‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 23 sur 165 · Jm, xxxviu, il · texte numérisé non relu

Jm, xxxviu, il

de nous le percent tout entier sani peine, et en un seul instant, pour venir éclairer nos yeux. Un peu moins de subtilité dans co corps fluide nous aurait dérobé le jour, ou ne nous aurait laisse! tout au plus qu'une lumière sombre et confuse, comme quand l'air est plein de brouillards épais. Nous vivons plongés dans des abîmes d'air, comme les poissons dans des abîmes d'eau. De même que l'eau, si elle se subtilisoit, deviendrait une espèce d'air qui ferait mourir les poissons, l'air, de son côté, nous ôteroit la respiration s'il devenoit plus épais et plus humide : alors nous nous noierions dans les flots de cet air épaissi, comme un animal terrestre se noie dans la mer. Qui est-ce qui a purifié avec tant* de justesse cet air que nous respirons? S'il étoit plus épais il nous suffoquerait, comme, s'il étoit plus subtil, il n'au* toit pas cette douceur qui fait une nourriture continuelle du dedans de l'homme 2 nous éprouverions partout ce qu'-on éprouve sur le sommet des montagnes les plus hautes, où la subtilité de l'air ne fournit rien d'asses humide et d'assez nourrissant pour les poumons*

Mais quelle puissance invisible excite et apaise si soudaine* ment les tempêtes de ce grand corps fluide ? Celles de la mer n'en sont que les suites. De quel trésor sont tirés les vents qui purifient l'air, qui attiédissent les saisons brûlantes, qui tempèrent la rigueur des hivers et qui changent en un instant la face du ciel? Sur les ailes de ces vents volent les nuées, d'un bout de l'horizon à l'autre. On sait que certains vents régnent en certaines mers dans des saisons précises : ils durent un temps réglé, et il leur en succède d'autres, comme tout exprès, pour rendre les navigations commodes et régulières» Pourvu que les hommes soient patients et aussi ponctuels que les vents, ils feront sans peine les plus longues navigations.

Voyez- vous ce feu qui paroit allumé dans les astres et qui répand partout la lumière? Voyez-vous cette flamme que certaines montagnes vomissent, et que la terre nourrit de soufre dans ses entrailles? Ce même feu demeure paisiblement caché dans les veines des cailloux, et il y attend à éclater jusqu'à ce que le corpe d'un

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