Eccles., xv
corps ne se modifie en rien lui-même; il est modifié par la seule puissance de Dieu : il ne se meut point, il est mû ; il n'agit en rien, il est seulement agi, s'il m'est permis de parler de la sorte. Ainsi Dieu est l'unique cause réelle et immédiate de toutes les différentes modifications des corps. Pour les esprits, il n'en est pas de même : ma volonté se détermine elle-même. Or se déterminer à un vouloir c'est se modifier : ma volonté se modifie donc elle* même. Dieu peut prévenir mon âme, mais il ne lui donne point & vouloir de la même manière dont il donne le mouvement aux corps.
Si c'est Dieu qui me modifie, je me modifie moi-même avec lui ; je suis cause réelle avec lui de mon propre vouloir. Mon vouloir est tellement à moi, qu'on ne peut s'en prendre qu'à moi si je ne veux pas ce qu'il faut vouloir. Quand je veux une chose, je suis maître de ne la vouloir pas; quand je ne la veux pas, je suis maître de la vouloir. Je ne suis pas contraint dans mon vouloir, et je ne saurois l'être; car je ne saurois vouloir malgré moi ce que je veux, puisque le vouloir que je suppose exclut évidemment toute contrainte.
Outre l'exemption de toute contrainte, j'ai encore l'exemption de toute nécessité. Je sens que j'ai un vouloir, pour ainsi dire à deux tranchants, qui peut se tourner à son choix vers le oui et vers le non, vers un objet ou vers un autre : je ne connois point d'autre raison de mon vouloir que mon vouloir même; je veux une chose, parce que je veux bien la vouloir et que rien n'est tant en ma puissance que de vouloir ou de ne vouloir pas. Quand même ma volonté ne seroit pas contrainte, si elle étoit nécessité, elle seroit aussi invinciblement déterminée à vouloir que les corps le sont à se mouvoir. La nécessité invincible tomberoit autant sur le vouloir pour les esprits qu'elle tombe sur le mouvement pour le corps. Alors il ne faudrait pas s'en prendre davantage aux volontés de ce qu'elles voudraient qu'aux corps de ce qu'ils se mouvroient.
11 est vrai que les volontés voudraient vouloir ce qu'elles voudoient; mais les corps se meuvent du mouvement il trnops