CHAPITRE III
Répons* eux objection! det éjrieartai.
J'entends certains philosophes qui me répondent que tout ce discours sur l'art qui éclate dans toute la nature n'est qu'un sophisme perpétuel. Toute la nature, me diront-ils, esta l'usage de l'homme, il est vrai; mais vous en concluez mal à propos qu'elle a été faite avec art pour l'usage de l'homme. C'est être ingénieux à se tromper soi-même pour trouver ce qu'on cherche, et qui ne fut jamais. 11 est vrai, continueront-ils, que l'industrie de l'homme se sert d'une infinité de choses que la nature lui fournit et qui lui sont commodes; mais la nature n'a point fait tout exprès ces choses pour sa commodité. Par exemple, des villageois grimpent tous les jours par certaines pointes de rochers au sommet d'une montagne; il ne s'ensuit pas néanmoins que ces pointes de rochers aient été taillées avec art comme un escalier pour la commodité des hommes. Tout de même, quand on est à la campagne pendant un orage et qu'on rencontre une caverne, on s'en sert, comme d'une maison, pour se mettre à < couvert : il n'est pourtant pas vrai que cette caverne ait été faite exprès pour servir de maison aux hommes. 11 en est de même du monde entier : il a été formé par le hasard et sans dessein ; mais les hommes, le trouvant tel qu'il est, ont eu l'invention de le tourner à leurs usages. Ainsi l'art que vous voulez faire admirer dans l'ouvrage et dans son ouvrier n'est que dans les hommes, qui savent après coup se servir de tout ce qui les environne. Voilà sans doute la plus forte objection que ces philosophes puissent faire; et je crois qu'ils ne peuvent pas se plaindre que je l'aie affoiblie. Mais nous allons voir combien elle est foible en elle-même quand on l'examine de près : la simple répétition de ce que j'ai déjà dit suffira pour le démontrer.
Que dirait-on d'un homme qui se piqueroit d'une philosophie subtile et qui, entrant dans une maison, soutiendrait qu'elle a