MARCHE DU NERVOSISME, DURÉE, TERMINAISONS
tomes n'existent pas à la fois chez les nervosiques, et il est rare de les trouver tous réunis. Quelquesuns d'entre eux suffisent pour caractériser le mal. Leur nombre augmente avec l'intensité de la diathèse, et, à cet égard, le tableau offert par la maladie est extrêmement variable. Comme je l'ai déjà dit, il n'y a pas deux nervosiques qui se ressemblent exactement, chacun d'eux forme presque une variété dans son espèce, et, moins que dans toute autre maladie, il est possible de les comparer les uns avec les autres. Ils ne diffèrent bien profondément que dans l'état aigu ou dans l'état chronique.
Le nervosisme aigu primitif succède aux grandes fatigues et aux grandes perturbations morales qui ébranlent l'organisme, et il débute avec une grande intensité par de la fièvre, de la dyspepsie, secondairement suivis d'un plus ou moins grand nombre d'autres troubles nerveux fonctionnels.
Le nervosisme aigu secondaire débute dans la convalescence d'une maladie aiguë, ou dans le cours d'une phlegmasie chronique mal traitée, etc., par des phénomènes semblables associés à quelques autresj symptômes dépendant de la maladie principale.
Une fois développé, sa marche et ses symptômes sont à peu de chose près les mêmes que ceux du nervosisme primitif. La fièvre est le phénomène important autour duquel viennent se grouper les
BOUCHUT. , 1 S
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autres troubles nerveux, et dans les formes variées, elle dure jusqu'à la fin de la maladie qui set prolonge environ deux mois. Telle a été du moins la durée des cas de nervosisme aigu que je connais et de ceux qui ont été observés par M. Chomel, sous le titre de dyspepsie acide. Le nervosisme peut avoir une durée moindre, car pris au début et traité comme il faut, dans une convalescence de fièvre typhoïde par exemple, il dure à peine quelques jours. Il se prolonge quelquefois beaucoup au delà du terme que j'ai précédemment indiqué, mais alors la maladie change de caractère et elle passe à l'état chronique, sa guérison est encore possible quoique difficile ; mais si elle se prolonge elle entraîne des complications graves qui compromettent beaucoup la vie des malades. J'en parlerai un peu plus loin. Plus la maladie est récente, moins elle a de chances de durée, surtout si elle est primitive. Il n'en est plus de même du nervosisme aigu secondaire qui passe presque toujours à l'état chronique et qui est souvent incurable.
Dans quelques cas, le nervosisme aigu occasionne la mort, comme on peut le voir dans les observations de Rullier et de M. Chomel (1). Cet auteur annonce que les neuf dixièmes des malades succombent par le fait de cet état morbide. La mort a
[\) Des dyspepsies, d'une forme grave de la dyspepsie acide, p. 170).
lieu tantôt par inanition , tel était le danger d'une des malades que j'ai guéries, tantôt par le fait des maladies secondaires de l'intestin, du cerveau ou des poumons. Le marasme fébrile, les vomissements, l'œdème chlorotique, les suffusions séreuses, les congestions pulmonaires, l'apoplexie séreuse sont les accidents secondaires ultimes qui annoncent cette terminaison funeste.
Le nervosisme chronique est également primitif ou secondaire, mais cette dernière forme est de beaucoup la plus commune. 11 se développe d'une manière progressive et offre deux degrés qui résultent de son intensité. Ordinairement apyrétique, et incidemment traversé par la fièvre, il attriste l'existence par de nombreuses douleurs et des troubles nerveux très-variés. Il présente des alternatives remarquables, des exacerbations et des paroxysmes suivis d'une amélioration momentanée, et il se prolonge ainsi des mois et même des années sans faire de sensibles progrès en mal.
Il s'arrête quelquefois sous l'influence d'une maladie aiguë intercurrente, fehris spasmos solvit, et les accidents nerveux paralytiques ou autres peuvent disparaître momentanément pendant l'état fébrile pour reparaître après sa guérison. L'observation si curieuse, n° xxxvi, publiée par M. Pidoux, p. 185, en est la preuve incontestable. — Une paralysie du mouvement et delà sensibilité chez une
jeune fille depuis longtemps malade disparutpendant le cours d'une fièvre typhoïde pour se reproduire graduellement après la cessation de l'état fébrile.
Chez d'autres malades, il trouble la raison, engendre rhypocondrie, et quelquefois produit l'aliénation mentale.
Il est rare que le nervosisme disparaisse complètement, surtout dans sa forme primitive, car lorsqu'il est secondaire, c'est une maladie incurable. Il se fait continuellement sentir, tout en laissant à ses victimes une assez grande liberté d'action. Puis, sous l'influence de causes variables, à l'occasion d'un paroxysme, la fièvre devient continue ou rémittente, l'appétit cesse, les forces déclinent, l'amaigrissement se prononce, et les malades, obligés de garder le lit, tombent peu à peu dans le marasme, se débattent au milieu des plus vives douleurs et finissent par succomber d'inanition ou par suite de complications viscérales secondaires.
C'est ainsi qu'on l'observe, lorsque, succédant à l'état aigu, et ayant atteint un très-haut degré d'intensité, il produitune fièvre permanente et des troubles fonctioiTnels très-nombreux. A l'inappétence se joignent la gastralgie et la dyspepsie, quelquefois des vomituritions ou des vomissements, delà constipation, des étouffements, des spasmes des poumons et du cœur, l'affaiblissement de l'intelligence et de la mémoire, la susceptibilité du caractère.
les insomnies douloureuses, les névralgies erratiques ou locales, les troubles des organes -des sens, l'appauvrissement du sang , l'affaiblissement du mouvement nutritif, la maigreur du corps et la consomption générale, au milieu de laquelle arrivent des complications viscérales aiguës ou chroniques plus ou moins rapidement mortelles. Il se produit alors des congestions pulmonaires ou la tuberculisation des poumons ; des vomissements bilieux plus ou moins fréquents; quelquefois la diarrhée; des eschares au sacrum et sur les trochanters; de l'œdème ou de l'anasarque ; enfin des sufPusions séreuses de la plèvre, du péricarde, du péritoine ou des méninges , incompatibles avec l'exercice des principales fonctions de la vie.