‹ De l'incendie du divin amourChapitre 40 sur 56 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

De la Récompense des Élus.

Voir Dieu , vivre avec Dieu, être avec Dieu, qui sera tout en tous, posséder Dieu, qui est le souverain bien, telle est la récompense réservée aux Saints. La suprême félicité, le suprême plaisir, la vraie liberté , la charité parfaite, l'éternelle sécurité et l'éternité du repos se trouveront là où repose le souverain bien. La joie véritable , la plénitude de la science, de la beauté etde la béatitude, la paix, la tendresse, la bonté, la lumière, la vertu, la prévenance, la joie, la louan-

(1) Joan. 42. 44.

ge, le repos, l'amour, la douce concorde et l'union avec Dieu, deviendront le partage de ceux qui se présenteront avec une conscience exempte de tous péchés.

Ils verront Dieu sans contrainte; ils le posséderont et ils en jouiront pour leur bonheur; ils s'affermiront dans l'éternité, brilleront dans la vérité et se réjouiront au sein de la bonté même. C'est ainsi qu'ils auront le privilège de l'immortalité , la faculté de connaître et les douceurs du repos. Ils deviendront les citoyens de la cité sainte, habitée par les Anges, dont Dieu le Père est le temple , le Fils la splendeur et l'Esprit-Saint la charité.

0 céleste cité, demeure éternelle , patrie qui renferme tout ce qui peut contribuer au bonheur, séjour dont le peuple est docile et dont les habitants sont paisibles et sans aucun besoin, ô cité de Dieu, on raconte de vous des choses merveilleuses. Une douce joie reluit sur le front de tous vos citoyens ; ils sont

tous transportés d'allégresse, et tous se rassasient dans la contemplation de celui dont le regard est bienveillant , la face toute radieuse de beauté, la parole douce et pleine de charmes pour l'oreille, pour l'esprit et le cœur.

Ce Dieu qui fait leur partage se plaît en lui-même et se suffit à lui-même pour le mérite et pour la récompense. En lui se trouve renfermé tout ce qui peut faire l'objet des désirs des élus : aussi ne souhaitent-ils que lui seul. C'est lui seul qu'ils veulent contempler et posséder , lui seul dont ils veulent jouir sans cesse comme de leur suprême bonheur ; enfin , c'est lui qui éclaire leur intelligence et purifie leur volonté, en leur donnant ainsi les moyens de connaître et d'aimer la vérité. Aussi bien, tout le bonheur de l'homme consiste dans la connaissance et l'amour de son Créateur.

Pourquoi donc les illusions du vice, la soif de l'absinthe du monde, la poursuite du naufragede la vie présente, le support

de tant de misères et la patience dans les fers d'une tyrannie sacrilège ? Ne vaut-il pas mieux rechercherlafélicité des Saints, la société des Anges , la solennité de la joie suprême et les transports de la vie contemplative, afin de mériter par là le bonheur de nous voir introduits un jour dans les puissances du Seigneur et de contempler les richesses surabondantes de sa miséricorde ?

C'est là seulement que nous goûterons le repos et que nous éprouverons combien le Seigneur est doux et combien est vaste rétendue de son amour. C'est alors que nous verrons la splendeur de la gloire , l'auréole des Saints, l'honneur de la puissance royale. Nous connaîtrons le pouvoir du Père, la sagesse du Fils et la très-bénigne clémence du Saint-Esprit ; et c'est ainsi que nous aurons la connaissance de la souveraine Trinité. Maintenant nos yeux corporels n'aperçoivent que des images , mais alors nous verrons la vérité elle-même avec le pur regard de l'esprit.

0 heureuse vision, voir Dieu en luimême et nous en lui dans l'extase du bonheur et de la joie / Rien ne sera plus refusé à nos désirs pleinement satisfaits; nous aimerons tout ce que nous verrons, et nous serons inondés des douceurs de l'amour et de la suavité de la contemplation. Mais le comble de notre félicité sera dans la connaissance que nous aurons de la pure essence de la sainte Trinité. Ce divin mystère sera compris d'une manière incompréhensible, et les secrets des cieux se dévoileront à nos regards. Nous aimerons et nous verrons Dieu , et cette vision, qui remplira, qui rassasiera notre cœur, sera le sujet de notre joie.

Il n'y aura plus qu'une seule langue pour glorifier Dieu , de même qu'il n'y aura plus qu'une seule affection et qu'un seul amour qui dureront toute l'éternité. La vérité se manifestera, la charité surabondera, le corps et Tâme seront pleinenement rassasiés. Alors aussi, l'humanité glorifiée brillera comme le soleil , le

repos et la concorde régneront entre la chair et l'esprit. Les Anges et les hommes n'auront plus qu'une seule joie, qu'un seul entretien et qu'un seul banquet. L'amour ne se consumera pas et le bonheur ne diminuera jamais. 11 n'y aura plus d'inquiétude sur la possession des biens , car les libéralités de la divine majesté seront sans cesse à la disposition des cœurs. Tout sera en commun : puissance, sagesse, paix, justice et intelligence. Plus de diversité de langage dans cette heureuse patrie ; la concorde et la paix s'établiront dans tous les esprits et dans tous les cœurs. Plongés dans ce torrent de volupté, nos désirs seront entièrement satisfaits, car nous trouverons le comble du bonheur, la sublimité de la gloire et la surabondance de la joie que Jésus-Christ répandra , dans toute la suite des siècles , sur ceux qui auront combattu dans la vérité et la persévérance. Ainsi soit-il.

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