COMMERCE DES
PRODUITS PHARMACEUTIQUES
AVEC LES AUTRES PAYS (Produits Chimiques et Spécialités )
A côté de l'Allemagne, nous avons d’autres fournisseurs et clients très importants ; ici la balance est partout en notre faveur sauf en Suisse.
Pour établir la comparaison rapide entre ces divers pays, nous avons dressé le tableau précédent comportant pour l’année 1913 les échanges faits par la France avec l’Angleterre, la Belgique, les Etats-Unis, l'Italie et la Suisse.
En classant ces pays dans l’ordre d'importance de nos exportations chez eux, nous voyons :
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Pour l'importation chez nous l’échelle est presque inverse :
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En comparant avec chaque pays, on voit que notre exportation est supérieure à l'importation en Belgique, aux Etats-Unis, en Angleterre et en [talie — elle est inférieure en Allemagne et en Suisse, pays qui,
avant la guerre, monopolisaient presque la chimie organique. |
En Belgique : nous exportons surtout de l’acide borique, du borax, du chlorate de potasse, de la glycérine, des sels d’antimoine, de la potasse, du sulfate de soude, des spécialités et des produits organiques.
Notre proximité, l'absence de fabriques belges, l'influence de la langue nous favorisaient. Nos spécialités y étaient florissantes, mais nous étions en état d’infériorité pour les produits organiques. Trillat ({) en attribue la cause au meilleur marché et à un emballage plus soigné.
Aux Etats-Unis : nous exportons surtout de la glycérine, des oxydes d’antimoïine et des spécialités ; nous en importons de l’oxyde de zinc.
En Angleterre : nous fournissons de l’acide borique: du borax, du chlorate de potasse, de l’oxyde de zinc: de la potasse, des spécialités et des produits chimiques non dénommés. Nous prenons du bicarbonate de soude des oxydes d’antimoine, des spécialités et des produits
chimiques non dénommés. >
En Allemagne : nous étions surtout exportateurs d’acides borique et citrique, de chlorate de potasse, d’oxydes d’antimoine, de quelques produits chimiques non dénommés et importateurs d'acide tannique, alcaloïdes, brome. oxyde de zinc, potasse et surtout de produits organiques.
. En Suisse : nous envoyons quelques produits chimiques et nous en retirons du chlorate de potasse, des spécialités et des produits organiques.
En Italie : nous vendons du chlorate de potasse, de la glycérine, de la potasse, du sulfate de soude et des produits chimiques non dénommés. Nous achetons
des acides borique et citrique, du citrate de chaux et du sucre de lait.
(4) TriLar. Rapport sur l'Exposition de Bruxeiles de 1910, page 193.
En dehors des produits chimiques proprement dits et des médicaments composés (Spécialités pharmaceutiques) la pharmacie fait un commerce important de drogues et de préparations diverses que nous classerons dans le tableau suivant sous le nom de « Produits de la Matière médicale ».
Nous ajouterons deux autres tableaux, l’un pour essences et produits aromatiques, l'autre pour parfufumerie ; la pharmacie s'intéressant de plus en plus à : la parfumerie hygiénique.
Bien qu'un peu à côté du sujet principal de notre travail nous en avons dressé la statistique pour grouper tous les produits intéressant la pharmacie et nous en faisons un résumé en raison de leur importance professionnelle et commerciale.
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En parcourant rapidement le tableau précédent nous remarquons que les pays exportateurs qui reçoivent de chez nous les « expèces médicinales » — (terme employé par Trillat) (‘) ne nous en donnent guère en échange, l'Italie à part.
La grosse partie de ces drogues provient des colonies françaises, anglaises et hollandaises, d'Espagne, du Maroc, de Grèce, de Turquie et un peu de Russie. Notre pays en produit aussi dans le Midi, dans les Alpes, en Auvergne, en Maine-et-Loire et à Milly (S.-et-0
Dans le tableau suivant, « Essences et produits aromatiques », nous trouvons à l'importation des essences naturelles, l'Italie pour les Hespéridées, l’Angleterre pour les menthes et à celle des parfums artificiels, l’Allemagne et la Suisse. La rose vient de Bulgarie et le bois de rose de la Guyane. Le géranium rosat d'Algérie, Bourbon et Grasse.
La France est une grosse productrice d’essences
de labiées ; Schimmel de Leipzig est venu installer
des distilleries de lavande dans les Alpes-Maritimes. Par contre nous devrons développer en France la fabrication des Parfums Synthétiques (?); Justin Dupont démontre” la prospérité industrielle des usines qui s’en occupent et leur connexion avec la fabrication des produits pharmaceutiques. Avant la guerre, l’aldéhyde benzoïque et l’acétate de benzyle n'étaient pas encore fabriqués en France. Ils le sont maintenant par les Etablissements Antoine Chiris dans leurs usines de Cannes la Bocca.
Au chapitre des produits de Parfumerie, notre industrie a une grosse avance. À part l'Angleterre dont les ventes en savons compensent les achats de parfums, tous les autres pays sont nos clients.
En réunissant les chiffres de ces différentes matières nous avons le total de nos échanges en pharmacie et parfumerie.
(1) Trizcar. Rapport sur l'Exposition de’Bruxelles, 1910. Voir ses tableaux sur le commerce des produits pharmaceutiques avec l'Angleterre, pages 181-183, la Belgique, page 193, l'talie, pege 201, la Suisse, page 206. -
(2) Jusrrx Duponr. Fabrication des parfums rose assurée par l'Industrie Française. Conférence faite le 24/4/15 à la Société d'encouragement pour l'Industrie nationale. Bulletin des sciences pharmacologiques, Septembre-Octobre 1915, page 278.
Réserve est faite pour l'essence de térébenthine, produit de la matière médicale, d’un gros emploi industriel, peintures, encaustiques, etc., mais pour compenser le mouvement important de cette matière, nous n'avons
pas mis dans notre tableau la vanille, produit aussi de grosse vente.
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De l'examen de tous nos tableaux de détail pour les années 1910-1911-1912 et 1913, nous concluons qu'avant la guerre, nos fournisseurs étaient dans l’ordre d'importance, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Italie, la Suisse, la Belgique, les Etats-Unis.
Nos clients les meilleurs étaient l'Angleterre, les Etats-Unis, la Belgique, l'Allemagne, la Suisse et l'Italie.
Notre industrie pharmaceutique tenait le 1er rang pour les produits minéraux et pour les spécialités, le 3° pour les produits organiques.
L'Allemagne tenait la tête de très loin pour les produits organiques, la Suisse la suivait, entraînée par son voisinage, subissant l'influence de la méthode allemande, et probablement aussi celle de ses capitaux et des ses naturalisés ! L'industrie chimique suisse s’est spécialisée dans la fabrication des matières colorantes, des parfums et des produits pharmaceutiques synthétiques ; elle développe aussi son installation électrochimique (carbures et chlorates) (1).
L’Angleterre venait derrière l'Allemagne, la Suisse et la France pour les produits organiques et derrière la France et l'Allemagne pour les produits minéraux.
L'Italie dont l’industrie en produits médicinaux s’est développée rapidement (elle ne dépassait pas un million en 1890 et en’atteignait dix en 1910) arrivait ensuite, exportant en Orient et dans l’Amérique du Sud ses grosses productions : mannite, sucre de lait, acide lactique, sels de mercure, de fer, de bismuth, de magnésie, dérivés de l’iode et du brome, quelques alcaloïdes, des produits galéniques et des produits physiologiques.
Il est un pays qui ne figure pas parmi nos bons clients et qui devrait y figurer, la Russie. En 1913 (2), nous exportions dans ce pays pour 3.600.000 francs de produits chimiques, spécialités et plantes médicinales. Sur 21.000 pouds de ces produits importés en Russie, nous figurons pour 3.000 et l’Allemagne pour 15.000 ; pourtant nous avions le droit d'espérer mieux !
() Voir le rapport de G. Porer sur l'Exposition d i 108, 141 et442, pOeNOn Un SERBIE
. (2) Commerce extérieur de la Russie, Circulaire 21 de l'Association nationale d'expansion économique.
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De Russie, nous importions de l'huile de vaseline, du tilleul, de l’anis, du semen contra. Sans la guerre, nous pouvions espérer progresser, mais au moment où nous écrivons, l’anarchie règne dans ce pays et nous ne pouvons prévoir ce que l'avenir réserve?
En résumé, 5 pays européens se partageaient avant la guerre le marché mondial des produits pharmaceutiques : l'Allemagne et la France allant de pair, l'Angleterre, la Suisse et l'Italie.
Une répercussion considérable sur le marché des produits chimiques pharmaceutiques et sur leur production ne devait pas tarder à se manifester dès l’état de guerre entre les deux pays.
Ce fut d’abord la mise sous séquestre des filiales allemandes, Merck, Meister Lucius und Bruning et Bayer, mais on ne trouva pas de grosses quantités de produits fabriqués, ces messieurs avaient pris leurs précautions et Merck avait expédié à temps en Allemagne des centaines de kilos de théobromine. Ces usines furent transformées en usines de guerre.
A Montereau, on fabriqua de l'acide picrique, là où l’on faisait de la théobromine, de la caféine, de la spartéine, de la cocaïne, des glycérophosphates, etc.
Au Tremblay, on a fabriqué des couleurs pour l’Intendance et on a abandonné le pyramidon, l’antipyrine, l’orthoforme, la résorcine, le naphtol et le benzonaphtol.
Flers ayant été occupé par l’ennemi ne compta plus. :
L'usine de la Motte-Breuil, près de Compiègne, qui fournissait le chloral, le chloroforme, a été détruite. Cette usine était-elle allemande? Daudet le dit dans l « Avant guerre ».
L'usine Voituriez de Saint-André-lès-Lille, qui fournissait plus de la moitié de l’éther et du chloroforme consommés en France se trouva rapidement en pays occupé.
En dehors des petits stocks saisis dans les magasins des maisons séquestrées, la fermeture de ces usines produisit un gros vide sur le marché.
Les approvisionnements en droguerie réquisi-
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tionnés en partie par l’armée devinrent rapidement très restreints.
Les premiers mois le trafic ne marchant pas, chaque pharmacie vécut sur ses réserves. Quand les chemins de fer reprirent les transports, les demandes revinrent nombreuses chez les droguistes, mais en raison de la diminution des stocks et de la disparition des usines ci-dessus les cours atteignirent des chiffres extrêmement élevés ; la spéculation joua aussi son rôle. Nous verrons dans le tableau qui suit, arrêté en octobre 1917, les cours pratiqués pendant la guerre
comparés à ceux du premier semestre 1914.
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Les usines françaises restées ouvertes eurent leur personnel mobilisé en partie et leurs fabrications furent réduites ; plus tard on leur rendit des chimistes et des ouvriers pour fabriquer les matières nécessaires au service des poudres : phénol, acide picrique, puis ensuite pour fabriquer les gaz lacrymogènes et les gaz asphyxiants (bromure de benzyle, orthoformiate de méthyle chloré, phosgène, etc.)
Mais la situation des produits pharmaceutiques devenait très critique, certains avaient presque disparu (résorcine, benzonaphtol).
Les fraudeurs attirés par l’appât du gain allèrent jusqu'aux falsifications; on saisit de l'aspirine qui renfermait plus des 3/4 de sulfate de magnésie. En raison de la mobilisation de plus de la moitié des pharmaciens et de la tenue des officines par des personnes plus ou moins au courant, la situation devenait dangereuse. Les pouvoirs publics s’en émurent et sur la proposition du sénateur Astier, notre confrère, le Ministre du Commerce créait par décret du 17 octobre 1914, l’ « Office des produits chimiques et pharmaceutiques », dans le but de développer en France une fabrication plus intense des produits chimiques et d'encourager la fabrication des produits nouveaux.
Sous la présidence du Ministre du Commerce et la vice-présidence de M. Astier, Foffice commença à fonctionner en 1915, avec M.‘Béhal, professeur de chimie organique à l'Ecole supérieure de pharmacie de Paris, comme directeur.
Secondé par M. A. Valeur, professeur agrégé à la même école, secrétaire général de l'office, et M. Detœuf, secrétaire adjoint, M. Béhal organisa complètement certaines fabrications chimiques pour la guerre, l’industrie et la pharmacie. £
Les produits de grosse consommation médicale qui allaient manquer étaient les dérivés pyrazoliques et salicylés. M. Béhal obtint du Service des Poudres la quantité de phénol nécessaire pour les fabriquer. Une maison était en mesure de les préparer, la Société chimique des usines du Rhône ; elle assura la consommation française et celle des alliés.
Un autre produit de grosse consommation, l’hexa-
méthylénetétramine fut fabriqué par Lambiotte.