PRÉFACE
Comme toutes les vérités faites surtout de bon sens, la valeur de l'hystérectomie dans le traitement chirurgical des phlegmasies péri-utérines devait s'imposer et triompher assez vite des protestations qui ont accueilli les premiers succès de l'opération de Péan. Rien ne vaut cependant les opérations nouvelles pour infliger à leurs promoteurs les retards de cette première étape durant laquelle le parti-pris barre sans cesse la route aux jugements les plus motivés. Il y a là comme le réflexe obligé de toute innovation et l'hystérectomie réunissait à merveille les conditions voulues pour le provoquer. Aussi bien n'y a-t-elle point manqué et si les qualités d'une opération devaient se manifester en raison inverse de l'aménité qu'elle éveille chez ses détracteurs, j'en connais peu qui auraient à notre conhance des droits mieux acquis.
Tout, en effet, lui a été d'abord contesté et dans un langage ne prêtant guère à l'équivoque. Les origines un peu forluiles de la méthode devaient la faire considérer comme le fruit d'un empirisme grossier, ou bien encore comme le produit plus ou moins inavoué d'erreurs de diagnostic parfois (jrossières. Son manuel ne pouvait être qu'aoeugle ou brutal et
Baïuiron. — 1
grâce à lui, le vagin devenait un gouffre au fond duquel on verrait bientôt s' ensevelir, mm vérification et sans enseignement possible, les plus impardonnables erreurs. La valeur de ses résultats thérapeutiques n'avait d'autre preuve qu'un vain appel à l'avenir. Quant aux chirurgiens capables de prendre en main la défense d'une telle opération et condamnés, paraît- il, à ne plus jamais reculer devant une nouvelle hystéreclomie à commettre, leur cause était claire et, sous leur pernicieuse influence, la chirurgie française allait bientôt subir le plus déplorable recul.
Par bonheur, cette phase regrettable a vécu. L'opération de Péan rencontre bien encore quelques adversaires obstinés autant qu'absolus, mais aujourd'hui comme autrefois, ceux-ci se recrutent surtout parmi les polémistes sans grande expérience personnelle et peu disposés, par nature, à rester toujours dans la note purement scientifique. Leurs attaques sont donc négligeables et si les partisans chaque jour plus nombreux de l'hystérectomie vaginale conservent le devoir de travailler toujours à la vulgarisation de cette excellente intervention , ils ont enfin la satisfaction de lutter à armes égales et de poursuivre la discussion sur un terrain bien dégagé désormais de tout le fatras inutile des réquisitoires sans preuve, des fleurs de rhétorique ou des cris d'alarme qu'on leur servait au début comme autant d'arguments décisifs.
La tâche devient par conséquent plus attrayante, et loin de regretter la lenteur d'adhésion que l'hystérectomie peut encore rencontrer, nous ne pouvons que nous en réjouir. En fait de nouveautés, l'engouement instinctif de certains esprits ne vaut pas mieux que les contradictions impulsives de certains autres et ce serait grand dommage que toute innovation pût être acceptée toujours avec une trop grande
facilité. Les mauvaises bénéOcieraient du même privilège que les bonnes et bientôt, nos déterminations seraient privées de tout critérium raisonnable. L'histoire de toutes les nouvelles opérations en témoigne. Leur adoption trop hâtive ne signifie rien et bien au contraire, la lenteur d'^hésion qu'elles rencontrent leur fournit leurs véritables conditions de viabilité. Elles les oblige à faire leurs preuves, elle développe enfin chez ceux qui les défendent une persévérance plus grande et les contraint en outre soit à approfondir davantage, soit même à se rectifier. Tel est bien l'état des choses pour l'hystérectomie vaginale. Le temps des polémiques irritantes et vaines est passé pour elle, la parole reste aux faits et c'est pour cela que la monographie de M. Baudron vient à l'heure dite pour avoir sa vraie portée scientifique et donner à son auteur toutes les satisfactions que son labeur le mettait en droit d'escompter.
Dans cette courte préface, je n'ai pas à détailler le travail de M. Baudron. Son titre est en effet trop explicite pour laisser un doute sur la précision de ses limites. Laissant de côté la clinique pure, M. Baudron n'a visé que la partie chirurgicale du sujet. Son livre n'est pas autre chose qu'un chapitre de thérapeutique opératoire dans lequel on trouve successivement étudiés, l'historique, le manuel, la valeur absolue, la valeur comparée et les indications de la castration utérine. Ce programme, en dépit de sa concision, ne laissait pas que d'être encore très étendu et je ne crains pas d'être contredit en affirmant que M. Baudron l'a fort bien rempli.
Sans nul doute et malgré les statistiques importantes sur lesquelles il s'appuie, M. Baudron n'aura pas dit, en tout, le dernier mot. Mieux que personne, nous savons l'un et l'autre que le sujet est trop complexe pour ne pas rester à l'étude. Nous savons en particulier combien les questions
relatives aux indications el aux résultats éloignés réclameront encore de travail et de temps pour être formulées avec toute la précision désirable. Les complications immédiates ou tardives de l'intervention dont on parle si volontiers sans les connaître, leur fréquence réelle, leur gravité, leur prophylaxie ou leur meilleure thérapeutique sont à leur tour, autant de sujets dont la mise au point n'est pas encore parfaite. Il n'est pas enfin jusqu'au manuel opératoire qui ne soit lui-même susceptible de nouveaux perfectionnements et nous comptons bien ne rien négliger pour continuer et parfaire à tous ces points de vue l'œuvre commencée. Mais tel qu'il est, le travail de M. Baudron n'a pas moins toutes les qualités d'une étude mûre et complète qu'on peut lire avec l'assurance d'y trouver l'impartial exposé de l'état actuel de la question, tous les documents voulus pour la juger en connaissance de cause, et, ce qui vaut mieux encore, les renseignements nécessaires pour savoir appliquer et pratiquer soi-même la castration utérine dans les cas déterminés qui en sont justiciables.
Un scrupule me vient en terminant. Ainsi que M. Baudron veut bien le dire, son étude est basée sur mes deux cents premières hystérectomies, c'est avec moi, c'est en me voyant à l'œuvre qu'il a fait son éducation comme ses convictions, et je me demande si le parfait désintéressement des éloges que je lui adresse restera tel aux yeux de tous. Mais je ne veux point m'arrêter à pareil soupçon. L'injustice serait trop grande et je me sens, en vérité, fort à l'aise pour dire hautement tout le bien que je pense et de l'auteur et de son livre. M. Baudron a rédigé de sa main toutes mes observations ; il a été l'assistant actif de la plupart de mes opérations ; il a suivi le plus grand nombre de mes malades ; il s'est imposé h\ tAclie si diiïicile de les retrouver plus ou
moins longtemps après leur guérison opératoire pour documenter sévèrement ses opinions sur les résultats éloignés de l'intervention ; tout ce qui s'est écrit sur la matîère, il l'a lu. commenté, analysé et jugé avec un tact parfait • bref, il n'a pas voulu rester seulement mon élève ; il a pensé, travaillé et jugé par lui-même. M. Baudron a donc fait à tous les titres une œuvre très personnelle et, pour ma part, je ne saurai jamais assez dire combien je me félicite d'avoir su confier la cause de l'hystérectomie à un esprit aussi droit et aussi judicieux.