‹ De l'impuissance et de la stérilité, ou recherches sur l'anaphrodisie distinguée de l'agénésie. Ouvrage destiné aux personnes mariées qui ne peuvent avoir d'enfans (volume 2)Chapitre 40 sur 73 · LVII · texte numérisé non relu

LVII

Cause. — Atonie.

S'il y a atonie, et qu’elle soit due à un défaut d'action , ou si l’on veut, au sommeil prolongé des organes génitaux, on conseillera la société des femmes, les lectures voluptueuses

(1) Debreuze, ouv. cité, p. 37.

propres à exciter les sens, en allumant le feu de l'imagination.

Remènes. — Sociétés des femmes, lectures érotiques, musique. ( Percepta. )

C’est dans ce cas particulièrement qu'on retirera le plus grand secours de l'influence puissante de la musique sur l’excitabilité des organes génitaux, influence bien démontrée par les modifications qu'impriment presque subitement à ces parties les douces émotions que certains airs tendres et voluptueux nous font éprouver.

Tibère, pour exciter ses organes assoupis, et recouvrer le signe extérieur de la virilité, se faisait servir par de belles femmes nues. » La société d’une belle femme, les nudités, dit le docteur Chaumeton, sont souvent capables de ranimer des organes que les plus tendres caresses n’avaient point émus.» ( Vouveau Dic.

des Sc. méd.

On sait, à l’égard du pouvoir de la musique, qu’Alexandre le conquérant devenait ardent et empressé de voler au combat en entendant certain air guerrier.

( 190 ) 6 LVHT.

Cause. — Atonie,

Dans le cas ci-dessus, aux agens qui doivent plus particulièrement influencer le moral et éveiller l'imagination, il convient de joindre ceux dont l'efficacité s'exerce et se fait sentir sur le physique même : ainsi les baïns froids de quelques minutes, et après eux les frictions, surtout celles faites avec des substances odorantes; les alimens analeptiqües rendus excitans par l’addition de quelques condimens ou assaisonnemens aromatiques, l’usage de quelques cardinaux choisis principalement dans la classe des spiritueux et administrés avec ménagement, les végétaux aromatiques et résineux, les fruits parfumés, seront employés avec avantage.

Remènes. — Bains, frictions , condimens aromatiques , etc. ( Applicata, ingesta. )

Le quinquina n'’agit que sur le vivant, dit M. de L** (1), tandis que les bains froids donnent du ressort, même aux fibres mortes. Dans les colonies, par exemple, où la fibre devient

(1) Ouvrage cité, page 217

(agr ) languissante sous la température élevée ou éner-

vante qui y règne, on sait contrebalancer cette influence asthénique par les bains de rivière que

l'on prend régulièrement soir et matin, et quelquefois au milieu du jour. Aussi les hommes stimulés par le climat se trouvent-ils dispos au moyen de bains toniques qui agissent de plus comme excitans par le frottemént que produit l’eau contrariée dans son courant.

Quoique les bains froids soient plus fortifians -que les autres, cependant, au moyen de certaines manœuvres, on parvient à rendre les bains tièdes excitans et aphrodisiaques. Rien de plus voluptueux et de plus capable de disposer au plaisir de l’amour que les bains des Indiens. « Un des serviteurs du bain (1) vous étend sur une planche, et vous arrose d’eau chaude ; ensuite il vous presse tout le corps avec un art admirable : il fait craquer les jointures de tous les doigts, et même celles de tous les membres. I] vous retourne et vous étend sur le ventre : il s’'agenouille sur vos reins , vous saisit par les

(1) Voyez ce mot, p. 529, 2e vol. du Vous. dict. des Sciences. Méd., article traité par MM. Hallé, Guibert et Nysten.

épaules , fait craquer l’épine du dos en agitant toutes les vertèbres, donne de grands coups sur les parties les plus charnues et les plus musculeuses ; puis il revêt un gant de cuir, et il vous frotte tout le corps, au point de se mettre luimême en sueur ; il lime avec une pierre ponce la chair épaisse et dure des pieds ; il vous oint de savon et d’odeurs ; enfin il vous rase et vous épile. Ce manége dure bien trois quarts d'heure. Après cela, on ne se reconnaît plus; il semble qu’on soit un homme nouveau : on sent dans tout le corps une sorte de quiétude, et le désir de se reproduire, par l'irritation et l'harmonie que les frottemens et les tiraillemens ont établis entre toutes les parties. La peau est quelque temps couverte d’une sueur légère qui lui donne une douce fraîcheur. On se sent vivre. On passe ensuite deux heures sur un canapé, et l’on s’endort , soit faiblesse , soit excès de chaleur, après avoir fumé un demi-hoka : c’est un plaisir que ne sentiront jamais les corps resserrés par les froids du nord, ou livrés à l’activité inquiète des climats tempérés. »

Les bains de marc de raisins, les immersions dans des décoctions de plantes aromatiques ou

cruciféres , les fomentations spiritueuses faites au périnée, les douches opérées avec modération sur les parties génitales, les vapeurs aromatiques d’oliban, de genièvre, le massage, etc., excitent pareillement les organes de la génération, et les fortifient. « L'action tonique des diverses plantes crucifères, dit le docteur Chaumeton (1), est confirmée par des observations irrécusables. Gessner et Chaptal ont guéri des atonies du membre viril qui duraient depuis trois ou quatre ans, par des immersions répétées dans une décoction de semences de moutarde. La roquette a surtout été célébrée par les anciens poëêtes , comme propre à ranimer les feux languissans : on en faisait hommage à Priape ; on la semait autour de sa statue. »

(Voyez $ LXXXV.)

HTLXS

Si tous ces moyens échouent, et ne parviennent point à faire sortir les organes générateurs du sommeil dans lequel ils sont plongés , on répétera les frictions sur les lombes, sur les cuisses,

(1) Mot aphrodisiaque du Vouv.Dict.des Sc. méd.) Tome Ii. 15

(194 ) sur la région pubienne; on pourra même les faire avec des linimens musqués, volatils, ammoniacaux , cantharidés ; enfin on emploiera les vésicatoires, le galvanisme et l'électricité.

Il est d’autres tentatives auxquelles on pourra avoir recours dans des cas désespérés : nous les indiquons à regret, puisqu'elles semblent retracer les scènes scandaleuses des maisons de prostitution ; mais la pruderie doit se taire lorsqu'il s’agit de procurer à deux époux disgraciés de la nature les moyens d’un parfait accord, et ceux de payer leur tribut à la société, en laissant de leur postérité. Je veux parler de lurtication, de la flagellation et du massage.

L’urication consiste à fouetter légèrement l'individu anaphrodite avec une poignée d’orties destinées à agacer les houppes nerveuses, à transmettre la sensation, en réveillant la sensibilité engourdie.

«La flagellaon (mot bain, du ÂVouveau Dictionnaire des Sciences médicales) est pratiquée dans les bains de vapeurs chez les Russes ; elle y est encore accompagnée de frictions violentes que l'on exerce en saisissant par les

extrémités les verges qui ont servi à la flagel-

(195) lation, et promenant le milieu de ces verges sur toute la peau, que l’on ratisse ainsi et tourmente du haut en bas. Cette double pratique semble avoir pour effet de monter la peau au plus haut degré d’excitation (1). »

be massage (2) est également recherché par les individus peu favorisés de la nature dans l'exercice des jeux de l’amour. Ce mot vient du STeC masser, presser, Îrotter, essuyer : peutêtre a-t-il aussi une étymologie arabe : le mot mass, en cètte langue, signifie, dit-on, presser doucement. Le massage a pour effet principal d'accélérer les circulations veineuse et lymphatique, d’exciter légèrement la peau, et conséquemment, en excitant les papilles nerveuses de la peau, de déterminer une espèce de sentiment voluptueux qui s'étend à tout l'organe ainsi ti-

(1) On peut consulter à cet égard l'ouvrage intitulé : : Joan {enrici Meibomide Flagrorum usu in re F'enered , et lumbrorum renum que officia. (Adv. V. C. L. Christianum, cassium Lugd. Batavorum); un autre intitulé : Thomæ Bartholini, etc. Francofurti; et celui, plus recent, de M. Petit-Radel, professeur de la faculté de médecine de Paris.

(2) Articie bains du Nouv. Dict. des Sc. méd.)

(49p ) tillé, et sympathiquement à tous les organes internes en rapport avec lui. » (7°. S LXXXVIL.)

Les vésicatoires volans et la teinture cantharidée agissent aussi comme excitans.

Le galvanisme, suivant Galvani, Valli, Fowler, Humboldt, etc., est un phénomène dépendant essentiellement des parties animales ; et selon Volta, Pfaff, Creve, Ackermann, un phénomène général de la nature, non subordonné à la force vitale, et se manifestant uniquement par l’intermède de la fibre irritable et sensible.

On a donné le nom de phénomènes galvaniques, dit le docteur Jadelot(1}, à la propriété, observée dans les nerfs des animaux, d’être irrités par les substances métalliques ou charbonneuses, et même par le simple contact d’autres organes vivans, irritation qui excite des contractions et des mouvemens très-manifestes dans les muscles ou autres organes pourvus de fibres musculaires, qu'on soumet à ces expériences. ».

Le galvanisme rappelle à la vie les animaux asphyxiés, en rétablissant la susceptibilité ner-

(1) Traduction de l'ouvrage du célèbre Humboldt.

(197) veuse suspendue et émoussée. Les substances excitatrices du fluide galvanique sont : tous les métaux et les corps charbonneux; et les conductrices comprennent toutes les substances humides. Les effets galvaniques, quoique ayant en apparence du rapport avec ceux de l'électricité , ne sont point dus à ce principe ; aussi Humboldt les attribue-t-il à un fluide propre aux animaux vivans, auxquels il suppose de l’analogie avec le magnétisme et l'électricité. La cause du galvanisme paraît donc résider dans le corps des animaux vivans, et n’est qu’excitée à agir par les corps extérieurs. Le célèbre Hallé, dit le docteur Sue aîné (1}, à éprouvé lui-même l’espèce de sensation que le galvanisme produit.

Elle à quelque rapport avec celle de la piqûre de plusieurs épingles qu'on enfoncerait en même temps dans la peau. C’est une douleur poignante accompagnée d’un sentiment de chaleur et d’un peu de saveur métallique, lorsqu'on applique l’excitateur aux environs des glandes salivaires. Le professeur Pfaff a traité avec succès une hémiplégie, en plaçant de l'argent dans

(1) Histoire du Galvanisme, t. », p: 303.

la bouche d’un malade, et du zinc sur le bras paralysé. Au bout de vingt-quatre heures d’une communication non interrompue, le membre pouvait déjà exercer quelqueslégers mouvemens. Pour diminuer, au contraire, l'énergie irritable dans plusieurs affections spasmodiques , il faudrait inverser l'application des métaux ;'il faudrait placer le zinc le plus près possible de l’extrémité centrale des nerfs, et l'argent sur leurs terminaisons périphériques. »

Un avantage très-important pour les anatomistes et les physiologistes (1), que procure le galvanisme , c’est celui de fournir le moyen sûr de distinguer les nerfs des autres organes , et surtout des vaisseaux ; mais, comme je l'ai prouvé ci-dessus, le galvanisme n'offre pas toujours des avantages.

L’électricité (F. $ LXXX VII) est également employée dans la suspension des fonctions génitales pour remédier à l’anaphrodisie.

M. Mazars de Cazelles, médecin à Toulouse, a appliqué avec succès l’électricité dans un cas d’affaiblissement, d’abolition des forces viriles ,

(1) Histoire du Galvanisme, t. 2, p. 406.

et d'écoulement involontaire de la semence.

« Mazars, dit M. Mauduit (1), ayant élecirisé plusieurs sujets tombés dans l’épuisement et l’anéantissement des forces viriles, ou par le vice honteux auquel on se livre seul, ou par des excès commis avec des femmes, ou enfin par la durée d’un écoulement à la suite de gonorrhées, assure les avoir guéris, avoir arrêté le cours involontaire qui avait lieu, avoir rétabli les forces en général, rappelé l'embonpoint, et rétabli en particulier l’action des organes virils. Il a employé l'électricité en tirant des étincelles du périnée , de la moëlle épinière, le long du sacrum, en faisant des frictions électriques sur ces mêmes parties, et en dirigeant encore à travers leur texture le fluide électrique, par le moyen d’un directeur et d’une pointe. » |

Parmi les moyens excitans, on connaît les procédés employés en 1976 et en 1780, par le docteur Graham, médecin de Londres, qui forma en cette cité un établissement de lits électriques destinés à provoquer les Jouissances tardives à

(1) Encycl. méthod. (Médecine), mot électricité.

paraître, et à réveiller les organes génitaux assoupis (1).

SL

Cause. — l'atigues, épuisement.

Si, au contraire, l’inertie des organes génitaux ne vient point de leur engourdissement, mais de leur véritable fatigue et de l'épuisement général, il faut bien se garder de suivre la marche prescrite par le $ LIX :il faut éloigner tout ce qui pourrait rappeler dans ces parties une activité qui ne pourrait qu'être dangereuse et funeste, si elle ne dérivait pas du rétablissement des forces et de toutes les fonctions.

Remèvoes.— Bonne nourriture, vins froids, etc.

Il faut donc se borner à bien nourrir, à fortifier, à restaurer , à rétablir enfin toute la machine ; et, pour arriver plus promptement à ce but, on ne peut laisser les organes génitaux dans

(1) Je dois cette note à un. célèbre professeur de la Faculté de Médecine de Paris, auquel j’en témoigne 1ci toute ma reconnaissance.

(os un sommeil trop long et trop absolu : ils ne doivent en être réveillés que par suite du rétablissement général , et qu'en recevant à leur tour, et avec toutes les autres parties . la réparation dont ils avaient besoin.

Leur excitation doit être tout-à-fait naturelle : elle serait vicieuse et intempestive s’il en était autrement.

Dans cette espèce, l'usage des bons analeptiques, des alimens substanciels et succulens, et principalement de ceux tirés du règne animal ; l’usage des vins froids peu abondans en principes alcooliques ; l’abstinence de tous les alimens âcres et irritans ; un exercice très-modéré, mais pris en raison du retour des forces ; l'éloignement de tout ce qui pourrait activer l’imagination et réveiller des sens qui ont besoin de repos, sont et doivent être les moyens les plus efficaces. |

En cas d’anaphrodisie par épuisement, on doit sévèrement interdire l’usage du nymphoœa et des hynoptiques,non-seulement aux individus doués d’une imagination ardente, mais même à ceux que de pieux motifs éloignent de la scène du monde,auquels ils sacrifient les plaisirs de la vie,

car leur abus entraîne l’altération des fonctions digestives, et conduit alors à des maladies de langueur qu'il devient quelquefois impossible de réprimer. |

On a éprouvé que dans le traitement d’un épuisement provenant d’études opiniâtres, un demi-grain de camphre introduit dans la bouche, où on le laisse dissoudre, est un très-bon aphrodisiaque.

Tissot a traité avec beaucoup de succès ces sortes de maladies par les bains froids et l’usage d’une poudre composée de tartrite aciduié de potasse, de limaille de fer et de très-peu de canelle : il a remarqué que, par l'emploi de ces moyens, les malades recouvraient trés-promptement leurs forces.

Le lait pris au sein d’une belle femme est un puissant réparateur; nous en avons eu à Orléans plusieurs exemples frappans ; mais lorsque le valétudinaire reprend ses forces, ce procédé devient quelquefois nuisible et dangereux, car souvent alors le vase est préféré au breuvage, les forces ne se réparent plus, et le malade retombe dans un état plus désespéré.

On pourrait néanmoins tirer parti de ces dé-

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airs, et les exciter progressivement dans l’anaphrodisie causée par une extrême faiblesse, car alors les absorbans du faible s'emparent des fluides sanifères d’une nourrice bien constituée et bien portante.

Le sommeil prolongé est également un puissant réparateur, comme nous l’avons démontré (sect. V° de l’hygiène).

Cause. — Epuisement.

Ce ne serait pas assez, dans l’anaphrodisie par épuisement, d'éviter soigneusement tout ce qui pourrait exciter l’appétit vénérien et l'orgasme des parties chargées de cette fonction : il faut encore combattre et étouffer des désirs qui ne sont point proportionnés aux forces de la nature, et ne pas prendre pour de véritables besoins qu'on doive satisfaire des signes souvent très-équivoques du retour d’une virilité incer-

taine et vacillante.

Rewèpes. — Continence, Analeptiques, etc.

Le traitement de l’anaphrodisie causée par l'épuisement doit être doux ; il serait inconsé-

quent d'employer dans le principe des cordiaux pour rappeler les forces ; l’art, dans ce cas, fait: moins que la nature : le repos du corps, la tranquillité de l'âme , le changement d’air, la continence , de bons alimens succulens, quand il n'y à pas de fièvre, ou des purgatifs rhubarbarins et aloëétiques, s’il y a vices d'estomac, voilà ce qui convient à ce genre d’affection.

Le médecin exercé doit saisir la différence du régime convenable à ceux qui sont frappés de cette infirmité, et qui ont le corps exténué et dans une émaciation complète, avec celui que doiventsuivre lesindividus qui, malgré ce trouble du système nerveux, ont conservé leur embonpoint et l'énergie virile, puisqu'ils cherchent à imposer silence à un organe qui est loin d’être d'accord avec leurs volontés, enfin, en qui l’anaphrodisie n’est plus qu’un vice partiel : les premiers craignent les évacuations, les seconds les soutiennent ; les uns ont besoin d’une nourriture succulente, les autres d’une nourriture légere et de facile digestion.

Les fortifians échauffans ne conviennent ni dans l’un, ni dans l’autre cas, si ce n’est le quinquina et les martiaux , « qui produisent des ef-

fets salutaires, dit Tissot, si l'épuisement provient d’une fréquente émission de la semence. » On conçoit aisément que la saignée , comme moyen débilitant, est redoutable, À moins d’hémorragie ou de frénésie : les purgatifs , selon Lieutaud, n’y conviennent qu’en cas d’indigestions, qui sont meurtrières.

Parmi les confortatifs il en est, tels que les spiritueux, que l’on emploie lorsqu'il s’agit d’exciter promptement le système sensitif, comme dans les évanouissemens et autres affections spasmodiques ; mais en cas d’épuisement, où il faut exciter et corroborer en même temps, dans l’anaphrodisie suscitée par cette cause, ou bien à la suite de maladies aiguës ou d’évacuations excessives, il faut recourir à des alimens

restaurans (voyez S LXXIT).

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