‹ De l'hémosédimentation globulaire et de l'électrophorèse du sérum dans le lymphome malinChapitre 112 sur 115 · DISCUSSION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

DISCUSSION GÉNÉRALE

Les recherches de RANVIER et de DowxEY ont fait attribuer aux macrophages, ainsi qu'aux lymphocytes, le pouvoir de produire du plasma sanguin. La lymphe, préformatrice du plasma, tirerait son origine de la fusion des particules cytoplasmatiques émises par les macrophages. Après de nombreux travaux consacrés à l'étude de la production des anticorps, on a étendu à l'ensemble du système réticulo-endothélial la capacité de fabriquer le plasma, cette fonction étant ainsi dévolue à tout un système groupant le tissu conjonctif, le tissu lymphatique, la moelle osseuse, le foie, la rate et le poumon.

Cependant le déterminisme de la production pathologique de certaines globulines plasmatiques — alpha et camma — est loin d'être éclairci. On sait que lors d’une infection, l'augmentation des alpha deux globulines est précoce. Cette augmentation a pu être reliée à toute inflammation ou même à toute destruction cellulaire importante ; c'est ainsi qu'on la retrouve au cours de l'évolution des affections néoplasiques, peut-être un peu moins accusée que dans les processus infectieux, mais constante.

On peut même établir un parallèle frappant entre le taux des alpha deux et l'évolution de la tumeur.

Les glycoprotéides sériques ont été localisés au niveau des alpha deux globulines. Pour TAYEAU, elles seraient « responsa-

bles pour une grande part de la sédimentation globulaire modifiée » (189). Dérivant de glycoprotéines anormales formées dans la substance fondamentale conjonctive, leur rôle supposé serait un rôle antitoxique et leur augmentation serait à relier

au syndrome général d'adaptation. \

Des travaux récents ont souligné les rapports existant entre la synthèse des globulines et les glandes endocrines, les surrénales en particulier. La surrénalectomie entraînerait une diminution des albumines et une augmentation des alphaglobulines l'injection des hormones correspondantes étant suivie d'un effet opposé. Ces mêmes glandes joueraient un rôle important dans la synthèse des globulines. Les travaux consacrés aux anticorps, localisés par la suite au niveau des gamma globulines, ont contribué dans une large mesure à l'étude des gamma-globulines. Il ne faut cependant pas considérer ces globulines comme étant uniquement des anticorps, mais bien plutôt, à l'instar des alphaglobulines, comme une réponse non spécifique de l'organisme sous la dépendance du couple hypophyso-surrénalien. À la suite d'une agression quelconque, la libération des globulines gamma ne correspond pas à une formation immédiate d'anti-corps, mais

à une hyperactivité des tissus lymphoïdes.

Dans le cas des lymphomes malins, nos propres résultats montrent en général une augmentation bien plus accusée des alpha deux et une V.S.G. beaucoup plus accélérée, que dans la moyenne des autres néoplasmes. Ce fait traduit l'atteinte non plus d'un organe isolé, mais d'un système tout entier, l'hyper-activité des organes formateurs de globulines. Cependant, nous avons rencontré un cas ou une tumeur, histologiquement confirmée, ne s'accompagnait pas de cette élévation classique des alpha deux globulines (Obs. 54.101 : maladie de Brill-Symmers, à localisation amygdalienne ; V.S.G. normale. Excellent résultat par ablation chirurgicale).

Par ailleurs, les résultats de la thérapeutique (principalement

la radiothérapie), comparés aux protéinogrammes, montrent

que dans l'appréciation de l'évolution tumorale au moyen du taux des globulines, il faudrait tenir compte également du taux des gamma globulines. Nous avons pu observer plusieurs cas où l'évolution de la maladie comprenait deux étapes bien distinctes : L'une de résistance, avec bon état général, un taux modéré d’alpha-globulines et un taux assez élevé de gammaglobulines ; on note également une V.S.G. normale ou presque : l'autre, d'évolution rapide, contrastant fortement avec la précédente, aboutissant très vite à la cachexie terminale et caractérisée par un taux très élevé d'alpha un et deux, et un taux de gamma-globulines qui s'est abaissé (ce dernier peut parfois augmenter très fortement à la phase ultime); la V.S.G. est alors considérablement accélérée.

Une augmentation modérée, mais constante des alpha-globulines ou leur stabilisation avec baisse sensible des gamma-globulines serait aussi d'un mauvais pronostic. Une forte augmentation des alpha-globulines, avec très forte augmentation des beta et des gamma globulines se verrait plus particulièrement dans les stades terminaux.

Par contre, une diminution des alpha-globulines, conséquence d'une thérapeutique, accompagnée d’une stabilisation ou d'une baisse modérée des gamma, serait d’un bon pronostic. Une diminution des alpha-globulines, accompagnée d'une forte augmentation des gamma, serait un signe de résistance de l'organisme,

mais ne comporterait pas pour autant un bon pronostic.

Ces résultats confirment pleinement ceux de ROTTINO (164) et de PETERMANN (150). Par ailleurs, ils sont à comparer avec ceux obtenus au moyen de la « fiche réticulo-endothéliale » de SANDOR et WEILL-FAGE (169, 171). On sait que cette épreuve consiste à dresser la courbe des variations de solubilité des euglobulines sériques en fonction des pH. en présence d'une force ionique faible. WEIL-FAGE a pu montrer que dans l'hyperplasie du système réticulo-endothélial le point isoélectrique des globulines séri-

ques — surtout des gamma-globulines — se déplace vers les pH

alcalins et dans l’aplasie, vers les pH acides (170). Des comparaisons avec les renseignements fournis par l'électrophorèse ont montré que l'alcalinisation s'accompagnait d'une augmentation des gamma-globulines et l’acidification, d'une augmentation des alpha ou bêta-globulines. Les diagrammes normaux ou alcalinisés se rencontrent dans les cancers à lente évolution ; par contre,

l’acidification se voit à la phase terminale des néoplasmes.

Ainsi on assiste quand la tumeur est localisée et peu envahissante à une stabilisation ou une augmentation des gamma-globulines, puis à un renversement de l'équilibre globulinique avec

prédominance des alpha et effondrement de l'état général.

Pour tenter d'expliquer ces notions d'ordre clinique, il semble que de nouvelles études physico-chimiques et sérologiques, soient nécessaires. Citons particulièrement les recherches sur les relations entre le couple hypophyso-surrénalien et le système réticulo-endothélial. En effet, le cortex surrénalien réagit avec une grande sensibilité aux néoformations malignes. La suractivité du cortex, au début du processus néoplasique, fait place plus tard à une dégénérescence avec infiltration graisseuse ; les travaux de JossERAND (107), Sanpor et WEILL-FAGE (171), ScHMIDT (174), BJOERNEBOE (24, 25), Barski (16) montrent que la question est en pleine évolution.

4 oO =

Page 1