II. - JOOS VAN DER BEKE dit VAN CLEVE
ET
le Maître de la Mort de Marie.
C’est à MM. Justi et Firmenich-Richartz que revient l’honneur d’avoir proposé l'identification de cet impor-
tant maître anonyme avec Joos Van der Beke dit van Cleve, peintre reçu dans la gilde de Sf Luc à Anvers en 1 5 1 1 et décédé dans la même ville, en 1540.
Nous n’entrerons pas dans l’exposé des raisons qu’on a invoquées en faveur de cette identification, ni des difficultés quelle peut présenter, nous contentant de renvoyer aux travaux des auteurs que nous venons de citer ; nous nous bornerons ici à apporter quelques faits nouveaux, ou que du moins nous croyons inédits.
On sait que le Maître de la Mort de xMarie montre dans son œuvre à la fois une profonde influence de Quinten Massys, et une proche parenté avec un maître colonais : Bartholomaeus Bruyn, quelque peu son cadet. Lun et l’autre semblent avoir subi l’influence du maître harlemois Jan Joest, qui peignait à Calcar de i5o5 à i5o8, puis retourna à Harlem en 1509 et y mourut. — Tout cela s’explique fort bien, si Bartholomaeus Bruyn a été l’élève du maître de la Mort de Marie, ou si du moins l’un et l’autre se sont formés à la même école (dans le pays de Clèves)
Le nom de Joos van der Beke dit van Cleve, 11e suffirait pas à prouver que le peintre était, lui-même, originaire de cette ville, car il pourrait l’avoir hérité : on trouve le nom van Cleve , avant lui, dans le registre des peintres d’Anvers, il faut donc prouver que Joos avait complété son éducation technique, et même formé sa personnalité artistique, dans une partie de ses traits essentiels, avant son arrivée à Anvers en 1 5 1 1 .
Voici la preuve . jusqu’ici, on n’a cité de lui que des tableaux datés de 1 5 1 2 à 1 525 .
Le Musée du Louvre possède un tableau qui est certainement une œuvre de jeunesse du maître : ce sont les volets d'Adam et Ève (don de M. Lemonnier). Ces volets sont doublement datés : 1S07, donc quatre ans avant la réception à Anvers de Joos van Cleve. — 11 est à remarquer : i° que le maître avait donc acquis la maîtrise avant le départ de Calcar de Jan Joest ; 20 que Bartholomaeus Bruyn, né en 1493, a pu entrer en apprentissage chez Joos van Cleve avant le départ de celui-ci pour Anvers. Il est à noter aussi que cet Adam et cette Ève présentent déjà tout formés les traits typiques du S1 Georges et de la Ste Christine, de son œuvre-type : le retable de la Mort de Marie. (Pour Ève, cf. aussi la Ste Vierge, de la Sîe Famille de Bruxelles.)
Que le Maître de la Mort de Marie travaillait bien à Anvers et non à Cologne (malgré les nombreuses commandes qu’il reçut de cette ville), c’est ce que prouve, entre autres, l’œuvre du Maître brugeois du Saint-Sang (voy. n° 260 de ce catalogue; cl. n° 126 et n° 1 55). Ce peintre est un Brugeois, qui a subi l’influence de l’école d’Anvers, alors si brillante. Il imite manifestement Quinten Massys et le Maître de la Mort de Marie. Or il ne serait certainement pas allé chercher ses modèles à Cologne.
Le Maître de la Mort de Marie est représenté à
l’exposition de Bruges par un bon portrait de luimême , appartenant à M. Richard von Kaufmann (n° 25g), par 1 * Annonciation de M. Porgès (n° 276) et par le Calvaire de M. Kleinberger (n° 347).