‹ De l'état nerveux aigu et chronique, ou, NervosismeChapitre 9 sur 33 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Tous les individus nerveux ne sont pas nécessairement, comme on a trop de tendance à le croire d'après quelques écrits de Galien, de Sydenham,de Sprengel, de Pomme, etc., des hystériques ou des hypocondriaques (1). Il y a un autre état morbide, dans lequel l'élément nerveux joue également

(1) C'est aussi l'erreur de mou honorable et savant collègue, M. Briquet, qui,, dans un remarquable Traité de riujstéric, n'a pas suffisamment distingué pour moi les symptômes decette névrose de ceux de l'état nerveux ou nervosisme, et qui confond trop souvent les maladies nerveuses des petits enfants, de l'homme et de la femme {convulsions, fièvre nerveuse, léthargie, hypocon-

le principal rôle sous une forme différente, et où l'on peut constater un plus ou moins grand nombre de troubles de l'intelligence, de la sensibilité, du mouvement et des principales fonctions organiques, sans altération appréciable de la structure des tissus. C'est une névrose distincte de celles que je viens de signaler, et qui mérite d'être l'objet d'une étude spéciale.

Lorry, Rob. Wliytt et Pougens me paraissent en avoir bien nettement reconnu l'existence, et ils Tont appelée cachexie nerveuse et marasme ou état ne?'v eux sans la décrire; d'autres lui ont imposé les •dénominations de fièvre nerveuse, à' affection vaporeuse (Pomme) ; de vapeurs (Lange) ; à\iffectio7i hystérique^ en la confondant avec l'hystérie et l'hypocondrie , comme Sydenham ; de névropathie (Malcolm Fleming); à' hystéricisme (Louyer Villermay); de névropathie aiguë cérébro-pneumogastrique (Girard) ; névrospasmie (Brachet); ^^névropathie protéiforme (Cerise) ; de diathèse nerveuse, etc. Toutes

drie, état nerveux, aliénation, etc.) sous le nom d'hystérie. — Malgré le talent d'observation de l'auteur, je doute qu'il puisse jamais faire adopter sa manière de voir, qu'on peut juger plus complètement par la définition qu'il donne de l'hystérie. « L'hystérie est une névrose de V encéphale, dont les phénomènes M apparents consistent principalement dans la perturbation des actes « vitaux qui servent à la manifestation des sensations affectives et tt des passions. » Qui voudrait appliquer cette, définition infiniment trop générale, à l'état nerveux, à l'hypocondrie, à l'épilepsie, à l'aliénation mentale, n'aurait certainement pas beaucoup de peine.

ces qualifications mauvaises par leur tendance localisatrice, incommodes par leur longueur, m'engagent à en adopter une autre d'un seul mot, qui indique mieux la nature générale de la maladie et en facilite la description. J'emploierai dans ce but le mot de nervosisme, tiré du mot latin 7iervosus, nerveux, pour faciliter l'adjonction souvent nécessaire de la double épithète aigu ou chronique.

Le nervosisme n'est souvent qu'un état maladif sans gravité ; mais ce peut être aussi une maladie sérieuse, générale dans sa cause et multiple dans ses effets. On pourrait presque soutenir que c'est une diathèse , tant les désordres fonctionnels sont nombreux, mobiles et variés dans leur expression, quoique identiques par leur nature. Organes de sécrétion, organes de l'intelligence et des sens, organes de la vie animale et du mouvement, tous peuvent être troublés dans leur exercice et à divers degrés sans altération primitive de leur texture. C'est une névrose protéiforme , à laquelle il faut appliquer la proposition de Mead sur l'hypocondrie : Non unam sedem habet, sed morbus totius corporis est. C'est la maladie nerveuse la plus complexe qui se puisse produire, et il n'est pas surprenant que, dans ses nombreuses formes, elle ait échappé à la synthèse des pathologistes.

Confondue jusqu'ici avec l'hystérie ou avec l'hypocondrie par tous ceux qui appellent systémati-

quement ainsi les maux de nerfs observés chez la femme, chez l'homme et même chez l'enfant (i), souvent avec la gastrite chronique et avec la gastralgie, avec l'épilepsie, l'aliénation mentale, la dyspepsie, les maladies organiques du cerveau, de la moelle, du cœur, etc., etc., elle est cependant bien distincte de ces maladies. Elle se rapproche et s'éloigne à la fois des névroses et de quelques maladies organiques. On y rencontre de la paralysie, des contractures, des convulsions toniques et cloniques, des tremblements, des spasmes, des défaillances, des syncopes, des névralgies et des viscéralgies, des troubles de l'intelligence et des organes des sens, tels que illusions sensoriales ou hallucinations, de la fièvre simple ou hectique; et il n'y a que la manière dont paraissent , se développent et se succèdent ces phénomènes morbides, qui puisse en révéler la véritable nature. A cet égard, elle mérite l'intérêt des médecins, qui reconnaîtront là, je n'en doute pas, une maladie très-commune et qui est souvent pour eux la source de leurs plus grands embarras de pratique.

On chercherait vainement dans les livres anciens, ailleurs que dans ceux d'Hippocrate, l'indication nette et précise du Nervosisme. Cet auteur est le seul qui me paraisse en avoir parlé, et, bien que

(1) P. Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l'Hystérie, Paris, 1839.

6 DE l'état nerveux OU ^ERVOSISME.

ce soit d'une manière incidente, ses observations auraient pu suffire à l'instruction des générations suivantes, si Galien ne les eût étouffées par de cliimériques hypothèses sur l'hypocondrie.

C'est à propos de l'inanition, des pertes séminales et des gastralgies, que sont signalés par Hippocrate les troubles nerveux multiples et protéiformes dans lesquels on reconnaît le nervomme.

Sous l'influence, de la diète trop prolongée se montrent « l'anxiété nerveuse, l'insomnie, le délire, « les troubles de la vue, les tintements d'oreilles, « les vertiges, une grande angoisse de la respira- « tion, ce qui empêche d'arriver aussi facilement à a la résolution, et ce qui est de nature à faire naître « les maladies chroniques. »

Puis il s'écrie : « L'ignorance ou la connaissance « de ces choses produit la mort ou le salut du

« malade Il est hon-

(( teux de ne pas reconnaître qu'un malade est fai- « ble par inanition et d'aggraver son état par la « diète. ... Si un autre médecin, ou même un (( homme étranger à la médecine, venant auprès du u malade et apprenant ce qui s'est passé, recom- (( mande de boire et de manger, ce que le médecin (( ordinaire avait défendu, il paraîtra avoir pro- « curé un soulagement manifeste. Ce sont surtout « ces cas qui, dans le public, font honte aux prati- (^ ciens, car il semble que le nouveau venu, médecin

« OU étranger à la médecine, a pour ainsi dire res- « suscité un mort (1). » Personne ne verra jamais dans ces symptômes aucuns de ceux qui caractérisent l'hypocondrie ou l'hystérie.

Son tableau des souffrances éprouvées par certains dyspeptiques, et que l'on a très à tort considéré comme une description de l'état hypocondriaque, est un des plus vrais que l'on puisse rencontrer. C'est l'exposé fidèle de ce qu'on voit tous les jours dans certains cas de nervosisme gastrique, exempt d'hypocondrie , puisqu'il n'y est fait aucune mention de la tristesse, de la morosité et des troubles spéciaux de l'intelligence qui caractérisent tout particulièrement l'état hypocondriaque.

(( Ceux qui sont atteints de cette maladie ne peu- « vent demeurer sans manger, ni supporter la nour- (( riture qu'ils prennent. Lorsqu'ils sont sans man- « ger, leurs entrailles font du bruit, et l'orifice de (( l'estomac leur fait de la douleur. Ils vomissent (( tantôt d'une sorte d'humeur, tantôt d'une autre. (( Ils rendent de la bile, de la salive, de la pituite, (( des matières acres; et, après avoir vomi , il leur «semble qu'ils sont mieux; mais, lorsqu'ils ont u pris de la nourriture , ils sont travaillés de rap- (( ports et de rots. Ils ont le visage rouge et une (( chaleur brûlante. Il leur semble qu'ils doivent

(1) HippocRATE, Œuvres corn;? /è ^es, trad. E. Littré, t. H. Paris, 1844. Du régimedans les Maladies aiguës, p. 317 et 3!9, passim.

« beaucoup aller du ventre, mais le plus souvent ils (( ne rendent que des vents. Ils ont mal à la tête; « ils sentent des piqûres par tout le corps, tantôt « en une partie, tantôt en une autre, comme si on (( les piquait avec des aiguilles. Ils ont les jambes « pesantes et faibles, et ils se consument enfin et « s'affaiblissent peu à peu. Cette maladie est longue, « elle ne quitte que dans la vieillesse , supposé que « l'on n'en meure pas avant ce temps-là (1). »

Trois faits du même genre sont encore rapportés dans le livre àe^^ Affections intermes (2), et un dans le livre II des Maladies. Le dernier est relatif à un homme atteint de pertes séminales diurnes et qui, en outre des phénomènes nerveux précités, offrait (( un certain nombre de troubles intellectuels et « sensoriaux, caractérisés par de fréquentes hallucinations. » Ces différentes maladies nerveuses ne méritaient pour Hippocrate d'autre traitement que l'usage de quelques vomitifs et purgatifs, l'emploi du lait d'ânesse, des bains, des lavements, de la gymnastique et d'aliments froids et relâchants.

Les citations que l'on vient de lire suffisent pour éclairer l'esprit des lecteurs. C'est la lumière du passé. Hippocrate a nettement, je le crois, signalé les troubles nerveux multiples et protéiformes qui ap-

(1) Leclerc, Fragment du livre II des Maladies d'Hippocrate.

(2) Hippocrate, Œuvres complètes, trad. Litlré, t. VII, Paris, 1851. Des Affections internes, p. 201, 273, 281.

partiennent à la gastralgie, à l'inanition etaux pertes séminales. Ce qu'il a dit à cet égard s'applique trèscertainement à un état morbide tout spécial qu'on chercherait en vain à rapprocher de l'hystérie ou de l'hypocondrie, et il n'a pas moins fallu qu'une fausse interprétation de Galien et de ses successeurs pour donner au texte liippocratique une signification semblable , et pour le faire considérer comme la première révélation écrite de Thypocondrie.

Ainsi détournées de leur sens véritable et dénaturées dans leur esprit, les observations d'Hippocrate ont été perdues pour la science. Traditionnellement placées dans l'historique de l'hypocondrie comme une autorité à suivre, personne n'a songé à vérifier si elles s'appliquaient à cet état morbide, et l'habitude, consacrant l'erreur primitive, semble leur avoir donné un caractère de vérité absolue. Ce qui a dû contribuer à répandre cette fausse interprétation, c'est l'analogie des symptômes signalés par Hippocrate et de ceux que Galien emprunte à Dioclès pour caractériser \ affection mélancolique et flatulente : la dyspepsie, les douleurs et les pesanteurs de tête , l'assoupissement , les craintes d'images fantastiques , les illusions sensoriales de la mélancolie, etc., phénomènes qui peignent assez complètement ce qu'on appelle aujourd'hui l'état hypocondriaque.

Une fois perdues de vue par suite de l'inattention

OU de l'ignorance des contemporains, les meilleures et les plus sages observations tombent dans l'oubli, et les lois qui en dépendent sont pour la plupart de nouvelles découvertes à faire.

Il en a été ainsi du nervosisme^ entrevu et sommairement décrit par Hippocrate, puis oublié et confondu avec différents états morbides, à peu près semblables par quelques-uns de leurs symptômes. Ses nombreux exemples ont toujours été classés d'une façon vicieuse et désignés par des noms inappropriés en rapport avec certaines idées régnantes. Ce serait une étude bien curieuse à faire que celle de l'influence des mots sur les choses qu'ils sont appelés à représenter, et des fâcheux effets d'une dénomination vicieuse sur les progrès de la science. 11 n'est pas de médecin qui n'ait observé d'exemples d'une maladie nerveuse générale, entièrement distincte de l'hypocondrie et de l'hystérie ; mais, faute d'un mot, tout le monde a confondu le premier de ces états morbides avec les suivants , ou , d'une façon encore plus fâcheuse, avec la gastrite, la gastralgie, la chlorose, l'anémie, les maladies du cœur, de la moelle, d'après les idées à la mode dans le moment. Quelques-uns, comme Stahl, Selle, Sprengel (1), Sydenham (2), Stoll, J. P. Frank (3),

(1) Histoire de la médecine, trad. Jourdan. Paris, 1815-1820.

(2) Opéra omnia. Genevœ, 1769.

(3) Traité de méd.prat., Irad. Goudareau. Paris, 1842.

Pomme, Viridet, etc., embarrassés par la difficulté de désigner convenablement ces pliénomènes, ont simplifié le travail en n'adoptant qu'une seule dénomination; qui, V affection hystérique, comprenant les maux de nerfs de la femme; qui, Y affection hypocondriaque^ pour ceux de l'homme ; d'autres enfin, Y affection vaporeuse, désignant ainsi les maux de nerfs de l'homme et de la femme. On a, de cette manière, sous l'un ou sous l'autre de ces titres exclusifs, confondu l'hystérie, l'hypocondrie et tous les accidents nerveux protéiformes observés dans les circonstances les plus opposées, après les commotions morales et les grands chagrins, dans la convalescence d'une maladie aiguë, après une grande perte de sang, par le fait de l'inanition, etc., de la continence, de la syphilis constitutionnelle, etc., etc.

Voici comment s'exp rime Sydenham, l'un des plus autorisés entre tous ces auteurs. Il considère comme hystérique un homme épuisé par la saignée et les purgatifs nécessaires à la guérison d'une petite affection aiguë fébrile. (§ 756.) « Je remarquerai en i'- passant que les hommes hypocondriaques sont « aussi sujets à pleurer sans raison. Un jour je fus (( appelé pour voir un homme de condition et de « beaucoup d'esprit, qui depuis peu de jours seule- (( ment relevait de fièvre; son médecin l'avait fait (• saigner, l'avait purgé trois fois et lui avait défendu

12 de^'etatkerveux ou nervosisme.

(( la viande. Comme je trouvai cet homme habillé (( et que je l'entendis raisonner sensément sur « toutes choses , je demandai pour quel sujet on « m'avait fait venir ; un de ses amis me dit d'atten- (( dre un peu, et que je verrais bientôt de quoi il « était question. M'étant donc assis et m'entrete- (( nant avec le malade, je m'aperçus bientôt que la (( lèvre inférieure s'avançait en devant avec un mou- (( vement fréquent, comme il arrive aux enfants qui (( boudent etqui se mettent à pleurer; cela fut suivi (( d'un torrent de larmes, accompagné de soupirs (( et de gémissements qui allaient presque jusqu'à « la convulsion, mais peu de temps après les lar- « mes et les soupirs cessèrent entièrement. J'attri- (( buai ce symptôme au désordre des esprits, causé « en partie parla longueur de la maladie, en partie « par les évacuations qu'il avait été nécessaire de (( mettre en usage dans le traitement, et en partie « par l'épuisement où se trouvait le malade et par « l'abstinence de viande que le médecin avait or- <( donnée pendant quelques jours depuis la conva- « lescence, afin de prévenir plus sûrement la re- « chute. Je déclarai donc que la fièvre ne revien- « drait pas et que les symptômes dont j'ai parlé « étaient uniquement l'effet de l'épuisement. C'est « pourquoi je conseillai au malade de manger à sou « dîner un poulet rôti et de boire du vin en mé- « diocre quantité. Il le fit, et ayant continué à

« manger de la viande modérément, il n'eut jamais « plus d'accident semblable (1). »

Évidemment Sydenham se trompe en appelant hystériques ou hypocondriaques , les phénomènes nerveux de la convalescence du malade dont on vient de lire l'intéressante observation, mais c'est une erreur dans laquelle il tombe à chaque instant. (( Si une femme qui s'est toujours bien por- (( tée, nous dit-il (§ 758), mais qui est d'une com- « plexion délicate, vient à être extrêmement affai- « blie et abattue pour avoir commis quelque faute (( dans le régime, ou par un vomitif, ou par un (( purgatif trop violent, elle ne manquera pas d'a-

« voir quelque symptôme hystérique

« On peut dire la même chose d'une femme qui aura « perdu trop de sang, soit par la saignée, soit par « un accouchement naturel, ou qui aura trop jeûné, « et se sera trop longtemps abstenue de viande (2). »

Il est impossible de croire avec Sydenham que l'inanition et l'épuisement par les saignées soient une cause d'hystérie et d'hypocondrie, et je pense qu'il est scientifiquement préférable de rapporter à une nouvelle espèce morbide que j'appellerai le Nervosisme, les phénomènes nerveux observés dans ces différentes circonstances.

(1) Sydenham, Médecine pratique, trad. par Jaull, nouvelle édit., revue par Baumes, Paris, 1838, p. 211.

(2) Ibid., loc. cit.

14 DE l'État nerveux ou nervosisme.

Au milieu de cette confusion consacrée par l'usage, dont l'origine remonte à Galien, qui a été perpétuée par ses successeurs, par la plupart des médecins de nos jours, on voit çà et là quelques hommes protester contre l'erreur, et entrevoir la vérité. Plusieurs ont rapporté des faits exceptionnels de névroses qui ne cadraient pas avec les divisions nosologiques connues, mais ils se sont contentés de signaler ce qu'il y avait de spécial ou d'irrégulier dans ces faits sans essayer d'une réforme qui jetterait sur eux tant de clarté. Rob. Whytt est le premier qui ait tenté de séparer le nervosisme de V hypocondrie et de V hystérie lorsqu'il se crut autorisé à dire : « Les personnes sujettes aux « maux de nerfs, dont certains méritent beaucoup « plus que les autres d'être qualifiés de nerveux, « peuvent former trois classes ; » et un peu plus (( loin : — les symptômes offerts par les malades qui « se trouvent dans la première des trois classes (( précédentes peuvent être nommés simplement a nerveux ; ceux de la seconde, hystériques pour se u conformer à Tusage; et ceux de la troisième, « hypocondriaques (1). »

Les efforts de Rob. Whytt sont malheureusement restés infructueux, en ce sens au moins qu'ils n'ont point servi de règle aux nosographes. A son exemple

(1) Traité des Maladies nerveuses, hypocondriaques et hystériques, trad. de l'anglais. Paris. 1777, t. I, p. 224.

et sans plus de succès, Pougens a suivi une division semblable : « On a confondu les vapeurs en général (( ou maux de nejfs a^ec l'hystérie et l'hypocondrie, « cependant ces affections quoique toutes nerveuses (( diffèrent entre elles d'après les considérations « suivantes : J ^ La névropathie ou vapeurs consiste « dans une altération générale du système nerveux « sans lésion permanente d'un organe particulier. « 2° U hystérie^ dans une lésion du même système, (( avec excès de mobilité dans les organes de la gé- « nération chez la femme. 3° U hypocondrie , dans « une mobilité morbifique des organes de la diges- « tion jointe à l'altération nerveuse (1). » De nos jours, le regrettable Sandras, Cerise et Gillebert d'Hercourt ont tenté la même réforme en décrivant une névropathie protéiforme, une surexcitation nerveuse, une fièvre nerveuse, et un état nerveux ; mais l'absence des observations ou l'insuffisance des détails nécessaires à une entreprise de cette nature les ont empêchés de réussir. Jusqu'à ce jour en effet, sans doute par défaut de preuves, les traités de pathologie spéciale n'ont pas accordé de place au tableau du Nervosisme, qui mérite cependant de figurer dans les nosographies. Toutefois si la description méthodique du nervosisme, de ses formes, de ses causes et de leurs effets, immédiats ou éloignés, sur les solides et lesliquides de l'orga-

(1) Dictionnaire de médecine pratique. Montpellier, 1825.

16 DE l'État nerveux ou nervosisme.

nisme n'a pas encore été faite d'après les règles de la nosographie moderne, cet état morbide est, je crois, bien connu d'un grand nombre de médecins. Il en est peu parmi ceux que j'ai interrogés qui ne le connaissent; MM. P. Dubois, Rostan, N. Guillot, m'ont dit en avoir vu plusieurs cas, et comme je l'ai déjà dit, les livres en renferment beaucoup d'exemples perdus au milieu des descriptions de l'hypocondrie et de l'hystérie, delà gastralgie et de la gastrite, de l'aliénation mentale, de la dyspepsie, des maladies de nerfs ; de la chlorose et de l'anémie, de l'inanition, de la convalescence, des métamorphoses de la syphilis, etc., etc. Rien n'est curieux à lire comme ces faits de même nature publiés sous des titres différents, au profit d'une idée préconçue, ceux de Broussaisen l'honneur de la gastrite, ceux de Barras pour le soutien de sa doctrine sur la gastralgie ; ceux de Pomme en faveur des maladies vaporeuses comprenant toutes les maladies de nerfs chez l'homme et chez la femme; ceux que M. Bouillaud considère comme des cas de chlorose ; quelques-uns au secours delà dyspepsie, ainsi qu'on peut s'en assurer dans unlivrerécentdeM. Chomel, ceux-là en témoignage des effets de la syphilis constitutionnelle, de l'hystérie, de l'épilepsie, de l'anémie, de l'inanition, de la convalescence, de la gestation, etc.

Semblables dans leur essence, identiques pai*

la forme, mais séparés les uns des autres par de faux titres, ils n'attendent plus qu'une appréciation et une synthèse convenables pour reprendre leur véritable signification nosologique et clinique.

J'ai recueilli un grand nombre de ces faits pour les joindre à ceux que m'a fournis l'observation directe et j'ai été vivement frappé de leurs caractères génériques et de leur apparence de famille, caractérisant une identité de nature voilée par la multiplicité des formes et des effets morbides. Plus on y réfléchit, et plus on trouve conformément à ce qui a été dit, puis oublié, que dans les névroses complexes générales, c'est-à-dire composées par l'association de troubles nerveux multiples comme l'hystérie et l'hypocondrie, il y avait une névrose particulière distincte des deux autres , et méritant une étude spéciale. Tous ces faits empruntés à Sydenham, Rob. Whytt, Lorry, Pomme, Tissot, Revillon, J.-P. Frank, Louyer-Willermay, Dubois d'Amiens (1), Rasori, Barras, Bouillaud, Chomel, etc., etc., ceux que j'ai observés, et ceux qui m'ont été fournis par d'obligeants confrères ne laissent aucun doute dans mon esprit. Ils me permettront, j'espère, de retracer l'ensemble complet de cette nouvelle espèce morbide à introduire dans la famille des névroses.

(1) Histoire philosophique de l'Hypocondrie et de l* Hystérie. Paris, 1837, in-8.

BOUCHUT. 2

18 DE L ETAT ^ERVEUX OU >'ERVOSISME.

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