PROPOSITION XVII
Toute passion fortement débilitante peut produire l'impuissance, en jetant dans le collapsus l'écono-
mie en général, et les organes génitaux en particulier.
« La douleur, ou afflicion, précède ordinairement la tristesse (1); elle est le résultat d’une révolution qu’amène une idée pénible, ou une nouvelle fâcheuse (2). Dans cette affec-
(1) Debreuze, ouvrage cité.
(2) Un des chirurgiens attachés à mes ambulances, comblé de joie d’avoir retrouvé, au milieu des troubles de Saint-Domingue, une charmante mulâtresse pour laquelle il soupirait depuis long-temps, et qui avait recu d’elle les sermens du plus pur amour, et la promesse de le lui prouver à la première occasion, allait voir cou-
ronner ses feux, lorsqu'un de ses amis est cerné et mas-
tion, les forces se cencentrent vers l’épigastre et établissent cette constriction précordiale qu'on a nommée le serrement de cœur; et, comme l’a dit le professeur Hallé, fout annonce a l'extérieur ce sentiment interne, et confirme l'exactitude de l’expression dont on se sert ; la circulation est ralentie, le pouls est quelquefois lent, quelquefois fréquent, mais toujours inégal et petit; l'appétit diminue, la digestion se fait mal, la langueur est dans les yeux, le visage est pâle, on n’y retrouve plus l'éclat vermeil de la santé; la respiration est languissante et rare, la voix est traînante, la parole embarrassée, de profonds soupirs sortent lentement de la poitrine, les forces sont abattues, le corps se contracte, dit Sanctorius, il devient sec; les facultés de l’âme perdent leur énergie, la mémoire vacille, le jugement devient confus, enfin toutes les fonctions languissent, et celle
sacré par une horde de nègres révoltés. La douleur qu'il ressentit de cette perte irréparable fut si profonde , que son âme anéantie refusa toute relation avec les organes des sens ; il éteignit le flambeau de l'Amour à la porte même de son temple. Quelle prètresse, au milieu de ses
soupirs et de sa douleur, aurait pu le rallumer ?.…
de la transpiration est surtout considérablement diminuée (1).
« Le eri de douleur, dit Valmont-Bomare, ce signe intéressant qui porte dans l’âme de ceux qui l’entendent cette pitié qui fait voler au secours de celui qui souffre, le cri de douleur est un effort de la nature qui émeut le plus notre sensibilité. »
La transition subite d’une douleur profonde à une joie excessive, et de l’espérance au désespoir, peut faire périr sur-le-champ. M. Massicot, chirurgien du bourg de la Petite-Rivière (canton de l’Artibonite, île de Saint-Domingue},où les blancs, gardés comme Ôtage par le politique et féroce Toussaint Louverture, furent massacrés à l’arrivée des Français de l’expédition du général Leclere ; M. Massicot, ayant été attaché à nos ambulances, et balloté plusieurs fois entre la vie et la mort, succomba à l’excèsde sa joie lorsqu'il parvint à se sauver avec nous du camp des révoltés pour gagner le poste des Français.
Le seigneur d’'Ermenonville, Dominique de
(1) Morborum putridorum et malignorum causa cst mæror. (Baglivi, Prax. med.)
( 383 ) Vic, un des plus fidèles amis de Henri IV (1), passant deux jours après l’assassinat de ce prince dans la rue de la Ferronerie, fut tellement saisi de douleur qu’il tomba mort à l'endroit même où le crime avait été commis.
Le Chagrin est une modification de la douleur, comme la mélancolie l’est de la tristesse.
Et quis non causas mille doloris habet ? e
« Les effets du chagrin, dit le docteur Villermay (2), nous offrent un tissu de phénomènes physiques qui conduisent plus spécialement à l'hypocondrie ; torpeur généraie, diminution de l'irritabilité musculaire, pesanteur et lassitudes spontanées, pâleur du visage, refroidissement des extrémités, sentiment d’uu refiux du sang vers le cœur, diminution de la transpiration, sueurs froides, lenteur marquée du pouls, perte de l'appétit, trouble des digestions, irrégularité dans toutes les sécrétions, suppression de
(1) Debreuze, des Passions, etc.
(2) Villermay, Recherches sur l'Hypocondrie.
( 584 ) certaine évacuation, maladies diverses, fatblesse générale, instabilité du jugement, pusillanimité. Si l’affection morale persévere, les symptômes de l’hypocondrie se renforcent, et la maladie se confirme. »
Le chagrin me dévore, et mon âme abattue, Sans force et sans secours, céde au coup qui la tue.
( La Suzr, Poésies ).
Le chagrin agit si puissamment sur nos affections‘qu'on ne peut nombrer les milliers de ses victimes. Le spleen ne conduit-il pas à l’anaphrodisie ? »