‹ De l'hygiène en AlgérieChapitre 65 sur 74 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

La plus ancienne peste dont il soit fait mention dans les annales de TAlgérie est celle de Tannée 960 de Fhégire (1 55q de J. C), et dont un pacha d'Alger, S'alah- Raïs, mourut en i555^. Depuis cette époque jusqu'en I 784, la maladie en question est signalée vingt-six fois dans les chroniques arabes manuscrites que j'ai consultées. Voici le relevé chronologique de ses diverses apparitions' :

i552, sous Salah'-Raïs, pacha;

iSÔg, sous H'açan-ben-Kheir-ed-Din ;

i56i, sous Ah'med-Bostandji ;

1671, sous A'rab-Ah'med ;

i584> sous Moh'ammed;

* Nous rappellerons que ce travail plein d*intérét a été communiqué à TAcadémie royale de médecine en i845, et qu*il a été honorablement cité parle rapporteur (M. Prus) dans la séance du a8 avril 18^6 {Bull de VAcad. roy. de méd. t. XI, p. 55o, ann. 1846}.

* Au moment de mettre sous presse, j*apprends, par un passage de Haedo (p. 171 verso et 17a recto), que la peste régnait à Oran en i54a* et que ses ravages obligèrent les Espagnols à quitter la ville et i aller camper au dehors.

^ U y a de fortes raisons de penser que plusieurs de ces citations de pestes appartiennent à une seule et même invasion. Je reviendrai en temps opportun sur cette observation.

601, sous Soliman ; 6o5, sous Khadir; 620, sous H'ouçeïn-K'âïd-Kouça.

Cette peste a été appelée h'aboabat-el-kebira , ou la grande peste.

639, sous Cheîkh-H'ouceîn ; 647, sous loucef; 649i idem; 65o, idem;

661, sous Isma'îl. (On Ta appelée Kaboubat-el-koma^ ou la forte peste.) 663, idem; 664f idem; 673, sous Baba-H'açan ;

676, idem;

677, idem; 689, sous MoustTa; 693, idem; 695, sous El-Hadj-Âh'med. (Elle est connue sous

le nom de el-berourou.)

697, idem;

698, idem;

699, idem;

700, idem; 732, idem; 738. loucef-Ould-bou-Chlarh am , bey d'Oran, en

meiut à Tlemsên.

1 740, sous Brâhim. (Elle vient par terre et de TOuest. Il meurt près de 4oo personnes par jour. Elle dure trois

ans avec des intermittences, cessant en hiver et revenant au printemps.)

17^91 sous Ibràhim-ben*Moh ammed ;

1 754t sous Baba- Ali.

Dans un document du 3 décembre 1756 (archives de la Compagnie royale d'Afrique) , se trouve un passage relatif à cette maladie. On y lit :

« Copie d'un mandat tiré par M. Lemaire , ci-devant consul de France à Alger, poiu* une somme de 54 pataquès, savoir^ :

« 3^ pataqueâ payées aux gens qui Tout informé secrètement , tous les jours , des progrès de la peste en cette ville d'Alger, afin de le régler pour le service des patentes de santé;

« Et 5o pataquès payées au coiutier juif, pour salaire des services qu'il a rendus tout le temps de la peste , en portant les ordres nécessaires aux capitaines français qui se trouvaient dans le port, et en étant chargé de la distribution des lettres pour la nation, soit d'entrée, soit de sortie. — Alger, 1*' octobre 1 766. »

On trouve au registre A (mêmes archives), à la date du 34 juin 1 768, la mention d'un certain K'ara-H'açan, Turc, mort de la peste à Kollo. Enfin, dans un document du 1 7 août 1 763, il est question d'esclaves napolitains qui ont succombé à cette maladie en différentes fois, c'est-à-dire depuis 1765, époque à laquelle ils avaient été pris.

Depuis lors jusqu'en 1784, on ne trouve aucune

' La pataqae chique valait alors aa sous 6 deniers.

trace historique de Texistence de la peste en Algérie; Le retour de cette maladie est signalé pour la première fois en 1 786 dans les chroniques; mais il faut faire observer que cette date est celle de Tinvasion dans la ville d'Alger. Nous allons voir, en effet, que lorsque la contagion, qui avait commencé à Tunis le 21 5 juin i784« atteignit la capitale de T Algérie, il y avait déjà un an qu'elle sévissait dans la province de Constantine.

Avant d'entreprendre l'historique de la grande peste de 1784^ je dois faire une remarque essentielle. La plupart des renseignements qu'il est possible d'obtenir sur cette maladie ne mentionnent que les ravages exercés sur le littoral, parce que là seulement se trouvaient des consuls, des employés ou des négociants européens qui, dans l'intérêt de leurs pays respectifs et des relations commerciales, étudiaient la marche et les progrès du fléau. Cependant j'ai trouvé dans la relation manuscrite d'un pèlerin arabe, El-'Aîachi, quelques détails sur la peste qui régnait en 1 663 à Biskra et aux environs, alors qu'il traversait ces contrées. Son récit complet étant dans les Voyages au Sud de l'Algérie, ouvrage qui fait partie des publications de la commission scientifique, je n'en donnerai ici qu'une courte analyse.

Le 1 9 mars 1 663, El-'Aïachi, se trouvant à Zerbïat- Ah med (environ 1 3o kilomètres au Sud-Est de Biskra}, apprend des gens de Khang'a, village voisin, que la peste est dans leur pays. Le si mars, en arrivant à Sidi- 'Ok'ba, il trouve que cette maladie y règne, ce qui empêche les pèlerins de la caravane avec laquelle il voya-

geait d'entrer dans la mosquée pour y faire leurs dévotions. Le 22 , ils atteignent Biskra, où ils sont forcés d'interner malgré la peste qui y sévit, parce quils redoutent d'être pillés par les Oulâd-Nâc'er, qui désolent les environs de la ville. El- Aïachi fait remarquer qu'en 1 6^9 le fléau avait enlevé soixante et dix mille personnes dans Biskra et aux environs, chiffire qui doit être fort exagéré, s'il n'est pas une erreur de copiste. Le 3i mars, un homme de la caravane meurt pestiféré un peu avant El-Ar'ouat'. Les habitants de cette dernière ville mettent les pèlerins en quarantaine, et refusent de les laisser entrer; ils jettent par-dessus les murs le blé qu'ils leur vendent, et lavent avec soin l'argent et tout ce qu'ils en reçoivent. Ces précautions montrent que les musidmans ne sont pas tous esclaves aveugles du fatalisme. Dans le reste de son voyage, El- Aïachi ne signale plus aucun cas de peste, ni aucune précaution sanitaire prise envers la caravane par les populations.

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