‹ De l'Éventration chez le ChevalChapitre 18 sur 21 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(Donnat : Revue Générale de Médecine Vétérinaire, 1922).

Un fermier nous fait prévenir, vers 10 heures du matin, qu'un poulain de trait léger d’assez grande valeur s’est accidenté gravement, la veille au soir.

Nous nous rendons d’urgence sur les lieux, où nous trouvons, à l'écurie, un animal d’un an encore assez vif, mais n’ayant voulu rien prendre depuis le matin. Sous le ventre, un peu en arrière du sternum (10 centimètres environ), pend une masse noirâtre de la grosseur du poignet, d’une longueur de 30 centimètres environ, souillée par des brins de paille et de fumier.

AR

. Les commémoratifs sont les suivants : la jument ayant été utilisée pour un déplacemnt, le poulain est laissé seul dans un pré clos. Au retour de celle-ci, le jeune-poulain, pour rejoindre sa mère, a voulu franchir une barrière. Les membres antérieurs ayant touché légérement l’extrémité supérieure de celle-ci, il y a eu chute de l’animal sur les lattes verticales; sous le poids, ces lattes ont cédé. Aussitôt après l’accident, il y a eu hémorragie légère et, dans Ja soirée, est apparu ce « lambeau de boyau ». |

Pour examiner complètement la lésion, nous couchons l’animal. Après nettoyage de la région, nous constatons l’existence d’une plaie largement béants, située exactement sur la ligne blanche et mesurant environ 6 centimètres de long sur 4 centimètres de large. L'ouverture est entièrement remplie par un fragment de l’épiploon, meurtri dans sa portion externe par les contusions qui se sont produites au cours de la nuit et de la matinée. Aucune anse intestinale n’est prolabée.

La pièce de bois cause de la perforation nous est montrée. C’est un morceau de chêne blanc, assez lisse, à pointe mousse, qui, sous l’action du choc, a pénétré violemment sur une profondeur de 15 centimètres environ. La nature de ce bois, sa pointe peu acérée, son défaut de rugosité nous font espérer que les anses intestinales ont dû être déplacées sans être lésées lors de la progression du corps étranger. La direction de cette progression, d'avant en arrière et de haut en bas, l’animal tombant la face vers le sol font supposer également que les organes abdominaux sont restés indemnes. Pour nous en assurer, nous procédons à un nettoyage sévère, au sublimé tiède, de la portion externe de l’épiploon, de la plaie, puis nous explorons avec le doigt, aseptisé le plus possible, le plancher de l’abdomen dans les environs de l’ouverture cutanée. Aucun indice de lésions graves, aucune trace de

Us

matières alimentaires; nous décidons alors d'intervenir, au lieu de livrer l’animal à la boucherie, comme le désire le propriétaire.

Un nœud de saignée au catgut est appliqué sur l’épiploon en partie saine obtenue par une légère traction externe sur la portion prolabée. L’excision au ciseau est pratiquée auprès de cette ligature, toujours en tissu normal. Le moignon est refoulé dans la cavité abdominale. Pour plus de précautions, nous versons, par l’ouverture, 20 centimètres cubes de sérum polyvalent Leclainche et Vallée et rapprochons les lèvres de la plaie par trois points de suture à bourdonnets. Nous appliquons un peu de teinture d’iode sur la région et recouvrons d’une gaze collodionnée sur ses bords.

L'animal est laissé à l’écurie, sur le sol cimenté, sans litière. Pour éviter tout accident ultérieur, nous pratiquons une injection préventive antitétanique.

Pendant les deux jours suivants, l’appétit a été presqne nul, avec un état général abattu. Puis, peu à peu, les symptômes se sont améliorés. Douze jours après notre intervention, nous enlevions les points de suture. La plaie s’est cicatrisée normalement et l’animal a été vendu, six mois plus tard, sans que rien ne paraisse de son accident.

| OBSERVATION Il

(Bergeon : Revue Générale de Médecine Vétérinaire, 1923)

Une jument demi-sang, montée par un sous-officier, -s’emballa et vint s’abattre après avoir heurté du flanc gauche le brancard d’une charrette. Relevée par son cavalier, la jument fut ramenée au quartier, en main, et conduite à l’infirmerie. On jugea qu’il n’y avait qu’une légère déchirure de la peau, dans la région du creux du

TS

flanc, et la plaie fut seulement badigeonnée à la teinture d’aloës.

À 10 h. 30, le sous-officier accourait pour annoncer que la jument « perdait ses boyaux ».

L’écurie était à deux pas de l’infirmerie. Nous nous y rendîimes aussitôt et ne pümes que constater la véracité des faits. Par la plaie cutanée, une anse d’intestin grêle, dont le volume augmentait à vue d’œil, s’échappait.

Voici ce qui s’était passé. Au moment où on la rentrait à l’écurie, la jument avait glissé des quatre pieds sur le pavé et, lors du relevé, l’éventration s’était produite.

Un confrère se trouvait là, porteur d’un tablier fraichement lessivé et d’une impeccable blancheur. Je m’emparai de ce vestimentum chirurgical, et l’utilisant pour retenir et comprimer la masse intestinale mise à jour, j'en fis une sorte de bandage contentif. Puis, la jument, qui, fort heureusement, ne se défendait pas, fut conduite dans un box de l’infirmerie. On lui entrava les membres postérieurs; un tord-nez à l’oreille et un autre à la lèvre supérieure complétèrent la contention. |

Constatant tout d’abord qu'aucune lésion ne siégeait sur les anses herniées, après savonnage des mains, brossage des ongles et rinçage à l’eau iodée, je procédai à la. réduction. Mon aïde, le bras dans le rectum, aidaïit à cette opération, en tirant doucement par la voie rectale, sur les portions d’organes que je refoulais avec précaution. Comme certaines portions d’anses étaient distendues par des gaz, je n’hésitai pas, pour les réduire, à les ponctionner avec un tracart capillaire, préalablement flambé.

La réduction, en somme, fut très rapide et relativement facile. |

Aucun lavage, simple essuyage avec des compresses de gaze stérilisées. Ensuite, suture profonde en X des musceles.- Suture à points séparés des lèvres cutanées,

Hop

après mise en place d’un drain destiné à faciliter l’écoulement des liquides purulents dont nous prévoyions la venue,

Comme désinfection locale, badigeonnages des plaies à la teinture d’iode.

Application d’une couche de pommade de Recluz, gaze à pansement, maintenus par un bandage à sinapismes.

Les jours suivants, aucune réaction thermique.

La jument ne recevait, comme nourriture, qu’un peu de barbotage léger additionné d’une petite quantité de sulfate de soude. €

Le quatrième jour, on enlève le pansement, et on constate avec surprise, maïs aussi avec plaisir, que la -suppuration est des plus légères.

On nettoie à l’eau iodée. On remet de la pommade de Reclus et de la gaze, le tout maintenu toujours par le bandage à sinapismes.

Dix-neuf jours après ce grave accident, la plaie était cicatrisée et la jument rendue à sa batterie. Un mois après, elle partait en renfort aux armées,

OBSERVATION III (personnelle)

Eventration. Lésions intestinales GRR Î ARS motivant labatage; " Î É Fumiént, âgée de 13 ans, appartenant à M. M. à B...

Le sujet nous était connu depuis longtemps, car cette bête de démi-sang, d’un assez joli modèle, ayant sans doute fait la guerre, avait eu besoin de nos soins-ài diffé- “rentes reprises et toujours dans des circonstances identiques. Régulièrement, il s’agissait d'accidents qui étaient Je résultat de sa nervosité, de son caractère fantasque et

peu maniable. Le 20 avril, on nous demande à nouveau pour elle et aussitôt le propriétaire nous apprend pour

quel motif. La jument était dans un pré, séparé en deux parties par une clôture déjà ancienne, et au matin, en lui portant sa ration, on l’avait trouvée calme, figée sur place. Cette seule particularité attirait l’attention et la personne remarqua immédiatement que la bête avait les postérieurs souillés de sang. Celui-ci avait visiblement sa source au niveau d’une plaie située dans l’aine et, en examinant la clôture voisine brisée et couverte de sang, il était facile de deviner ce qui s’était passé. Pour un motif quelconque le sujet avait voulu franchir l’obstacle, n'avait pas réussi dans sa tentative et était retombé sur un piquet qui, par bonlheur, avait cédé sous le He de la bête et à cause de ses défenses.

L'animal fut ramené aussitôt à l’écurie et nous avons pu l’examiner quelques heures après. Examen d’ailleurs difficile; pourtant il nous fut possible de reconnaître que la mamelle gauche avait été arrachée et repoussée en arrière. Toute la peau de la région était largement décollée et, constatation plus grave, les muscles de la paroi abdominale avaient été certainement dilacérés. A quel degré ? Nous ne pouvions le préciser, à cause de l’impossibilité où nous étions d’explorer le traumatisme du fait des défenses du patient. Il ne pouvait être question de l’entraver sur le lit de paille ni pour le diagnostic, ni pour le traitement, car nous étions convaincu que des efforts expulsifs se produiraient et que la paroï ventrale avait beaucoup de chances de céder au niveau de la blessure. Comme, d’autre part, le propriétäire tenait à sa bête, notre ligne de conduite fut la suivante : immobiliser autant que possible la jument en position debout en l’attachant au râtelier et en la laissant seule dans l’écurie. La plaie devait être laissée sans traitement spécial, ce qui était sans grand inconvénient à cause de sa situation; d'autre part, une injection antitétanique fut pratiquée.

Nous donnions ces conseils le matin vers 9 heures, Le

RD

Re même jour, dans la soirée, nous étions rappelé d'urgence auprès de notre malade. Que s’était-il passé en notre absence ? Nous l’ignorons, mais, à un moment donné, la paroi ventrale s'était rupturée au niveau de la plaie, en avant de la mamelle, et l'intestin grêle était sorti aussitôt. À notre arrivée, 3 ou 4 mètres environ d’intestin s'étaient échappés par la blessure, traînaient sur le sol. La bête n’avait pas un moment d'arrêt et piétinait les viscères . herniés qui, visiblement, étaient largement déchirés en plusieurs points. La jument était couverte de sueur, la physionomie angoissée.

Es Dans ces conditions, il n’y avait guère possibilité ice d'intervenir. L’intestin était trop abîmé et, en fut-il autrement, la paroi abdominale était déchiquetée sur une étendue trop vaste pour que l’on puisse réaliser une suture sérieuse. Aussi, nous avons fait abattre la bête pour la boucherie, sans tarder, avant que l’intoxication — ou l’infection ne fassent des ravages et rendent la viande « fiévreuse ».

OBSERVATION IV (personnelle)

(Even tration. Opération. Guérison).

Le sujet est un cheval de trait léger, genre breton, âgé de 7 ans, appartenant à M. R.., à P...

ire La bête était sans antécédents pathologiques. Notons | | seulement qu’on avait dû le faire castrer à l’âge de 5 ans et que depuis l'opération il était devenu très peureux. Un jour, étant attelé à une voiture légère, sur la route, il fut effrayé pour une cause insignifiante mais à un tel degré qu’il partit aussitôt au galop, sans voir les obstacles . qui- pouvaient se présenter sur son chemin. C’est ainsi qu’au bout de deux cents mètres il vint heurter violem-

ment une charrette attelée, et de façon si malencontreuse

Page 1