OBSERVATION VIII
Sciatique et contracture de la hanche traitées -par des injectiotu sous-cutanées d’ hyoscy amine.
D. , Marie-Louise, âgée de 19 ans, entre le h avril 1869 à l’hôpital Lariboisière, salle Sainte-Jeanne, n° 32 (service de M. Verneuil).
Bonne santé habituelle ; pas de maladies antérieures ; menstruation irrégulière.
En décembro 1865, après une chute sur la hanche gauche,
la malade ressentit dans ce côté des douleurs très-vives, puis eut de la difficulté à marcher; pendant cinq mois, des douleurs intermittentes occupant la région postérieure de la cuisse gauche et présentant ces exacubalions à des moments variables, s’accompagnèrent de contracture de la hanche et de claudication. La malade entra à l’hôpital de Saulieu où on lui fit des injections hypodermiques de chlorhydrate de morphine. Elle y resta pendant trois semaines, au bout desquelles la claudication avait à peu près disparu, mais les douleurs persistèrent, bien que diminuées.
Au mois de septembre 1866, souffrant d’un point de côté, elle fait un court séjour à l’hôpital.
A sa sortie, la malade a un service pénible et fatigant. En déplaçant une baignoire, elle ressentit un craquement dans la fesse, et bientôt des douleurs reparurent plus vives, tandis que la marche devenait difficile. On lui fit suivre les traitements les plus variés : perles d’ether, bromure de potassium, iodure de potassium, vésicatoires volants répétés , badigeonnages il la teinture d’iode, injections hypodermiques de chlorhydrate de morphine. Tous ces moyens ne modifient guère l’état de la malade, qui de temps à autre se trouve un peu soulagée.
Le règles se suppriment au mois de janvier 1869, et les douleurs continuant , après que le membre eût été ramené dans l’extension, on applique un appareil inamovible, sans aucun résultat.
Le k avril 1869, elle entre à l’hôpital Lariboisière, où M. Verneuil a recours à différents moyens : Sinapismes promenés le long de la cuisse, cautérisation transcurrente sur le trajet du nerf sciatique et de ses branches, électrisation par courants d’induction, vésicatoires volants, douches froides locales et générales, immobilisation dans une gouttière de Bonnet, usage interne du chlorure d’or, de l’arseniate de soude, de l’opium, injections souscutanées de chlorhydrate de morphine. Celles-ci amènent un
calme passager; mais elles déterminent des troubles des voies digestives (nausées, vomissements, anorexie), qui empêchent d’en continuer l’usage. Le bromure de potassium, essayé à la dose de 1 gramme, puis de 1 gr. 50 par jour, produit une amélioration notable pendant une semaine, puis reste sans effet. Des capsules d’essence de térébenthine n’ont pas de meilleur résultat. Des injections sous-cutanées d’atropine, de nitrate d’argent déterminent de vives douleurs et n’amènent aucune amélioration dans l’état de la malade.
Tous les traitements antérieurs ayant échoué, M. Verneuil prescrit l’usage de l’hyoscyamine.
Le 23 septembre, après une injection sous-cutanée de 5 milligrammes d’hyoscyamine dans le tissu cellulaire de la cuisse, la malade a eu de l’agitation suivi d’un sommeil plus calme que les autres jours; la douleur est moins forte au réveil.
Le 2k septembre, injection de 6 milligrammes, sécheresse de la gorge, dilatation des pupilles.
Le 25 septembre, injection de 7 milligrammes; l’agitation a été très-forte. La malade a voulu se lever, se mettre à la poursuite des êtres fantastiques qu’elle voyait dans ses hallucinations ; un sommeil profond succéda à cette période; le lendemain, les mouvements du membre inférieur étaient libres, la claudication avait diminué, et la malade s’appuyait sur sa jambe sans ressentir la moindre douleur; celle-ci ne se montra que dans un accès de courte durée.
Les pupilles sont très-dilatées; quand la malade veut se servir de son aiguille, elle y voit deux pointes.
Nous la laissons au repos pendant deux jours
Le 28 septembre, injection de 5 milligrammes.
Le 29 septembre, injection de 6 milligrammes, légère excitation.
L’amélioration est notable.
Le 30 septembre, les règles supprimées depuis le mois de janvier reparaissent; elles sont assez abondantes et durent deux jours. En même temps, l’appétit revient, les fonctions digestives deviennent plus régulières, et la malade, dont les douleurs apparaissent à de rares intervalles, a toutes les nuits un sommeil trèscalme. Elle prend de l’embonpoint.
Le 6 et le 7 octobre, on refait deux nouvelles injections. La malade marche toute la journée sans se fatiguer; elle traîne la jambe gauche, qui ne développe pas aussi rapidement que celle du côté opposé; mais les mouvements ne sont pas douloureux ; la pression sur le trajet du nerf sciatique laisse le malade complètement insensible.
L’hémorrhagie menstruelle reparaît le 28 octobre, puis le 19 novembre.
Le 5 novembre, la malade a eu un accès de douleur qui ne s’est pas reproduit après deux nouvelles injections d’hyoscyamine. L’amélioration continue toujours, la claudication diminue.