INTRODUCTION
La question de la désarticulation coxo-fémorale doit être envisagée aujourd’hui à la lumière de la méthode antiseptique et des nouveaux procédés opératoires. Les récentes conquêtes de ja chirurgie ont permis de mener à bonne fin des opérations que les chirurgiens les plus hardis du dernier siècle eussent à peine osé tenter; et le temps n’est plus où un désarticulé de la hanche guéri était une véritable curiosité pathologique. « Toutefois la désarticulation de la hanche, dit Verneuil (4), restera toujours grave, d’une part en raison des dangers inhérents aux affections qui la nécessitent, d’autre part à cause des accidents traumatiques auxquels elle expose à titre de grande blessure. » C’est toujours un moyen extrême, auquel on ne serésout que lorsqu’on ne peut sauver autrement la vie de son malade. Au moment de porter le couteau dans cette région, le chirurgien est souvent arrêté par le souvenir de l’effroyable mortalité qui pèse sur cette opération. Mais il est des circonstances où l’intervention s’impose, et la rareté des succès ne saurait être une objection, quand on songe à la gravité des cas auxquels on oppose cette suprême ressource. «Ad extremos morbos
extrema remedia », a dit Hippocrate.
Il ne faut pas, du reste, s’exagérer là gravité de cette opération,
(1) Verneuil, Académie de médecine, 30 octobre 1877.
dont le pronostic s’est notablement amélioré depuis quelques années, sauf les amputations pour plaies d’armes à feu, dont les résultats sont aussi déplorables d’ailleurs dans la pratique civile que dans la chirurgie d'armée. Les statistiques même les plus récentes, celles de Lüning, de John Ashhurst, embrassant la série des désarticulations pratiquées depuis plus d’un siècle, donnent une idée complétement erronée de l’état actuel de la question. En effet, les conditions dans lesquelles nous opérons sont tout autres que celles du commencement du siècle, et nous ne pouvons pas juger une opération par les résultats obtenus à une époque aussi reculée.
Pour ne parler que de l’anesthésie et de l’antisepsie, ces deux grandes conquêtes de la chirurgie moderne, quel grand pas n’ont-elles pas fait faire à la pratique des amputations! L'’anesthésie, en supprimant la douleur, a diminué l’ébranlement nerveux, le shock traumatique des opérés, cause puissante de mortalité chez les grands blessés. Les agents antiseptiques nous ont fourni une arme cfficace contre ces septicémies redoutables qui emportaient la plupart des malades qui avaient échappé aux dangers immédiats des grandes opérations.
Toutefois, tout en se ressentant de l’heureuse influence de la méthode de Lister, la mortalité de la désarticulation de la hanche ne s’est pas abaissée dans une aussi forte proportion que celle des autres opérations. La raison en est que la mort résulte ici le plus souvent d’une cause habituellement négligeable dans les autres opérations : de l’hémorrhagie. C’est l’anémie aiguë qui fait le plus de victimes, ainsi que le démontrent les travaux d'Alfred Hug et de Lüning. C’est donc à réprimer l’hémorrhagie que doivent tendre tous les efforts de la chirurgie.
C’est dans cette voie que se sont résolûment engagés les chirurgiens, et depuis quelques années on a vu surgir plusieurs procédés
opératoires, dont les résultats sont, jusqu'ici, des plus satisfaisants.
Il nous à paru intéressant de passer en revue les divers procédés d’hémostase, les nouvelles méthodes opératoires préconisées en vue de l'épargne du sang, et dont, pour la plupart, la description ne figure pas dans les ouvrages classiques.
Voici le plan de notre travail :
I. — Après avoir, dans un premier chapitre, jeté un coup d'œil trèsrapide sur les diverses phases qu'a dû parcourir cette opération, et envisagé l’état actuel de la question, nous avons abordé l’étude des moyens d’hémostase, qui se divisent naturellement en deux catégories :