquides ; pensant d'ailleurs qu'une longue inanition était pour quelque chose dans la production des accidents , je fis donner des côtelettes, de l'eau rougie, des irrigations d'eau froide sur le corps, et du sulfate de quinine à petite dose.
(( Trois jours après , la jeune femme se promenait dans son jardin, et deux mois après elle venait me rendre visite à Paris. »
Obs. XI. — Nervosisme aigu. — Dyspepsie. — Gastralgie. — Névralgies temporales. — Vertiges. — Surexcitabilité nerveuse. — État fébrile simulant une affection typhoïde. — Hallucinations de l'ouïe et de la vision. — Toux ne)'veuse. — A ff usions froides. — Médication tonique. — Guérison.
«Mademoiselle R...., caissière d'une grande maison de commerce à Paris, vivait très-sédentaire dans cet établissement, et, depuis plusieurs mois, elle souffrait de contrariétés quotidiennes incessantes, contre lesquelles il ne fallait rien dire.
« Douée d'une excellente constitution et d'une bonne
santé habituelle, elle n'avait jamais ét6 malade, et n'avait jamais eu de maladie nerveuse ou d'attaques convulsivcs. (C'était en 1830.) — Sous l'influence des causes dont je viens de parler, les digestions se troublèrent, et avec une constipation opiniâtre, il y eut de la gastralgie, des envies de pleurer, des vertiges, des bluettes et une incapacité presque complète de tenir sa comptabilité commerciale. Les règles diminuèrent d'abondance et le sang devint très-pâle. Les nuits se passaient sans sommeil dans un état d'agitation considérable , au milieu de rêves pénibles ; des douleurs de tête apparurent , l'appétit cessa complètement, et avec une fièvre continue il fallut garder le lit.
((L'examen du ventre, du cœur et des poumons ne me révéla rien d'organique ; il n'y avait pas de souffle vascuculaire artériel, et les troubles fonctionnels de la tête, de l'estomac et de la circulation furent tout ce que je pus constater.
«Incertain du diagnostic, j'observais la malade , et après avoir donné un ou deux purgatifs j'attendis. — Les phénomènes morbides ne firent que s'aggraver.
« Au lit elle ne voulait rien prendre que des boissons ; dévorée par la fièvre, abattue, amyosthénique et souffrant de la tête, elle avait la langue blanche et était sans appétit; son ventre était douloureux comme le reste du corps; et elle avait, tout éveillée, des hallucinations qui lui montraient les voisins pénétrant et parlant dans la chambre, ce qui l'épouvantait fort. Elle fut prise d'une toux sèche, fréquente, sans expectoration, et la poitrine n'offrait aucune altération du murmure vésiculaire.
(( Cette situation se prolongeait sans amélioration depuis trois semaines et elle aurait pu durer plus longtemps. Ne trouvant pas la raison suffisante de cet état .fébrile continu, avec inappétence, et voyant cette exaltation nerveuse assez forte, avec hallucinations continuelles et toux
laryngée spasmodique , la pensée me vint qu'il fallai t obliger la malade à se lever, à manger et à se promener dans la chambre.
Des ferrugineux, mêlés au quinquina, et des affusions froides suivies d'un léger repas furent mis en usage. — Je forçai la malade à boire du vin, à prendre quelques petits morceaux de côtelette grillés et je la fis sortir du lit et de la chambre. — Les forces revinrent assez vite, et comme l'embonpoint n'avait pas beaucoup diminué, le rétablissement fut assez rapide. — La toux spasmodique et les hallucinations disparurent, l'appétit revint avec la cessation de la fièvre, etcette demoiselle put reprendre ses occupations. Elle conserva cependant, pendant plusieurs années, sa disposition à la névralgie temporale, les vertiges, et une grande susceptibilité nerveuse qu'elle combattit courageusement par des affusions froides quotidiennes et du quinquina.
— Il lui fallut sept années de soins pour guérir complètement de tous ces troubles fonctionnels.
Obs. XII. — Nervosisme aigu. — Hypéresthésie cutanée. — Hallucinations. — Trouble des facultés mentales. — In- ^ termittence. — Guérison.
Madame X..., dont la mère est morte phthisique, a été fortement chlorotique avant son mariage. — Elle a eu pendant le cours de la dernière grossesse des douleurs névralgiques très-vives de la paroi abdominale, pour lesquelles on lui a mis des sangsues. Son enfant a eu des convulsions peu après sa naissance.
Prise de malaises, de courbature, de fièvre avec forte angine et douleur cervicale très-prononcée, son médecin, M. le docteur Vigla, lui fitappliquerdes sangsues et au bout de quelques jours lui donna un purgatif. (C'était en 1857.)
— Elle fut bientôt prise de subdélirium intermittent, avec hallucinations passagères et notable affaiblissement de l'intelligence. — Ses réponses étaient incohérentes et bizarres ;
SYMPTOMES, — NERVOSISMF AIGU. 59
ses sens étaient très-excitables, le bruit et la lumière lui étaient fort désagréables, et il y avait une hypéresthésie très-prononcée de la peau.
Langue blanche, soif fréquente, inappétence, pas de vomissements ni de diarrhée ; urines claires, pas de toux, aucun trouble des fonctions respiratoires. — La peau était très-chaude et le pouls très-fréquent avec paroxysmes vers le soir.
M. Vigla me pria un jour de la voir avec lui, et après Texamen que nous fîmes, nous nous demandâmes si nous avions affaire à une affection cérébrale commençante ou à un état nerveux aigu. La rémittence du pouls, les paroxysmes du soir, et les accès quotidiens intermittents de délire, l'hypéresthésie cutanée nous firent croire à un état nerveux aigu, pour lequel il convenait d'administrer le sulfate de quinine.
Ce traitement réussit à merveille, et en quelques jours tous les accidents disparurent sans laisser de traces. — La santé a été parfaite depuis cet instant et il ne s'est jamais reproduit aucun trouble de l'intelligence et des organes des sens.
Voici maintenant le résumé de deux faits analogues publiés par M. Amédée Latour (1) :
Obs. XIII. — Nervosisme aigu, — Marasme nerveux.
Une jeune fille de iO ans, enfant unique et très-gâtée par ses parents, voit que sa mère vient de lui donner un petit frère. Elle perd aussitôt sa gaieté, sa vivacité, l'appétit, le sommeil. Robuste et bien portante jusque-là, elle pâlit et maigrit. Bientôt la fièvre s'allume, continue, mais avec exacerbation le soir. Cette fièvre dure un mois et réduit l'enfant à un état de consomption hectique. Aucun des
(1) Union médicale, janvier 1859.
symptômes de la fièvre typhoïde : ni délire, ni taches lenticulaires, ni gargouillement, ni météorisme, rien que la fièvre. — Le petit frère meurt; la fièvre s'éteint presque subitement; la petite fille reprend rapidement ses forces et revient à son état de santé parfaite.
Obs. XIV. — Nervosisme aigu. — Marasme nerveux. —
Mort,
Une jeune femme de 25 ans, saine et bien portante, se marie à un homme de l'art qui, par sa profession, reçoit tous les jours dans son cabinet un assez grand nombre de dames. La jalousie, une jalousie implacable, s'empare de son esprit. Elle en perd le boire et le manger. Elle s'affaiblit, s'alite, une petite fièvre survient ; six semaines après, moins de trois mois à dater du début de l'afl'ection morale, elle meurt hectique. — Autopsie : Rien, rien, rien, malgré l'examen le plus minutieux de tous les appareils.
Ces deux derniers faits, malgré l'absence des détails qui pourraient leur donner plus d'autorité aux yeux de quelques personnes, n'en ont pas moins une grande importance. — Ils montrent deux exemples de fièvre hectique et de marasme sans lésion organique ; dans l'un, la maladie fut presque subitement guérie par la satisfaction d'une âme jalouse dévorée par cette passion, et, dans l'autre, la mort eut lieu sans que la nécropsie ait pu donner l'explication de cette fin prématurée.
A l'exception de symptômes graves , pouvant faire craindre pour la mort, les quatre personnes dont on vient de lire l'histoire, (obs. ix, x, xi et xii)
et qui ont guéri, ont présenté la plupart des symptômes du nervosisme aigu. — Le tableau de leur maladie est entièrement conforme à celui qui a été tracé à un point de \ue différent par M. Chomel, qui a considéré à tort des cas de ce genre comme des exemples de dyspepsie.
L'identité de la description est complète. Évidemment l'auteur que je viens de citer a observé un grand nombre de faits d'état nerveux aigu ou de nervosisme aigu qu'il a rapprochés de la dyspepsie acide, faute de pouvoir mieux faire; car c'est, ditil, « une maladie n'ayant été décrite nulle part, 71 ayant pas même de nom sous lequel on l'ait désignée (1). » Il en a observé dix-huit cas après le choléra de 1852, seize ont été suivis de mort ; et depuis lors il n'est pas d'année oii il n'ait eu l'occasion d'en voir de nouveaux exemples, surtout dans le cours de la grossesse. « Et là elle s'est montrée avec plus de gravité encore, s'il est possible, que dans les autres conditions (2) . »
Dans son embarras de lui trouver un nom, M. Chomel lui a donné place au milieu des formes de la dyspepsie, en autorisant ainsi pour Tavenir une fâcheuse confusion (3). En effet, de deux
(1) Chomel, loc. cit., p. 154.
(2) Chomel, loc. cit., p. 146.
(3) Art. V. Description d'une maladie qui semble être la forme de la dyspepsie acide, par sa fréquence et son extrême gravité, p. 144.
choses l'une : ou la description est celle d'une forme grave de la dyspepsie acide , et il importe de la conserver à cette place; ou elle se rattache au contraire à une maladie entièrement différente, le nervosisme par exemple, et il faut s'en servir à ce nouveau point de vue, en l'introduisant dans l'historique de l'espèce morbide nouvelle. Or il est évident, d'après le texte même de l'auteur, qu'il ne croit pas fermement à une nouvelle forme de la dyspepsie acide, et sa pensée est plutôt celle de décrire une maladie « sans nom » n'ayant encore été décrite nulle part.
Je suis de son avis, et ce que M. Chomel a décrit se rapporte entièrement à ce que j'ai observé sous le nom de nervosisme aigu.
Voici sa description :
« La maladie débutait en général avec quel- (( que lenteur, à la manière d'un embarras des « premières voies, par la diminution, puis la perte (( de l'appétit, et quelquefois par le dégoût des « hoi^^on^, une accélération médiocre^ d! abord passa- (( gère, du pouls, des nausées et une acidité de plus (( en plus prononcée de la salive et de l'haleine. « Une faiblesse croissante obligeait , en quel- (( ques jours, à garder le lit, avec un grand ma- « laise dans lequel les troubles digestifs tenaient (^ la première place; l'inappétence devenait com- « plète; la langue se couvrait d'un enduit blanc ;
SYMPTOMES. — NEUVOSISME AIGU. 63
(( aux nausées succédaient les vomituritions et (( les vomissements de mucosités acides, puis de « bile jaunâtre. L'acidité de l'haleine devenait (( de plus en plus prononcée, l'air de la chambre « du malade en était comme imprégné : dans « quelques cas même, cette odeur pénétrait dans (( une partie de l'appartement. Aux vomissements « de matières jaunâtres succédaient les vomisse- (( ments, quelquefois très-prononcés, de bile verte. (( La faiblesse, la fréquence du pouls, l'altération « des traits, la maigreur faisaient des progrès « journaliers et rapides ; le ventre était plat, in- (( dolent, moins sonore le plus souvent que dans « l'état normal. La constipation était l'état le (( plus habituel; les selles n'avaient lieu qu'au (( m»yen de lavements et de purgatifs ; ces der- (( niers étaient fréquemment rejetés par le vo- (( missement.
(( Après quelques semaines d'accroissement « dans les symptômes, les vomissements se modé- « raient; mais \d. fréquence du poids de\Gn3.ii plus (( grande, sans que la chaleur s'élevât beaucoup, « ni constamment.
« A cette période, des accidents cérébraux com- « mençaient à se montrer : c'étaient la céphalalgie, (( l'agitation dans le sommeil, un délire d'abord (( passager, puis habituel, l'obscurcissement de a la vue, des hallucinations singulières, le ma^
64 DE l'état nerveux OU NERVOSISxME.
« lade croyant apercevoir dans sa chambre, au- (( tour de son lit, des objets, des personnes, des « animaux qui n'y étaient pas. Enfin un assou- « pissement de plus en plus fort, une sorte de (( coma précédait et annonçait inévitablement la « mort prochaine des malades, après une lutte de a trente à quarante jours. »
Cette description jointe à celle que j'ai donnée au début de ce chapitre, et aux quatre observations nouvelles qui s'y trouvent donnent l'idée la plus complète de la maladie que je veux décrire avec détails, et il ne me reste plus qu'à étudier isolément chacun de ses principaux phénomènes. — Il est inutile de faire ressortir les avantages de cette analyse. On en comprendra toute l'importance en songeant qu'il s'agit de désordres dont la «ause matérielle est à peu près inconnue et qui sont autant d'actes sympathiques liés à un trouble primitif des forces générales du corps humain.
§ 1. Amyostliénîe ; irritabilité nerveuse.
La faiblesse et F alangiiissement musculaire d'abord caractérisés par une certaine nonchalance de toute la personne, la flaccidité des membres inférieurs, qui supportent à peine le poids du corps, et un vague sentiment de gène ou de pesanteur au sacrum suspendent la marche et obligent les malades à garder la situation assise ou horizontale
dans un lit, ce qui est toujours un grave inconvénient. En effet, le repos au lit dans l'état de faiblesse qui résulte de l'état nerveux aigu ou chronique, à moins qu'il ne soit rendu nécessaire, par l'impossibilité de la station verticale, ne réussit qu'à jeter le corps dans un allanguissement plus prononcé; et il aggrave toujours la situation des malades. En l'absence d'une lésion somatique, élément spécial qui oblige quelquefois au repos, le nervosisme simple doit être promené par les malades et combattu debout, dès que cela est possible.
Cette faiblesse est accompagnée de malaises plus ou moins prononcés et d'une grande susceptibilité morale. Le malade pleure et s'agite au moindre reproche, à la plus petite émotion ou contrariété ; il rougit et le pouls acquiert une fréquence excessive. Les adultes pleurent rarement, si ce n'est les femmes, et leur irritabilité se traduit par des exigences indiscrètes, par une mauvaise humeur que rien ne peut calmer (obs. ix), ou par des emportements de colère difficiles à contenir. Exigence, morosité, colère; ou, au contraire, résignation, abattement, douce tristesse et mélancolie profo nde: telle sont les dispositions d'esprit du nervosisme aigu. Heureux les malades dont l'éducation, le savoirvivre et le courage contre la souffrance dominent ces dispositions morales maladives, de façon à ne pas se rendre importuns pour ceux qui les assistent.
BOUCHUT. S
66 DE l'état nerveux OU NERVOSISME.
§ 2. Insomnie.
Le sommeil léger, fugace, quelquefois nul, est souvent interrompu par le moindre bruit, ou par des spasmes, des illusions sensoriales (obs. xi, xii etxiii), des rêves, des cauchemars d'incubes et de succubes. C'est l'insomnie avec tous ses caractères habituels, et elle offre presque autant de variétés que de malades. Chez les uns des papillons noirs, qui voltigent devant les yeux au moment du sommeil, et ils prononcent des mots entrecoupés ou sans suite, comme dans le délire; chez d'autres, ce sont des spasmes du diaphragme et des muscles respiratoires qui les réveillent au milieu d'une profonde inspiration, ou bien c'est un sommeil interrompu par l'idée d'une chute au fond d'un précipice, ou dans l'eau, de la mort, sous le coup des assassins, ou sous l'étreinte d'êtres fantastiques, etc., etc. Ces phénomènes sont infiniment plus marqués dans le nervosisme chronique.
i^ 3. Céphalalg^ie.
La tête est généralement fatiguée, sans que les malades puissent se rendre un compte bien précis de ce qu'ils éprouvent. Une vague sensation d'étonnement, de vide intérieur et d'incertitude de direction s'observe assez fréquemment. Quelques malades y éprouvent de la lourdeur et se plaignent
de céphalalgie, surtout s'ils ont voulu penser à quelque chose, lire quelques lignes d'écriture ou suivre une conversation. La moindre fatigue détermine des bouffées de chaleur avec coloration rouge intermittente du visage et accélération du pouls ; il y en a qui ont de temps à autre la sensation d'une boule de feu dans le crâne. Quelques-uns y ressentent des battements profonds, isochrones aux contractions du cœur. Ce sont des palpitations nerveuses ayant pour siège les artères cérébrales superficielles ou profondes. D'autres se plaignent d'étourdissement, de vertiges, et la sensation est si forte qu'en réalité ils ne peuvent marcher, sans tomber, ni voir tout remuer autour d'eux. J'en ai même connu (obs. ix et x) qui ne pouvaient soulever la tête de l'oreiller, sans perdre complètement connaissance.
§ 4:. Douleurs g^ènérales ou partielles.
La sensibilité générale des membres ou des organes intérieurs quelquefois intacte est fort souvent troublée. Il en résulte des douleurs vagues, profondes, circonscrites ou généralisées, obtuses, quelquefois lancinantes, plus ou moins vives. Chez les uns (obs. ix), ce sont des douleurs névralgiques sur le trajet des nerfs de la tête, de la poitrine ou des membres, douleurs spontanées ou provoquées par la pression; chez d'autres, au contraire, ce sont des
68 DE l'état nerveux OU NERVOSISME.
fourmillements partiels, des déchirements, des picotements ou une cuisson intérieure, dont rien ne saurait donner l'idée, mais qui est très-pénible. Chez les femmes, les douleurs se fixent très-souvent sur l'utérus ou ses annexes, et se traduisent par des élancements internes, des pesanteurs aux lombes, des tiraillements dans les aines et dans les membres inférieurs.
§ 5. Calorifi cation.
Les malades sont d'une extrême sensibilité au froid. Il y a chez eux une répartition fort inégale du calorique, et, tantôt frissonnants, refroidis sur quelques points du corps, tels que les pieds, les genoux, les mamelles, ou, au contraire, affectés par une chaleur vive et appréciable à la main, ils souffrent considérablement de cette disposition morbide.
Ce n'est d'ailleurs pas une illusion de leur part. comme on pourrait le croire, et ainsi qu'on Fa soutenu dans ces dernières années, à propos des frissons de la fièvre intermittente. Le thermomètre accuse un abaissement de température locale, en rapport avec les sensations de la main appliquée sur la peau des malades. J'ai vu, au genou, la température descendre à 28 et 29 degrés centigrades, il en est quelquefois de même aux pieds. Il serait curieux de faire la même expérience, chez ceux qui
se plaignent d'un accroissement de chaleur, pour savoir si le thermomètre monte de quelques fractions du degré, mais la pensée ne m'en est pas venue en temps opportun, et je regrette de n'avoir pas de chiffres pour éclairer cette question intéressante. Les modifications, que peut subir la sensibilité spéciale de chacun des organes des sens, ne sont pas moins curieuses à étudier, surtout quand elles acquièrent un assez haut degré d'intensité pour troubler ou suspendre les fonctions sensoriales.
§ 6. Anesthésie et hypéresthésie cutanées.
Le sens du toucher est celui qui reçoit du nervosisme aigu et chronique l'atteinte la plus profonde. La faculté de sentir les objets extérieurs et l'aptitude à percevoir la douleur sont très-modifîées, mais cependant cette anesthésie et cette analgésie, dont la séparation a été si bien faite par M. Beau, sont beaucoup moins prononcées dans lenervosismeaigu que dans le nervosisme chronique. Ici, la sensibilité de la peau par l'appréciation des objets ou de la douleur est rarement diminuée : quelquefois obtuse sur un point, augmentée sur un autre, elle peut être alternativement sur les mêmes parties, plus faible ou plus forte que dans l'état normal, et cela sans qu'il soit possible d'en découvrir la raison. Son trouble le plus ordinaire est une exaltation et une perversion considérable; on en verra la preuve dans
l'observation de cette dame que j ai vue en consultation avec mon collègue M. Vigla (obs. xii). Les malades se plaignent très-vivement de la moindre pression, du frottement et du contact le plus léger. Quelques-uns poussent des cris continuels, et on ne peut les toucher, sur un ou plusieurs points du corps, tantôt sur le bras, tantôt sur le visage, tantôt sur le ventre et ailleurs, sans provoquer les douleurs les plus vives. De pareilles souffrances, sans lésion somatique, sont vraiment incompréhensibles. Ailleurs, outre l'exaltation, il y a perversion de la sensibilité. Le contact de certains objets fort usuels devient l'occasion d'une vive souffrance, ainsi le velours, la* soie, la gaze, le papier, etc., provaquent un malaise, et un agacement douloureux, que ne produisent pas d'autres objets.
§ ff. Troubles de la Tision.
La vision ordinairement nette est quelquefois troublée par les apparences d'un brouillard plus ou moins épais, situé en permanence devant les yeux, ou produit par la contemplation fixe des objets du voisinage. Les paupières sont lourdes, appesanties et douloureuses. Toute lecture est impossible, et la volonté de parcourir seulement quelques lignes est l'occasion de douleurs oculaires ou cérébrales plus ou moins vives. Chez quelques malades (obs. ix), la lumière est difficile à supporter, et il leur faut un ap-
parlement obscur, pour é\iter l'action douloureuse des rayons solaires. Les uns voient courir des lueurs vagues ou de petites langues de feu dans l'espace, ou il leur semble que les objets sont doubles, tournent sur eux-mêmes, changent de forme en s'allongeant; les autres ne jugent plus de la distance, ils croient les objets très-proches ou fort éloignés, et quelques-uns enfin prenant un objet pour un autre, ou voyant devant eux ce qui n'existe pas en réalité, gesticulent en parlant à des êtres imaginaires enfantés par un trouble visuel. Ils sont le jouet d'illusions sensoriales et d'hallucinations dont ils savent la fausseté (obs. xi et xii). J'ai vu des malades s'effrayer outre mesure d'images fantastiques, ainsi créées de toute pièce par hallucination ou provoquées par la présence d'un chapeau, d'un livre, d'un vase quelconque, laissé sur un meuble, et transformé par l'illusion visuelle en être vivant, régulier ou difforme, suivant les individus. Ce sont des faits qui se présentent sous les formes les plus variées, sans que pour cela changent leur nature et leur signification. En aucun cas, ils ne peuvent être considérés comme des symptômes de folie, et ce serait commettre l'erreur la plus déplorable que de leur donner cette signification.
§ 8. Troubles de Pouïe.
L'ouie devient très-fine. Les malades entendent
72 DE l'état nerveux OU NERVOSISME.
souvent des bruits réels dont personne autre n'a conscience, et ils saisissent à des distances énormes des mots prononcés à voix basse; aussi fautil prendre garde à ce que l'on dit autour d'eux. Le moindre son dans l'air interrompt leur sommeil. Tout bruit les irrite et retentit douloureusement dans leur tête. Quelques-uns entendent des bruits imaginaires; des sifflements aigus, le bourdonnement d'un insecte, le son des cloches, le bruit des vents ou des grandes eaux retentissent dans leurs oreilles d'une façon continue ou intermittente, et c'est pour eux la cause d'une très-vive souffrance (obs. xi). D'autres éprouvent dans l'une ou l'autre oreille des battements, qui correspondent aux pulsations du pouls et qui ne sont évidemment qu'une sensation exagérée produite par l'impulsion de la systole artérielle locale.
§ 9. Troubles de l^odorat.
\J odorat peut être profondément affecté. Outre la susceptibilité dont il est le siège vis-à-vis de toutes les odeurs en général, qui sont insupportables et dont l'action réflexe sur le système nerveux produit la céphalalgie, la défaillance ou la syncope, il y a des odeurs qui, plus que d'autres, ont le fâcheux privilège d'exercer cette influence. Cela dépend des malades. Toutefois cette disposition
est infiniment plus commune dans le nervosisme chronique.
Quelques malades, enfin, se plaignent d'odeurs désagréables, dont ils souffrent vivement et que personne autre qu'eux ne peut sentir. Ce sont de véritables hallucinations passagères, et les odeurs de papier brûlé, de soufre, d'hydrogène sulfuré, de rose, de violettes, etc., sont celles dont il est le plus souvent question.
§10. Troubles ilu g^oût.
Le goût^ généralement altéré dans le nervosisme aigu, n'est jamais aussi complètement modifié dans son exercice que dans le nervosisme chronique. L'inappétence est à peu près absolue, ce qui est en rapport avec l'existence d'un enduit épais, muqueux et blanchâtre sur la langue ; mais les boissons et les aliments conservent en partie leur saveur naturelle. Les malades ont de la répugnance pour les choses douces et sucrées, et préfèrent de beaucoup les boissons acides, comme dans le nervosisme chronique et dans la dyspepsie chlovotique.
§11. Troubles des Yoies dig^estiires. luappéteuce. Acidité buccale. Dyspepsie. Pneumatoses. Aig^reurs. Vomissemeuts. Constipation. Altération des sucs g^astriques.
A ces modifications du goût se rattachent celles des fonctions digestives. L'inappétence, l'empâtement.
74 DE l'état nerveux OU NERVOSISME.
l'acidité et quelquefois l'amertume de la bouche éloignent toute idée d'alimentation; mais lorsque les malades, bien conseillés ou bien inspirés, veulent essayer de se nourrir, il arrive souvent que la mastication devenue laborieuse et pénible augmente leur répugnance; quelquefois même, comme je l'ai vu deux fois, par suite d'une sécheresse toute particulière de l'isthme du gosier, la déglutition est extrêmement difficile (obs. x). Un premier bol alimentaire passe, le second hésite, mais il est quelquefois impossible d'avaler les suivants. A la sécheresse du pharynx se joint un certain degré d'œsophagisme qui vient compliquer l'état morbide antérieur auquel il faut attribuer la dysphagie. C'est dans un cas de ce genre, datant de sept jours chez une fille très-nerveuse, âgée de 23 ans, qu'Omboni a eu recours à l'application endermique de sulfate de quinine pour obtenir une guérison, que n'avaient pu amener un grand nombre de médicaments antispasmodiques (1). Chez quelques malades la déglutition provoque la toux ou des contractions antipéristaltiques de l'œsophage suivies de vomissements. Une fois dans l'estomac, les aliments peuvent s'y dissoudre, comme dans l'état habituel, mais trèssouvent la digestion est lente, difficile, douloureuse, accompagnée de malaise, de py rosis, de tension à
{{) Aimali universali di medicina. 1829.
l'épigastre, de pneumalose gastrique, avec ou sans éructation, d'aigreurs, de régurgitations acides plus ou moins abondantes et enfin de vomissements. Chez quelques personnes, l'acidité de ces matières remontant de l'œsophage au pharynx est tellement forte qu'elle détermine sur les dents un agacement très-désagréable, auquel il faut remédier par l'usage des pastilles de magnésie. C'est là sans doute ce qui a déterminé M. Chomel à considérer le nervosisme aigu comme la forme laj)lus grave de la dyspepsie acide; et en effet, d'après lui les neuf dixièmes des malades seraient, par le fait même de cette maladie, condamnés à une mort certaine, pronostic trop grave et qui tient à ce que ces malades ont été traités d'une façon contraire aux indications réelles, par une diète et une médication trop énervantes (1). Les vomissements fréquents sont toujours une chose très-grave par l'épuisement qu'ils entrahient et l'inanition qui les suit. Placé sous la dépendance presque absolue de l'appauvrissement du sang, le nervosisme augmente avec lui, comme lui, et tout ce qui peut contribuer à l'accroître est nécessairement très-préjudiciable aux malades.
Le ventre, toujours très-aplati par suite de l'amaigrissement général (obs. x^, est le siège de coliques plus ou moins fréquentes, de nombreux borboryg-
(1) Des dyspepsies, Chomel, lor. cit., p. i57.
76 DE l'État nerveux ou nervosisme.
mes, de tumeurs mobiles formées par le déplacement des gaz dans l'intestin, de tumeurs fécales dans le cœcum ou dans l'S iliaque, ce qui est en rapport avec la constipation opiniâtre observée chez tous les malades. Cette constipation est un symptôme constant du nervosisme aigu, et dans le nervosisme chronique, au contraire, elle alterne presque toujours avec la diarrhée.
Les troubles dont les fonctions digestives sont le siège dans l'état nerveux, ont été de la part de M. Sandras (1) l'objet de quelques remarques trèscurieuses, mais qui ont besoin d'être vérifiées, car elles ne sont pas à l'abri de toute contestation. Cet auteur déclare : que des glaires alcalines remplissent la bouche, et vont saturer les acides de l'estomac au point d'arrêter la digestion : que ces liquides ordinairement alcalins peuvent être sécrétés acides ; qu'ils peuvent devenir <( wi véritable virus capable de propager dans certaines occasions le germe d'une maladie analogue. » Ce sont là des assertions qui attendent leur preuve. Il n'en est pas tout à fait de même des observations du même auteur sur le trouble des sécrétions gastriques. Confirmées par l'expérience de tous, et par les nouvelles recherches deM.Corvisartsur la pepsine, ces remarques méritent de fixer l'attention. En effet, dans le nervosisme
(i) Maladies nerveuses, t. I, p. 32.
primitif OU secondaire, les liquides sécrétés parTestomac n'ont souvent pas l'acidité nécessaire à la digestion des matières azotées, et ailleurs au contraire cette acidité est assez fortement augmentée pour être nuisible. — Dans le premier cas, dit M. Sandras (1), les malades à jeun ou ayant mangé ne manquent guère de vomir, et les matières rejetées sont à peine acides tandis que dans le second cas, au contraire, le malade sent une grande acidité de la bouche, les dents sont agacées, et il y a quelquefois des régurgitations très-aiguës qui vont jusqu'à lui picoter les fosses nasales. Ces observations sont très-exactes. Elles trouvent leur vérification dans ce fait que l'on fait digérer les malades tantôt avec de la pepsine acide, ou un filet de vinaigre ajouté aux aliments, tantôt, au contraire, par l'usage de la magnésie ou du bicarbonate de soude pendant le repas.
§ 12. Troubles de la respiration. Toux nerveuse.
La respiration n'est que bien rarement troublée par le nervosisme aigu. Ordinairement régulière, ample et facile, rien n'altère l'intensité ni la mollesse habituelles du murmure vésiculaire normal; mais chez quelques malades il y a des étouffements passagers, sentiment de plénitude dans la poitrine,
(i) Loc, rit., p. 35.
barre à l'épigastre, névralgie intercostale et toux petite, sèche, plus ou moins fréquente, déterminée surtout par le mouvement dans le lit, la station assise ou verticale, l'impression produite par l'entrée d'une personne quelconque, la nécessité de parler (obs. x), etc., etc. Cette toux sans expectoration a, dans sa petitesse et dans sa fréquence, quelque chose de spécial qui rappelle très-bien le type de ce que les nosographes ont appelé toux nerveuse. Sa présence donne toujours de grandes inquiétudes, en raison de l'afPaiblissement, de la maigreur, et de l'état général des malades. On l'attribue quelquefois à tort au développement hypothétique de tubercules dans les poumons, et s'il y a quelque affaiblissement du son et du murmure vésiculaire dans un point de la poitrine, cette hypothèse prend les apparences de la réalité. J'ai donné des soins à une petite fille de onze ans, atteinte d'état nerveux aigu, et qui avait une toux petite, sèche, incessante, dès qu'elle sortait du lit, pour poser le pied par terre, ou seulement dès qu'elle était assise à son séant. Je fus consulté pour savoir si elle avait une maladie de poitrine. La maigreur de cette enfant, son état général, le peu de retentissement du choc des parois thoraciques au sommet, la faiblesse du murmure vésiculaire en ce point, pouvaient faire craindre le développement de tubercules pulmonaires; mais la petitesse de la toux, sa fréquence.
sa sécheresse et sa disparition complète, le jour ou la nuit, dans le décubitus horizontal, éloignèrent de mon esprit toute idée de maladie de poitrine. En effet c'était une simple toux nerveuse, compliquant ce nervosisme aigu, dont la guérison eut lieu au bout de deux mois.
Dans quelques cas il y a, avec la fièvre, une si forte dyspnée qu'on pourrait croire à l'existence d'une phlegmasie thoracique, si l'auscultation et la percussion ne pouvaient fournir la preuve du contraire. C'est ce qui est arrivé chez une malade, dont l'histoire a été publiée par M. Beau (1).
Observation xv. — Nervosisme aigu, fièvre^ dyspnée violente.
M. Beau rapporte qu'il a vu à l'hôpital Cochin une jeune fille qui, à la suite d'une grande colère, présenta une violente dyspnée, accompagnée de fièvre, comme si elle avait été atteinte d'une phlegmasie thoracique. Il n'y avait aucun signe fourni par la percussion et par l'auscultation. Un bain fit rapidement disparaître ces accidents.
((J'ai observé également, ajoute M. Beau, des faits de nervosisme aigu qui simulaient extrêmement soit des encéphalites, soit des apoplexies (2). »
Réflexions. — Comment se fait-il que M. Beau, qui n'accepte pas le nervosisme aigu ou chronique et qui prétend, à l'exemple des anciens médecins, confondre l'hystérie et l'hypocondrie, de façon à réunir en une seule espèce toutes les névroses dites vapeurs, hystérie et hypocondrie, puisse
(1) Bulletin de l'Académie impériale de médecine, 1859, p. 582^ Discussion sur le nervosisme»
(2) Loc, cit., p. 582.
80 >j?, DE L ÉTAT NERVEUX OU NERVOSISME.
sérieusement prétendre classer des faits, simulant une phlegm.asie pulmonaire, ou ailleurs des encéphalites et des apoplexies, dans ce qu'il appelle l'hystérie? Cela me parait cliniquement impossible, et j'en appelle du bibliophile au praticien. L'érudit, trop passionné pour la tradition^ parle comme Sydenham ; mais le praticien proteste, en faisant connaître des maladies aiguës de nature nerveuse, simulant, ici, la fièvre typhoïde; là, une inflammation pulmonaire; ailleurs, une encéphalite, une apoplexie, une maladie de la moelle, du cœur, etc. Évidemment des faits de ce genre, si distincts de l'hystérie et de l'hypocondrie, doivent être classés autrement qu'on ne l'a fait jusqu'ici; et, puisqu'ils sont de nature nerveuse^ on les fait mieux connaître en les rangeant sous la dénomination d'état nerveux ou de nervosisme .
Les poumons peuvent-ils devenir malades dans le cours du nervosisme aigu ? Telle est la question soulevée par l'examen d'un certain nombre de malades. L'impossibilité de rattacher les troubles fonctionnels qu'ils éprouvent à une altération somatique déterminée doit nécessairement faire craindre une altération tuberculeuse latente des organes respiratoires, surtout s'il existe cette toux et cette oppression dont je viens de parler. Rien ne prouve qu'il y ait un rapport entre ces deux états morbides, et leur succession est le résultat de circonstances spéciales encore mal déterminées. Sans doute, chez les sujets vigoureusement constitués, l'altération si profonde de la nutrition, qui accompagne le nervosisme peut n'avoir pas d'influence sur les organes respiratoires; mais il me paraît impossible qu'il en
soit de même chez les êtres faibles, lymphatiques et issus de parents scrofuleux ou tuberculeux. La phthisie pulmonaire qui se développe dans la convalescence de quelques maladies aiguës, et notamment de la fièvre typhoïde, à la suite d'un allaitement prolongé, etc. , etc. , montrent tout ce que cette opinion a de réel et de vrai. Les mêmes doutes n'existent plus lorsqu'il s'agit de l'état nerveux chronique, et, comme je le dirai plus loin, la tuberculisation pulmonaire est souvent la conséquence ultime de cette névrose lorsqu'elle a résisté à tous les moyens de la thérapeutique. (Voir au nervosisme chronique.)
§ 13. Troubles de la circulation. Palpitations. État du pouls. Fièvre ueri^euse. ISruits du cœur^ des artères et des veines.
La circulation ressent à sa manière les atteintes du nervosisme aigu, et c'est dans ces organes que se traduisent d'abord les effets inaperçus de cette disposition morbide. En effet, la fréquence exagérée des battements du cœur et du pouls signale le début des accidents et dure autant qu'eux. L'influence du travail littéraire et scientifique, des importantes préoccupations commerciales, de l'excitement des passions, des chagrins prolongés, des émotions vives, de la convalescence, de l'épuisement, de la chloro-anémie, etc., etc., sur l'accélération du pouls montre en quelque sorte le point de
départ et le premier degré du mal. Le phénomène d'abord fugitif et passager devient permanent , se lie à différents autres troubles fonctionnels et constitue le nervosisme aigu. Que de fois n'ai-je pas vu déjà, au déclin de certaines fièvres typhoïdes, chez des enfants qu'on n'alimentait pas assez vite au moment de leur convalescence, un peu de délire apparaître le soir, et le pouls descendu au-dessous du chiffre normal, reprendre tout à coup de la fréquence et de l'irrégularité, sans complication appréciable ! C'était le commencement d'un état nerveux aigu, très-grave, si, redoublant de sévérité dans le régime, on supprimait toute alimentation ; et au contraire, ce n'était rien, si, ne voyant daus ce délire et dans cette accélération que des phénomènes nerveux d'inanition, on se hâtait d'y remédier par des jus de viande et des aliments chaque jour un peu plus substantiels et donnés avec précaution.
Plusieurs fois, chez des enfants convalescents que je n'osais alimenter, crainte de rechute, j'ai vu ce délire, cette fréquence du pouls disparaître en vingt-quatre heures par un peu de nourriture, et il est peu de médecins qui n'aient observé un ou plusieurs faits analogues.
Dans le nervosisme aigu la circulation est donc toujours plus rapide que dans l'état normal. Le pouls s'élève à 100, 120 et 150 pulsations par mi-
nute, et il \arie dans les moindres mouvements d'une manière extraordinaire. Quelquefois assez peu fréquent dans le décubitus horizontal ou assis, il s'accélère d'une façon surprenante dans la station verticale, dans la marche, et sous l'influence du moindre exercice. Dans ce cas, je l'ai vu aller jusqu'à 120 et 140.
La fatigue, les émotions, les contrariétés, l'alimentation l'accélèrent au même degré. 11 peut offrir des redoublements quotidiens réguliers ou irréguliers. Tant mieux pour les malades si l'exacerbation est régulièrement périodique, car leurs chances de guérison sont plus grandes que dans les conditions opposées. Le sulfate de quinine et les préparations de quinquina peuvent alors rendre de véritables services.
Outre la fréquence, le pouls est souvent modifié dans son rhythme et dans sa force. Égal, mou, dépressible, régulier chez les uns, inégal et irrégulier chez d'autres, ses pulsations sont ordinairement très-rapides et très-petites, surtout chez les personnes dont l'état chloro-anémique est fortement prononcé.
Il est impossible de ne pas être frappé de cette fréquence du pouls, l'un des éléments de la fièvre, dans le nervosisme primitif aigu et chronique. Estce de la fièvre? n'est-ce qu'un trouble nerveux du cœur, une sorte de palpitation latente? La question
est grave et elle se rattache à un problème pathologique rempli de passions et de tempêtes sur lequel il faut revenir : je veux parler des maladies essentielles, dont le siège est inconnu et qui existent sans altération somatique appréciable.
Cette fréquence du pouls dans le nervosisme primitif s'accompagne, ainsi queje l'ai dit, d'une légère augmentation de chaleur appréciable au thermomètre, de malaises, quelquefois d'inappétence, de soif, d'état villeux ou empâté de la langue; par conséquent, c'est l'état fébrile avec ses principaux caractères, véritable fièvre primitive et indépendante de toute lésion matérielle. Fièvre du jeu et de l'amour, fièvre du travail et de Tambition, fièvre de chagrin ou fièvre de fatigue, fièvres morales, dévorantes et permanentes comme leur cause, elles conduisent au nervosisme cet état morbide auquel R. Whytta déjà donné le nom à^ marasme nerveux. C'est \à. fièvre nerveuse admise et rejetée tour à tour aux différentes époques de l'art et qui me paraît devoir être réintégrée dans la nosologie.
Accidentelle et passager eohez quelques personnes, elle disparaît en quelques heures ou en quelques jours, sans laisser de traces de son passage, après quelques malaises, un peu d'inappétence et de soif, de la courbature, des sueurs et une copieuse émission d'urine, tandis que chez d'autres elle est permanente et chronique. Alors elle varie beaucoup
d'intensité. Erratique^ rémittente ou intermittente ^ le moindre mouvement du corps, la fatigue, les écarts de régime et quelquefois même le repas, les émotions de toute espèce lui impriment un surcroît d'activité. Parfaitement caractérisée par les symptômes ordinaires de l'état fébrile, elle a pour effet l'inanition, l'amaigrissement avec altération profonde des traits, la coloration jaune terreuse du visage et les troubles du nervosisme chronique. La fièvre est alors le symptôme de la diathèse nerveuse arrivée à son plus haut degré d'intensité et méritant bien la dénomination de marasme nerveux, qui lui a été imposée par R. Whytt.
Dans quelques cas, la fièvre s'accompagne d'une grande prostration, avec forte courbature, inappétence et stupeur comparable à celle de la fièvre typhoïde. M. Beau, tout en repoussant l'admission du nervosisme, qu'il réunit à l'hystérie et à l'hypocondrie pour en faire une seule espèce morbide, a observé plusieurs faits de ce genre, et il les distingue sous le nom un peu extraordinaire de fausse dothinentérie .
Observation xvi. — Nervosisme aigu à forme typhoïde.
« Une jeune fille, employée à la cuisine de l'Hôtel-Dieu (Annexe) et douée d'un tempérament nerveux très-prononcé eut une très-vive contrariété, et tomba tout à coup dans un état de faiblesse et de stupeur qui simulait assez
bien une fièvre typhoïde. Cinq ou six jours après, elle était guérie et reprenait son service (I). »
C'est à M. Beau, qui conteste la réalité de l'espèce morbide appelée par moi nervosisme aign^ que l'on doit cette observation, rapportée à la tribune académique, etill'annonce en disant que tout le monde en a vu de semblables.
(( M. Bouchut, dit-il, expose quelques faits de son nervosisme aigu. Je pense que tout le monde en a vu de semblables; j'en ai observé moi-même quelques cas que je vous demande la permission de rapporter. »
Je me félicite d'être en communauté d'observation avec un éminent confrère, dont j'apprécie plus que personne le talent d'observateur; mais je ne comprends pas qu'ayant pénétré la nature nerveuse de ce cas difficile, M. Beau en arriveàconclurequele nervosisme n'existe pas, ce qui l'oblige à considérer son observation comme un exemple d'hystérie. Évidemment, M. Beau est trop préoccupé de la restauration des idées de Sydenham, et son observation devrait, au contraire, le conduire à les condamner. Il est évident que l'hystérie et l'hypocondrie n'ont aucune part dans les accidents de la cuisinière de l'Hôtel-Dieù , et que l'état nerveux fébrile, occasionné chez elle par une vive contrariété, caractérise une névrose toute spéciale à laquelle on pourra donner le nom qu'on voudra, excepté celui d'hystérie et d'hypocondrie.
Ce fait n'est pas le seul qui se soit présenté à l'observation de M. Beau^ car, après ce premier récit, il ajoute : (( Depuis cette époque, j'ai observé plusieurs faits semblables survenant après les grandes commotions morales ou les grandes fatigues physiques, soit chez les femmes, soit chez les hommes. J'appelle cette forme nerveuse fausse dothinentérie (2). » M. Beau aurait dû, pour être con-
{{) Bulletin de l'Académie impériale de médccine.ïome XXIV, 1858-1859, p. S81.
(1) Loc. cit., p. 582.
séquent avec lui-mômo, l'appeler hystérie aiguë à forme typhoïde. Qualification pour qualification, il me semble que celle de nervosisme aigu est préférable, d'abord parce qu'elle indique la nature nerveuse des phénomènes morbides, ensuite parce qu'elle ouvre la voie qui permettra de mieux reconnaître, à l'avenir, la nature de désordres trop souvent confondus avec des maladies organiques.
Les palpitations sont plus rares et beaucoup moins fortes dans le nervosisme aigu que dans le nervosisme chronique. J'ai soigné une petite fille de 1 1 ans qui se plaignait beaucoup de leur présence, mais en général si l'impulsion cardiaque est pénible, le phénomène est intermittent et ne se reproduit que dans le passage du lit à la station verticale ou assise, dans les mouvements et au moment des impressions morales, quelle que soit leur nature. Chez quelques jeunes femmes, les palpitations ne sont pas habituelles, et elles sont provoquées par l'examen qu'on fait de leur poitrine.
Les bruits du cœur sont clairs, superficiels, métalliques, sans bruit anormal bien nettement caractérisé. Plusieurs fois j'ai cru entendre à la base des ventricules du cœur et en dedans du mamelon, au niveau de l'origine de l'aorte et sur son trajet, un faible bruit de souffle, doux, intermittent, coïncidant avec le premier bruit ; mais c'était une faible prolongation du premier temps plutôt qu'un véritable souffle.
L'aorte n'offre rien de particulier; mais, au ni-
88 T)E l'état nerveux ou nervosisme.
Yeaii des carotides et des jugulaires , on entend quelquefois un souffle que l'on rapporte presque toujours à Y anémie. — Ce bruit, variable dans son intensité, n'existe pas chez tous les malades. Il est „ intermittent, un peu augmenté par les secousses du corps, qui accélèrent la circulation, et il se passe, d'après Ward, Hope, Aran, Monneret, Chauveau, dans les veines. Pour ce dernier physiologiste , il résulte non de l'anémie, mais des vibrations de la veine fluide qui rentre au cœur par les jugulaires, et celui qu'on observe dans les carotides, résultat mécanique de la pression du vaisseau par le stéthoscope, est produit par l'observateur. Quant aux bruifs musicaux et à double courant, ils sont très-rares dans le nervosisme aigu, sans que pour cela l'anémie des personnes puisse être contestée. Leur cause physique est la même.
Comment se peut-il faire que des malades soumis depuis longtemps à la diète et à un régime peu substantiel n'aient pas de bruit de souffle carotidien ni jugulaire, bien qu'ils soient anémiques, à en juger par leur teint et par leur faiblesse musculaire? D'oii cela vient-il? D'abord, de ce que l'anémie n'est pas cause des bruits de souffle vasculaires, ensuite de ce que l'altération du sang porte sur la masse du liquide qui est moindre; enfin, de l'absence des vibrations de la veine fluide jugulaire lorsque la circulation est affaiblie et ralentie dans son effort.
En effet, dans l'inanition, les artères et les veines reviennent sur elles-mêmes et se rétrécissent, ce qui implique une diminution de capacité générale dans le système vasculaire, et, partant, une moindre quantité de liquide en circulation et une diminution notable de sa vitesse. C'est une variété d'anémie qui n'a point d'autre symptôme que l'état nerveux aigu ou chronique, joint à l'ensemble des signes extérieurs fournis par le malade.
Quand au contraire, au lieu de cette anémie caractérisée par la diminution de la masse totale du sang dont les éléments constitutifs restent proportionnellement les mêmes, il y a, ce qui arrive chez quelques personnes, diminution absolue ù\\ relative d'un de ses éléments, soit des globules, soit de l'albumine avec une forte impulsion cardiaque, les symptômes sont différents, et les veines du cou présentent les bruits de souffle simple ou à double courant et musicaux produits par les vibrations de la veine fluide rentrant au cœur. Il en est de même lorsqu'il y a augmentation absolue de la proportion d'eau dans le sang, hydrohémie , ou pléthore séreuse ; et, dans ce cas, les bruits de souffle vasculaires sont, comme plus haut, le résultat des vibrations de la colonne sanguine contre les parois d'un vaisseau de plus en plus large ou contre un obstacle intérieur, une valvule, par exemple.
Il ne faut donc pas se fier d'une manière abso-
90 DE l'État nerveux ou nervosisme.
lue à la présence ou à l'absence d'un bruit de souffle Yasculaire dans le nervosisme aigu, pour établir ou rejeter Texistence d'une altération chlorotique du sang. Ce symptôuje n'a rien de pathognomonique. On sait que d'une part ces bruits existent manifestement chez des sujets sains, ce que je démontrerai plus loin à propos du nervosisme chronique, et de l'autre, qu'il peut faire défaut dans certains cas, oii le sang est manifestement appauvri. U anémie j)ar diminution de la masse totale du sany existe souvent avec le nervosisme, dont elle est la cause la plus ordinaire, et il est très-important de ne pas la méconnaître. Elle a surtout pour caractères la décoloration de la peau, la faiblesse musculaire et la rétraction considérable des artères et des veines superficielles.
§ 14:. Troubles des sécrétions. Ptyalisnie. (Sueurs. Urines.
Des troubles fonctionnels sècrètoires, signalés par Sydenham, par J. P. Frank, se montrent assez souvent dans le cours du nervosisme aigu.
(( Il est assez ordinaire aux femmes hystériques « de cracher pendant plusieurs semaines une matière « séreuse, ni plus ni moins que si elle avait été « frottée d'onguent mercuriel. » Ce sont des troubles qui appartiennent surtout à l'état aigu. Deux
(1) Sydenham, § 774.
SY3IPT0MES. — KKRVOSISME CHRONIQUE. 91
fois j'ai vu un ptyalisiiie considérable du h l'iiypersécrétion de la muqueuse buccale et des glandes salivaires (obs. ix et x). C'était un crachotement continuel de liquide incolore et mousseux, comme cela s'observe quelquefois chez la femme enceinte. — Son abondance est quelquefois si grande que les malades sont obligés d'avoir constamment près d'elles un vase ou un mouchoir pour recevoir le produit de leur sputation.
La sueur est assez abondante pour être désagréable, et quelques malades ne peuvent faire un mouvement dans leur lit, parler trop longtemps ou éprouver une impression quelconque, sans avoir la peau couverte de moiteur ou de sueur. Dans ces cas la sécrétion sudorale a lieu de préférence dans la paume des mains et sur le visage.
La sécrétion urinaire ne présente pas de modifications bien notables dans le nervosisme aigu. Les urines sont tantôt rares et tantôt abondantes, pâles et peu colorées, quelquefois claires et limpides comme de l'eau, et elles ressemblent assez, sauf l'abondance, à celles qui sont excrétées dans le cours du nervosisme chronique.