‹ De l'hygiène en AlgérieChapitre 34 sur 74 · ACTION, INACTION, SOMMEIL · texte numérisé non relu

ACTION, INACTION, SOMMEIL

Le climat de la côte algérienne ne diffère pas essentiellement de celui de TEm^ope méridionale. Là Tétat général du sol et des eaux, de Tatmosphère, et toutes les productions organiques, offrent beaucoup de ressemblance avec ceux des bords méditerranéens opposés, ceux de TEspagne en particulier. Nous Tavons dit en commençant, et nous nous sommes suffisamment expliqué, par la suite, sur les faits que met en lumière ce seul rapprochement, et sur les causes ordinairement tout accidentelles de l'insalubrité des lieux. Mais, en

reconnaissant que ce sont les conditions spéciales de la vie militaire qui suscitent le plus grand nombre de nos maladies^ nous n avons pas moins toujom^s eu présente à la pensée la considération de Tétat cliroatérique, des vicissitudes du ciel , et de leurs influences sur Téconomie.

Cette considération nous intéresse encore au plus haut degré, dans ses rapports avec les mouvements de l'homme, ses travaux, et même son service journalier. Car c^est dans les exercices au dehors, dans les marches, surtout en campagne, c'est dans les luttes avec rinclémence des saisons, c'est dans les premiers travaux de fortifications, de routes, de cultures, que la santé du soldat court le plus de dangers ; et c'est alors qu'il est atteint par les maladies, toutes les fois que l'hygiène est méconnue, ou qu'elle n'intervient pas d'une manière active.

Avant d'entrer dans l'examen de ce sujet , nous arrêterons un moment l'attention sur cette donnée de l'expérience , savoir, que poiur l'Européen l'exercice est moins nécessaire en Algérie qu'en Europe, et que le repos l'est davantage.

On sait que dans les pays chauds l'homme est enclin à la paresse, et qu'il ressent, plus que dans le Nord, les effets d'une lassitude spontanée, d'une mollesse dont il ne peut se défendre. Tel est aussi l'empire du climat algérien sur nous. La saison d'été, dans nos contrées, nous impressionne de la même manière. Le froid, au contraire, à moins qu'il ne soit immodéré, donne à nos organes, à nos fonctions, une énergie mar-

quée. La faiblesse relative des peuples méridionaux est constatée par les témoignages de tous les observateurs. Un fait non moins avéré, et qui se lie étroitement au précédent, c'est que les émanations palustres agissent dans le même sens. Les habitants des pays à fièvres sont frappés d'une débilité constitutionnelle , d'une langueur de corps et d'esprit qui forme l'un de leurs traits les plus distinctifs.

De même, dans beaucoup de localités, en Algérie, l'infection marécageuse est le phénomène qui domine dans la constitution du climat. L'habitant de ces localités sera soumis à la double influence d'une chaleur inaccoutumée et du miasme des marais ; et, quelle que soit la part d'action respective de ces causes, le penchant au repos, qui survient, n'exprime pas moins un besoin véritable et qui doit être satisfait. Alors que les fonctions musculaires seront déprimées par l'exercice des moindres efibrts, il sera donc nécessaire d'interdire aux organes toute fatigue prolongée, tout travail pénible.

Si dans les temps froids, si dans les climats du Nord, l'exercice des mouvements, l'activité, la fatigue sont salutaires, c'est une nécessité pour les peuples méridionaux de céder à l'attrait de l'oisiveté. Chez les Algériens, par exemple, pendant les heures les plus chaudes de la saison d'été , tout indigène s'enferme avec soin dans sa demeure, ou cherche à s'abriter contre les feux du soleil. On ne travaille point, on ne se visite point à ce moment du jour, semblable à la nuit. Tout est silen-

cieux, tout repose sous Tombre, aux champs comme à la ville, les animaux comme les hommes. Le Français, seul, s'attache imprudemment à ses mœurs, et se livre à ses affaires, à ses travaux dans ces contrées nouvelles, sans distinction d'heure ni de saison. C'est ainsi, du moins, que nous en agissons jusqu'à ce que l'acclimatement soit venu nous modifier, sans songer assez que la différence des lieux oblige à des changements dans toutes les habitudes de la vie.

Le besoin du repos, après le mouvement, sera donc plus impérieux, l'abus des forces ou l'excès d'exercice, plus dangereux dans ce pays que dans le nôtre. Mais le repos ne suffira pas : c'est le sommeil qu'il deviendra souvent indispensable de prolonger au delà de ses limites habituelles en France ; car lui seul repose véritablement l'encéphale et le système des nerfs sous l'influence desquels s'exerce la locomotion. Le sommeil est un puissant moyen de modérer l'action de la vie et d'ajouter à sa durée.

En conséquence, il faudra d'autant plus sacrifier au sommeil , que les fonctions de relation auront dépensé davantage. Que l'on réfléchisse à l'accablement des forces qui suit le travail de la marche, lorsque la températiu^e est élevée , à la somme de réparation qu'il ré* clame , et l'on jugera combien il importe de procurer aux hommes fatigués un sommeil aussi prolongé que possible. C'est à ce repos qu'ils devront d'être capables d'efforts tout autres que s'ils n'avaient point assez dormi. En campagne principalement, im ample sommeil aura

toujours la plus heureuse influence siur la vigueur physique du moment et sur la santé générale des troupes.

Dans les saisons dites épidémîques, et dans les lieux insalubres, comme dans tous les cas d'activité considérable de l'appareil locomoteur^ la durée du sommeil influera notablement sur la faculté de réaction contre les modificateiu*s ambiants. Et c'est poiu* cela que la méridienne, aux heures de la journée où Thonmie doit s'abstenir de tout exercice laborieux, en été surtout, doit être considérée comme une excellente habitude. En France , les causes semblables ont des résultats peu difierents. L'état sanitaire des garnisons est en rapport avec la mesure des fatigues qu'impose le service ; et là aussi, pour le temps des chaleurs, et pour les jours de grandes manœuvres, la méridienne ou le repos dans la chambre, quand l'homme peut s'y livrer, est une coutume des plus salutaires, et qui devrait toujours être prescrite.

Au reste , la couche du soldat est réduite aux éléments les plus simples : tantôt il est obUgé de dormir sans quitter ses habits ; tantôt c'est pour d'autres motifs, que son repos ne répare que bien imparfaitement ses forces épuisées. Alors qu'il lui faudrait plus de sommeil, il arrive souvent qu'il en a moins : le travail de l'organisme excède la mesure des facultés; et de là, des souffrances qui se traduisent ou par un état de malaise et d'atonie des principales fonctions , ou par des maladies qui ne manquent pas de se manifester, toutes les fois qiie la durée du sommeil n'est pas aussi prolongée

que Texigeraient les besoins de l'oi^anisme. En un mot, c'est trop souvent parce que nous exagérons l'action de nos oi^anes du mouvement, et parce que nous leur refusons la sonune de repos qui leur est nécessaire, que nous consumons vite notre existence dans les pays plus chauds que la patrie.

. Nous allons examiner maintenant le régime des exercices du soldat pendant la guerre , puis nous passerons au service en temps de paix : nous terminerons par quelques considérations sur des avis relatifs à l'hygiène, qui seraient donnés par la voie de l'ordre du jour, dans les corps de l'armée.

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