CHAPITRE III
ÉTUDE CRITIQUE DES PRINCIPAUX TYPES DE COURBES DE TEMPÉRATURE, BASÉE SUR LES ASSERTIONS DE DAREM- BERG, CHUQUET ET PENZOLDT.
Pour les raisons indiquées au chapitre premier, et vu l’âge de nos petits patients (six à quinze ans), nous avons choisi la température rectale, dite encore température centrale, et ne discuterons que sur elle.
Sur un aussi grand nombre d’enfants que possible, garçons et filles, nous avons opéré ainsi qu'il suit :
Sous une surveillance étroite, nous avons fait prendre la température dans la station horizontale, au réveil, avant le déjeuner, entre quatre et cinq heures du soir, et au moment du coucher. Pour étudier la réaction de promenade, nous mettions les sujets au repos pendant une heure, prenions alors leur température, leur faisions faire une promenade de une heure ou une heure et demie, notions leur température dès le retour, les replacions au repos absolu pendant une heure et consultions encore le thermomètre. L'effet de la digestion sur la température a été aussi étudié par nous : la température étant prise un quart d'heure avant le repas, un quart d'heure et une heure après.
Le thermomètre, enfoncé de façon à ce que sa cuvette disparût en entier dans l’anus, était laissé en place pendant cinq minutes, et les résultats étaient enregistrés par des infirmières compétentes.
19 Maxima et minima de la température en vingt-quatre heures (vie normale). — Prise quatre fois dans l’ensemble de la journée, la température oscille en moyenne, nous a-t-1l
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semblé, entre 360,8 et 370,6, et cela aussi bien chez les enfants sains que chez les enfants tuberculeux au début.
D'une façon régulière, ainsi qu’en témoignent les tracés ci-annexés, la courbe de température nous a paru passer par deux maxima : l’un de onze heures à midi, l’autre de trois à cinq heures de l’après-midi, le second étant plus élevé que le premier (1).
DAREMBERG a indiqué, comme signe de tuberculose au début, une chute de la température, aux environs et même au-dessous de 369, avant sept heures du matin. Les recherches faites à ce sujet ne nous ont jamais montré, au moment du réveil, à six heures du matin, avant le lever, une chute inférieure à 360,5.
De même, nous avons fait prendre la température de quelques enfants, choisis au hasard, entre minuit et deux heures du matin, et nous n’avons pas non plus constaté l'ascension nocturne que M. Barbier signale comme assez fréquente. Tout au contraire, nous avons noté le plus souvent un fléchissement très net de la courbe, qui atteint dans nos observations 369,3 ou 369,4. Il est vrai que nous n'avons expérimenté que sur des tuberculeux tout à fait au début. En revanche, assez souvent, nous avons surpris une ascension diurne de la température à une heure inaccoutumée, le plus souvent entre dix heures et midi, si bien que nous sommes d'accord avec M. Barbier sur l'importance de cette irrégularité de la courbe.
20 Efjets de la digestion sur la température. — La variabilité relativement grande des maxima et même des minima, chez un même individu, en dehors de lexereice, nous ont incité à rechercher l'effet de la digestion sur la température, et nous avons remarqué qu'il est indéniable et explique en parte cette variabilité.
Dans plus de la moitié des cas, un quart d’heure après le repas, la température baisse pour remonter une heure après
(1) Voir les quatre courbes ci-annexées : 4 et 2, enfants
, tuberculeux ; » et 4, enfants sains.
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de 4 à 6 dixièmes, au point d'atteindre parfois 370,6 et même 370,8. Nous l’avons facilement constaté pour le repas de midi, moins bien le soir : probablement parce que, à la suite de la descente normale de la température, aucune ascension notable n’est, le plus souvent, perceptible. Nous devons ajouter que, jamais, chez nos sujets en expérience, nous n’avons décelé de troubles d’entérite.
Les enfants sains présentent aussi, le plus souvent, une élévation de température une heure après le repas; mais nous avons remarqué, ainsi qu'il est d’ailleurs classique de le penser, que, chez les tuberculeux au début, la digestion n’augmente pas tant la température qu’elle la rend plus irrégulière : à un jour de faible augmentation succède un jour où le thermomètre atteint 379,8, la digestion ayant été plus laborieuse, probablement (1).
39 Influence inverse du mouvement et du repos sur la température : réaction de promenade. — De toutes les recherches sur la température, celles portant sur ses variations, suivant non seulement les heures de la journée, mais encore les alternatives de repos et de mouvement, sont les plus intéressantes.
DAREMBERG en fait presque la pierre de touche du diagnostic précoce de la tuberculose pulmonaire, et, dans son chapitre sur la fièvre provoquée, nous savons qu'il conclut en disant : « Lorsque, pendant dix jours, chez un sujet suspect de tuberculose, l’écart entre les températures de la marche et du repos atteint 4 à 5 dixièmes, et lorsque la température de quatre heures de laprès-midi est plus forte les jours où il a marché que les jours où :l s’est reposé, le malade est tuberculeux. »
C’est cette assertion que nous avons voulu vérifier chez Penfant, et, pour cela, nous nous sommes attaché à observer séparément l’ascension de la température provoquée par l’exercice et la défervescence due au repos lui succédant, et cela, tantôt le matin, tantôt l’après-midi.
(1) Voir les trois courbes ci-annexées : 5, 6 et 7.
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Dans ce but, nous avons fait prendre à nos jeunes sujets une heure de repos, avant le départ, et au retour de la promenade, qui durait de une heure à deux heures et ne comportait que la marche à un pas raisonnable, sans mouvements excessifs.
Voici les résultats auxquels nous sommes arrivé, aussi bien dans les cas où la tuberculose était confirmée que dans les cas où elle n’existait pas :
a. Ascension. — Chez un même individu, l’élévation de la température, à l’occasion du mouvement, est très variable, suivant les jours et suivant le moment de la journée où l'expérience se fait.
D'une façon générale, autant qu’on puisse généraliser en pareille matière, nous avons vu la température monter en moyenne après la promenade de 2 à 6 dixièmes de degré le matin, de 3 à 8 dixièmes de degré l’après-midi.
En particulier, nous notons combien, pour des promenades d’égale durée, un même individu, à quelques jours d’intervalle, réagit différemment ; c’est ainsi que nous voyons le jeune Clément M... âgé de douze ans, à oculo-réaction deux fois négative, qui, de 37° à 379,2 au repos, atteint 370,6 au moins, 370,8 et même 380, après deux heures de promenade, et accuse ainsi une ascension tantôt de 4, tantôt de 6, de 8 dixièmes et même de 10 plein, suivant les jours (1).
Le jeune Desh. M., placé identiquement dans les mêmes conditions, puisqu'il a au repos de 360,9 à 370 le matin, et de 370 à 370,2 l'après-midi, accuse une augmentation de température de 4 à 5 dixièmes le matin, de 5 à 6 dixièmes Paprès-midi, ce qui porte sa température, après la promenade, le matin à 370,4 ou 379,5, l'après-midi à 370,5 ou 379,8 (2).
Si nous choisissons, au contraire, des enfants ayant réagi positivement à l’oculo-réaction, nous voyons lascension
(1) Voir la courbe ci-annexée : 8 (enfant sain). (2) Voir la courbe ci-annexée : 9 (enfant sain).
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thermique moyenne être parfois supérieure le matin à celle des enfants sains, mais le plus souvent lui être égale.
Exemples #aCr M .-#Æqui a de 370 à 3703 le matin, 379 à 370,4 l’après-midi, au repos, monte à 370,7 et 38 le matin, et à 370,6 et 380 l’après-midi; fournit par conséquent une ascension de 7 dixièmes, à peu près en moyenne, le matin comme l’après-midi ;
Wargn. H.…, qui a 370, en moyenne, au repos, monte à 379,5 et 379,7 après deux heures de marche et fournit ainsi une ascension de 5 à 7 dixièmes ;
Potd. L..…., qui a 379,3 en moyenne, au repos, monte à 379,7 et 370,8 après deux heures de marche et fournit ainsi une ascension de 4 à 5 dixièmes (1).
Nous pourrions ainsi donner un grand nombre d’autres exemples ; mais 1l est préférable, pour ne pas apporter de confusion, de répéter que l’ascension de la température, après mouvement, est très variable chez l'enfant et dépasse, pour ainsi dire toujours, 4 dixièmes de degré. On ne peut donc, à cet égard, poser des règles fixes, ni penser, comme Penzoldt, que l’enfant sain ne doit pas, à la suite d’une promenade, atteindre 370, 8 et même, quoique plus rarement, 38°, puisque, parmi la population du sanatorium d’Hendaye, nous voyons ces températures être atteintes fréquemment aussi bien chez les sujets à oculoréaction négative que chez les sujets à oculo-réaction positive.
Il est cependant possible de conclure que les enfants en puissance de tuberculose, certifiée par l’examen clinique et l’oculo-réaction positive, ont plus que les enfants indemnes, non pas tant des températures élevées, à la suite de promenade, qu’une persistance de cette hyperthermie une fois qu'ils sont au repos, peut-être parce qu'ils ont été fatigués plus vite. Nous voulons dire par là que, alors qu'ils sont arrêtés, leur température, parfois, continue à s'élever légèrement, augmentant ainsi, indirectement en quelque sorte,
(1) Voir les courbes ci-annextes : 10, 11, 12 (enfants tuberculeux).
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lPascension due au mouvement, ou reste stationnaire, ou bien descend à péine (1).
Nous avons remarqué aussi qu'ils atteignent 38° le matin plus souvent que les autres.
b. Défervescence. — Nous sous ce nom, la chute de température qui, presque toujours, chez les sujets sains, comme chez les suspects de tuberculose, est amenée par une période de repos succédant à la promenade.
Tout en nous réservant de donner plus tard un aussi grand nombre de courbes que possible, étudions, au point de vue spécial de la défervescence, les enfants dont nous avons déjà examiné l’ascension et dont nous avons pris, au hasard, les noms au milieu de nos observations.
Indiquons en passant que, dans nos courbes, le premier point noir indique la température avant la promenade ;
Le rond blanc, la température obtenue après la promenade;
Le deuxième point noir, la température après une heure de repos succédant à la marche.
Clem M... (sain), le matin, comme l’après-midi, atteint de 370,6 à 38° après exercice et obtient ensuite, en se reposant pendant une heure, de 370 à 370,3, c’est-à-dire une défervescence allant, suivant les jours, de 5 à 8 dixièmes. Chez lui, la station horizontale prolongée plus d’une heure cesse de provoquer la chute du thermomètre et le fait, au contraire, durant la deuxième heure, remonter de 1 ou 2 dixièmes. Aussi ne marquons-nous, pour lui comme pour les autres, que la température après une heure de repos, et négligeons-nous celle après deux et trois heures de repos.
(t) Voir courbes a, b, c: 1, 2, 3, 4,5, 6,7, 8 et 9
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Desh M... (sain), le matin, atteint 370,4 à 370,5; l’aprèsmidi, 379,6 à 370,8 après exercice, et redescend, après une heure de repos, à 370 le matin, à 379,2 en moyenne l’aprèsmidi, faisant ainsi une défervescence, avant comme après midi, de 5 dixièmes en moyenne. Chez lui aussi, la continuation de la chaise longue, pendant une deuxième heure seulement, ou une deuxième et troisième heures, cesse de provoquer une chute de température et le plus souvent n'empêche pas une nouvelle ascension de 1 ou 2 dixièmes (1).
Gr. M.., tuberculeux, le matin comme l'après-midi, atteint 379,8, parfois 38° après exercice et redescend, après une heure de chaise longue, à 379,1 en moyenne, accusant donc une défervescence, à quelque moment de la journée que ce soit, de 7 dixièmes en moyenne.
Wargn. H...,tuberculeux, atteint ordinairement 370,6 après une heure de marche et 37°, à peu près, après une heure de repos, donc la défervescence chez lui est de 6 dixièmes.
Potdev. L.., tuberculeux, arrivé à 370,6 ou 379,7 après une heure d’exercice, retombe à 379,3 en moyenne, faisant une défervescence de 3 à 4 dixièmes, rarement plus (2).
L'étude de la température, lorsqu’'à un exercice donné succède un repos donné, nous montre donc que la défervescence excède le plus souvent 4 dixièmes, puisque, dans les cinq exemples choisis au hasard, elle est une fois de 5 à 8 dixièmes, une fois de 5 dixièmes chez des enfants sains ; de 7 dixièmes, de 6 dixièmes et, dans le dernier cas seulement, de 3 à 4 dixièmes chez des tuberculeux au début.
Donc, là encore, le chiffre de 4 dixièmes, indiqué par DAREMBERG, est une moyenne presque toujours dépassée,
(1) Voir les courbes ci-annexées : 8’ et 97.
Défervescence (enfants sains : oculo- ( 8° Clém. (M.).
TÉACUHONEIMCSUVES) re reeE eee eee (9ÆDeSN-aNt)- (2) Voir les courbes ci-annexées : 10”, 41° et 12. u L ŒIOEorAMr Défervescence (enfants tuberculeux, \ NO eme
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tant chez les malades que chez les indemnes. Mais l'intérêt de la réaction de promenade ne réside pas seulement dans l'étude de la hauteur à laquelle est montée la température après exercice, et l’étude du point d’où elle est partie et auquel elle revient de nouveau après une heure de repos : il est aussi attaché à la comparaison des deux points extrêmes de la courbe, nous voulons dire à la comparaison de la température de repos après la promenade et de la température de repos avant ledit exercice.
Par exemple, nous voyons la température du jeune Gr. M... monter de 7 dixièmes en moyenne après exercice et redescendre de 7 dixièmes, en moyenne aussi, après une heure de repos. Si bien que nous pouvons dire que, chez cet enfant, la température revient exactement à son point initial, les deux extrémités de la courbe figurant la réaction de promenade étant au même niveau.
En nous reportant à l’ensemble de nos cas, nous trouvons que la température est retombée, dans un peu plus du tiers des cas,au-dessous du point où elle était avant la promenade, dans un tiers des cas a atteint ce point, et lui est restée supérieure de 1 à 3 dixièmes de degré dans le dernier tiers (1).
Sans qu'il y ait rien d’absolu dans cette constatation, il nous semble qu’on peut admettre que la défervescence est plus marquée et plus hâtive chez les tuberculeux que chez les autres lorsque la promenade ne les a pas fatigués. Cependant, chez tous les enfants, la rapide chute de température survient, pour peu qu'on les contraigne à garder une immobilité absolue, après le mouvement ; chacun sait, en effet, combien plus vite encore que les adultes se refroidissent les enfants lorsque, après leurs jeux, ils demeurent tranquilles.
(1) Voir les tableaux ci-contre A et B.
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A. — Températures de promenade (enfant sains).
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