LA FRANGE ..MEDICALE
Elle dit être nerveuse ; elle a eu des crises hystériques à plusieurs reprises ; la, dernière, un mois avant qu’elle entrât à l’hôpital.
Les hémorrhagies ■ qui l’ont affaiblie à un degré extrême et que l’on peut regarder comme la caulè immédiate de sa mort se répètent d'une façon incessante et en grande abondance depuis six mois. Ce furent d’abord des épistaxis qui se reproduisirent pendant trois mois ; celles-ci n’avaieat pas cessé quand apparurent des pertes utérines également] profuses et fréquentes. Ce furent dès lors un nouvel accideffl et non plus seulement la répétition d’un flux presque constitutionnel comme étaient les hémorrhagies nasales.
A cette époque (cinq mois avant d'ëiffrer à Necker), la malade fut reçue et soignée à la Charité. Lis métrorrhagies cessèrent, mais pour recommencer bientôt, accompagnées de nausées et de vomissements. Cinq jours après le rettur des accidents, la malade était obligée de revenir à l’hôpilal ; c’est dans ces conditions que nous l’avons vue.
Elle a toutes les apparences extérn ares et les troubles fonctionnels d’une anémie excessive,; ell» st extrêmement pâle, ses muqueuses sont tout à fait décolorées Le chiffre des globules "rouges est de 1 322 000 ; la proportion des globules blancs n’est pas exagérée. Le pouvoir colorant düM ig apprécié au moyen de l’appareil de M. Malassez est égal àl ! seulement, c’est-à-dire que la richesse en hémoglobine esfl seulement d’environ 20 pour 1 000, au lieu de 125 à 130. Le m ils est régulier, fréquent (120 P.) et si petit qu’on a peiné à le cj ipter; les jugulaires sont animées de battements très-amples quB îe sont que l’exagération des ondulations normales, caractérisé! par un double affaissement brusque dans la période systoliqu i. L’impulsion cardiaque est forte et fait contraste avec l’absa ce presque complète des pulsations radiales. Le ccèur est gros ex :ertainement malade. La pointe bat dans le troisième espace iil rcosfal, à 2 centimètres en dehors du mamelon ; la matité totaB mesure 16 cent, de long du bord droit du coeur et 13 centimètrl au bord gauche du sternum. Le premier bruit normal est t®-dur à la pointe ; il est accompagné d’un souffle rude, aigu, q® commence très-exactement avec le choc précordial, a son maximum à la pointe même, • et ne se propage pas vers le dos. j
A la base se perçoit un double souffle ; l’un, systolique, est grave, rude, assez intense; l’autre, diadique, est très-doux. Au niveau de l’artère sbus-clavière, on senlm frémissement qui,, en
raison de son rhythme, ne peut être
veineuse et c
i s’accompagne pas dj iouffle.
lardé comme d’origine
La -respiration est un peu lente et 1 lélérée, mais l’examen physique ne fait reconnaître aucune le] on pulmonaire. Les autres appareils, lé foie et la rate en parti! lier, semblent être dans un état d’intégrité parfaite. L’utérus nej résente pas d’altération reconnaissable au toucher.
La malade était depuis deux jours! l’hôpital lorsqu’elle fut prise, le matin, pendant la visite, d’un l;cès de dyspnée accompagnée d’une angoisse extrême, La retiration était moyennement accélérée (32 resp. par minute) Jmais très-profonde, et l’anxiété de la malade se traduisait par t-s gesticulations désordonnées. Le pouls, toujours petit, étai moins fréquent que la veille (104 puis.)
La mort, précédée de secousses épilejjiformes, mit fin à cet état qui s’était prolongé jusqu’à midi.
Uautopsie fut faite par M. Du Castel ; en voici les résultats.
Le cœur est gros et globuleux; il mesure 12 centim. de la pointe à l’origine de l’artère pulmonaire, et 13 centim. transversalement; l’hypertrophie pôrfe, principalement sur Je ventricule gauche, dont le sommet dépasse de 4 centim. l’extrémité inférieure du ventricule .droit ; celui-ci est un.peu dilaté. Il n’y a pas de surcharge graisseuse. Le myocarde est pâle, les fibres en sont légèrement graisseuses.
L’endocarde est très-blanc, épaissi d’une manière générale. La valvule mitrale est épaissie et fibreuse, çans qu’on y constate ni atliérome ni infiltration calcaire ; les’ tendons et la grande valve sont très-rétractés ; l’orifice supérieur a 93 millim. de circonférence ; l’inférieur, 80 millim.
Les valvules aortiques très-épaisses, adhérentes entre elles par leurs commissures ; l’orifice mesure 65 millim. ; il est insuffisant en même temps qu’il est rétréci.
L orifice tricuspidien a 117 millim. de tour; les valves sont légèrement épaissies à leur bord libre.
L aorte a des parois d’épaisseur normale ; elle n’est rétréci aucun point, ainsi que l’indiquent les chiffres suivants qui d nent la mesure de sa circonférenoe à diverses hauteurs : Au-dessous de la sous-clavière gauche. . . 43 millim.
— r des artères rénales. ....... 33 —
Au niveau des iliaques. ............. 28 < —
Circonférence des iliaques droite et gauche à leur origine. . • 20 —
L’artère pulmonaire renferme des caillots cruoriquee évide ment formés surplace dans les deux branchés de bifurcation.
Lés poumons sont pâles et sont le siège à leur hase d’un œdè très-prononcé; du côté gauche ils présentent à leur surf: quelques plaques d’induration fibreuse.
Les ganglions bronchiques sont durs, fibreux, très-pigmeptés.
L e foie pèse 1580 gr.; la raie, 180 gr. ; les reins, 140 gf.
L'utérus a un volume normal ; la lèvre postérieure du col détruite en partie par une ulcération à fond tomenteux végétant. Le tissu, examiné après durcissement, n’a présenté atil niveau de la perte de substances que des lésions inflammatofrew avec transformation embryonnaire de quelques glandes, sans aucune production épithéliale.
Le cerveau est très-anémié. Les petits vaisseaux de la pie-mè sont tout à fait normaux ; leur calibre est régulier, leur esté égale et unie ; leurs éléments cellulaires ne présentent^ prolifération ni altération graisseuse.
Parmi les renseignements que cette malade avait pu fournir, avéh une présence d’esprit parfaite, le jour-même et le lendemaiü. de son admission, il en est un qui a pour le diagnostic une importance considérable'; elle est fille et sœur d'hémophiliques; elle sait que son père et ses deux frères perdaient du. sang abondamment et pour la moindre cause. Il est vrai que Sral sœurs n’ont pas, à sa connaisance, manifesté de disposition p9 refile, mais on sait que l’hémophilie est rare chez les femmes qui transmettent la tendance hémorrhagique qu’avait leur père, j sans y participer elles7inèmes. Les observations de Grandidiena qui portent sur un grand nombre de , familles, montrent de ]A3 façon la plus formelle que l’hémophilie se propage i la desce® .,.daijce mâle, en épargnant les filles qui, , en se mariant, l'impoâZ ''tçüt dans de nouvelles familles.
/'fLes trois enfants de la jeune femme qui a succombé dans 9 service étaient des garçons ; tous trois sont morts très-jeunes sans avoir eu de pertes de sang d’aucune sorte.
Hémophilique par hérédité, et devenue profondément anéj , mique sous l'influence d’hémorrhagies profuses, la malade a éjl ‘ scrofuleuse dans sa première enfance ; elle a eu plus tard un J rhumatisme articulaire aigu, cause probable d’une affectioM organique du cœur; enfin, elle est hystérique, à n’en pagl douter.
Les signes qui sont rapportés dans l’observation indiquent si quel degré extrême l’anémie est portée ; non-seulement nombre des globules est diminué, mais, à en juger d’après le pouvoir colorant du sang, ils sont très-pauvres en hémoglobine ; l’é3j lément essentiel dans les échanges respiratoires, ; celui qui fi^S l’oxygène, est réduit à un minimum, presque incompatible ave9 la vie ; c’est là un fait considérable pour l’interprétation des accidents qui ont enlevé la malade.
L’affection du cœur est caractérisée par les signes d’une hype^B tropliie considérable, avec un certain degré de dilatation etl^H des bruits morbides qui indiquent l’existence d’une double lésiô® aortique et mitrale.
L’absence presque complète de pouls radial étonne chez une femme dont le cœur volumineux soulève fortement la poitrine et .chez qui l’on ne peut mettre en doute une insuffisance aortique. Ce n’est pas le rétrécissement simultané de cet orifice qui I peut rendre compte d’une semblable petitesse de pouls, et il faut l’attribuer certainement à la diminution de, là masse du sang en circulation.
L’affection cardiaque, a sans doute nfie part dans les progrès ' de l’anémie, mais ce sont les- hppsOrrhagies qui ont surtout amoindri la quantité totale du pâng, et, par leur persistance, fait obstacle à sa rénovation.
(Àmtre‘.i
1879. — 26a Année. — N° 2,
10 cent, le numéro.
Samedi 4 Janvier 1879.
LA