‹ De L'Industrie Chimique PharmaceutiqueChapitre 84 sur 113 · SOCIÉTÉ COOPÉRATIVE DES PHARMACIENS · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ COOPÉRATIVE DES PHARMACIENS

pour Ja fabrication de l’iode et de ses dérivés (1)

Siège social : 45, rue de Turenne, à Paris.

Direction : administrative, M. Crinon ; technique, M. Harchelon.

Capital : 350.000 francs en 3.500 actions de 100 francs, réduit à 175.000 francs par suite du remboursement de 50 francs par action en 1914.

Dividendes : 25 0/0 pour 1916-17, c’est le plus élevé ; précédemment, il fut de 10, 15 et 20 0/0. La Société a de fortes réserves et remboursera bientôt la

seconde moitié de son capital, délivrant à ses actionnaires des actions de jouissance.

Usine : Lampaul Plouarzel (Finistère).

Maison de vente : 45, rue de Turenne, à Paris.

Historique : la société fondée en 1895, eut des débuts difficiles ; le syndicat breton chercha à l’empécher de vivre en faisant monter le cours des soudes (£) ou en les accaparant. En outre, le premier directeur de l'usine n’avait pas l’expérience suffisante et son rendement fut médiocre.

Son remplacement par M. Mourrut marque le - départ de la prospérité de;l’usine ; la fabrication devint meilleure et les prix de vente plus rémunérateurs.

D'autre part, le Conseil d'administration, profitant des bénéfices réalisés alors que les fabricants bretons avaient relevé le cours de l’iode, créait à Fusine un stock permanent de matières premières suffisant à l’alimenter pendant une année. Il en résulta que, de 1898 à 1905, en 7 exercices, la Société amortit ses immeubles, son matériel et ses frais de constitution.

Fabrications : Tode bisublimé, iodures, iodoforme, iodothymol, bromures.

(4) Nous devons une partie de nos renseignements sur l'Iode à l'obligeance de M. CRINON.

(2) Nom impropre donné au produit de l'incinération des goémons dans des fours spéciaux ; 1l présente un aspect grisâtre, poreux, tenant le milieu entre la pierre à chaux et le mâchefer.

pds)

— RRÔ —

Cette société coopérative, la première en France qui ait réussi dans l’industrie chimique, peut être prise comme modèle.

Bien qu’un peu à côté du plan de notre ouvrage, nous croyons devoir dire quelques mots sur l’industrie de l’Iode, produit important par ses emplois pharmaceutiques.

La récolte des diverses algues dont on le retire constitue une occupation pour de nombreux ouvriers de la côte bretonne, appelés « goémonniers ». Ils recueillent ie goémon, nom donné par eux à l’ensemble des algues propres à la fabrication de l'iode, de plusieurs manières, soit en ramassant celui rejeté sur le rivage pendant les tempêtes, soit en pêchant les laminaires qui croissent dans les rochers qui avoisinent certaines îles de la côte. Ces laminaires qui sont rarement à découvert, sont les algues les plus riches en iode.

Les cendres obtenues après dessication et combustion appelées « soudes » sont achetées au producteur selon le titre en iode, les titrages étant faits aux usines. En général, les fabricants d’iode ne réalisent pas de bénéfice sur la vente de ce produit. Le bénéfice de leur exploitation résulte de la vente du sous-produit qu'ils obtiennent : le chlorure de potassium.

Ce sous-produit est constitué par un mélange de chlorure et de sulfate de potassium avec une petite proportion de sels de magnésium, de bromures et de carbonates. Il est vendu à l’agriculture comme engrais. Depuis la guerre les sels de potassium ayant augmenté considérablement, les fabricants d’iode ont trouvé là un bénéfice important. -

En dehors de la Société Coopérative des Pharmail existe en France plusieurs usines fabriquant iode.

MM. Le Gloahec à Saint-Pierre-de-Quiberon ; Girard, à Quiberon ; De Lécluse, à Audierne ; Carof, à Ploudalmezeau ; Glaizdt, à l’Avenbrach :

Tissier, au Conquet ; Derieu, à Pont-l'Abbé ; Chamagne, à Pont-Aven .

L'ensemble de la production française ordinaire atteint une soixantaine de milliers de kilos, quantité permettant de satisfaire aux besoins nationaux et d'exporter une dizaine de milliers de kilos en Italie et en Espagne. Mais cette production n’est pas régulière. Pendant certaines années les goémons que récoltent les pêcheurs sont moins abondants et les soudes qu’ils vendent aux fabricants sont insuffisantes pour les besoins. Dans ce cas les fabricants appartenant au Syndicat breton sont obligés d’acheter en Angleterre lès quantités d’iode qui sont nécessaires pour compenser le déficit. L’Angleterre est le pays dans lequel est concentré le commerce de l’iode extrait des nitrates du Chili et c’est à elle que doivent s'adresser les pays qui ont besoin d’iode et qui n’en produisent pas.

Le procédé d'extraction, employé jusqu'ici a de graves inconvénien{s :

1° Destruction de la matière organique.

29° Perte de l’iode par volatilisation.

3° Immobilisation de capitaux par suite des stocks nécessaires.

49 Inutilisation d’une forte quantité d’algues apportées par les tempêtes d'automne et d’hiver.

: Un brevet vient d’être pris (480.014) pour la fabrication par lixiviation directe des varechs après traitement par des solutions de sulfate de fer ou d’alumine qui fixent les gommes sur les cellules. Cette opération permet la circulation régulière des liquides extracteurs et la dissolution totale des iodures alcalins ; ceux-ci sont transformés en iodure cuivreux insoluble, duquel on retirera l’iode. Le résidu peut servir à fabriquer l’Algine, gomme végétale, ou être employé comme engrais (1).

Ce procédé paraît destiné au succès surtout avec les fabrications synthétiques de l'acide nitrique qui réduisent l'importance du nitrate chilien et de l’iode résiduaire,. z

Au point de vue commercial, personne n’ignore que le marché mondial est dominé par l'iode chilien ; celui-ci provenant comme sous-produit de la fabrica-

(4) V. Vincent, — « L'Industrie de l'Iode en France » dans la Revue de l'Industrie Chimique de juin 1917, page 645.

tion des nitrates, revient à 6 francs environ le kilo et rendu en France avec les 4 francs de douane, et le frêt, à 11 francs. Le tout puissant syndicat financier cosmopolite propriétaire des usines de nitrate fixe à sa guise le cours de l’iode au marché de Londres et impose celui-ci aux fabricants français. Ceux-ci ont résisté à ces fantaisies il y a une vingtaine d’années et il s’en suivit une lutte commerciale dans laquelle nos compatriotes furent vaincus. L’iode revenant à 16, 18 francs, était vendu 25 à 30 francs ; les Chiliens le mirent à 15 francs. Nos fabricants tinrent plus ou moins longtemps, selon leurs réserves personnelles, mais ils durent capituler aux conditions du syndicat Anglo-Chilien. Celui-ci fixe le prix de l’iode, limite son importation aux besoins et en compensation touche des fabricants une redevance de 10 0/0 sur leurs ventes, la comptabilité devant être entièrement à sa disposition.

D’après M. Le Gloahec, fabricant d’iode à Saint- Pierre de Quiberon, dont nous avons visité la belle installation et duquel nous tenons les renseignements ci-dessus, cette dîmé se monterait au moins à 300.000 francs par an pour une vente moyenne de 60.000 kilos

d’iode à 50 francs.

La Société Coopérative des Pharmaciens a. une autre condition : elle doit limiter sa fabrication à 7.000 kilos par an.

Comme ici le syndicat ne se trouvait plus devant quelques individus isolés mais devant un groupe important de consommateurs, il dut se montrer moins rigoureux.

Souhaitons que le procédé par lixiviation des varechs apporte la revanche de l’iode français. A part la coopérative qui transforme son iode et M. le Gloahec qui s'organise pour le faire, les autres fabricants se contentent de fabriquer de l’iode brut pour le livrer aux transformateurs : Poulenc, Roques. Pointet et ae Chenal et Douilhet, Pharmacie Centrale de

rance.

Société Jl'ELECTRO CHIMIE.

Siège social : 2, rue Blanche, à Paris.

Direction : M. Henry Gall, administrateur-délégué.

— RRI —

Capital : 10.750.000 francs.

Dividendes : 10 0/0.

. Usines : Saint-Michel-de-Maurienne, Plombiéres, Saint-Marcel (Savoie), Les Clavaux, par Rioupéroux (Isère), la Barasse (Bouches-du-Rhône), Villiers-Saint- Sépulcre (Oise), Vallorbe et Martigny (Suisse).

Personnel : environ 1.000 ouvriers.

Force motrice : 50.000 HP.

F'abrications : Chlorates de potasse et de soude, cyanures, ammoniaque, acide fluorhydrique, fluorures, sodium, magnésium, perborate de soude, peroxyde de sodium, eau oxygénée, aluminium, soude caustique, chlore, chlorure de chaux.

Historique : Fondée en 1889 au capital de 600.000 fr.,

porté à 850.000 en 1892, à 1.700.000 francs en 1894, à

3.400.000 francs en 1899, à 10.000.000 de francs en 1913 et à 10.750.000 francs en 1916. | ‘

Découvertes : Procédés Gall et de Montlaur (chlorates).

Procédés L. Hulin (sodium, peroxyde de sodium, eau oxygénée).

Produits G.-F. Jaubert (oxylithe, perborate de soude)

Procédés Outhenin-Chalandre fils et Cie (soude et chlore par électrolyse).

Société des MATIÈRES COLORANTES et Produits Chimiques de Saint-Denis (!)

Siège social : 105, rue Lafayette, Paris.

Président du Conseil d'Administration : M. Cotelle, président de section au Conseil d'Etat.

Capital : 7.000. 000 de francs divisés en 28.000 actions de 250 francs.

Dividendes : Acompte de dividende pour exercice1916 ‘62 fr. 50, cours actuel des actions 1.230 francs environ.

Usines : Trois usines à Saint-Denis ;

Usine Poirrier. — Colorants artificiels et matières intermédiaires ;

(4) Voir renseignements détaillés dans l'Allemagne Tentaculaire de Paul GARNAL, pharmacien à Cahors, page 19.

Usine Dalsace. — Aniline et naphtylamine ; Usine A. C. — Gros produits chimiques.

Personnel : Nombre total d'ouvriers ........ 400 Chimistes, ingénieurs, etc ........ 25 Employés, etc Nes ee 60

Historique : Comme l’a très bien dit, dans son inté” ressante causerie à la Société industrielle de Rouen» M. Auger, maître de Conférences à la Faculté des Sciences à Paris, la fabrication des matières colorantes en France, immédiatement avant les hostilités, n’était assurée, en dehors de 5 succursales de Sociétés étrangères (dont 4 allemandes (!) et de 3 petites maisons de très faible importance, que par une seule grande usine française « la Société Anonyme des Matières Colorantes et Produits Chimiques, de Saint-Denis ».

Malgré les grandes difficultés qu'elle eut à vaincre, la Société des Matières Colorantes et Produits Chimiques, de Saint-Denis, avait, en effet, seule parmi les maisons françaises importantes, pu résister à la pression commerciale et économique de nos ennemis d’Outre-Rhin. Seule en France, parmi toutes les usines françaises ou étrangères productrices de colorants, elle était restée autre chose qu'une usine de finissage, c’est-à-dire une usine transformant seulement en matières colorantes les matières intermédiaires achetées à l’étranger. Elle produisait au contraire dans ses Usines de Saint-Denis, les principales matières intermédiaires nécessaires à la production des colorants qu’elle mettait sur le marché : l’aniline et ses dérivés (diphénylamine, diméthylaniline, paranitraniline, et paraphénylènediamine) le naphtol, la naphtylamine, et leurs dérivés sulfoconjugués, matières premières des azoïques les plus importants. Seule, en conséquence, la Société de Saint-Denis pouvait prétendre à quelque indépendance vis-à-vis des fabricants allemands ; seule enfin, elle était à même de prendre les carbures à leur

(1) Manufacture Lyonnaise de Matières Colorantes à Lyon. Filiale de Léopold CasEeLLaA et Cle à Francfort-sur-le-Mein.

L'Usine Picaro, à Saint-Fons, appartenant à l’Actien Gessellschaut, fur anilin fabrikation.

: en succursale de la Badische anilin und Soda, Fabrik à Neuville-suraûne.

La Compagnie Parisienne de Couleurs d’aniline de Creil, appartenant à Meister Lucius und Bruning, de Hochst.

Société pour l'Industrie Chimique, de Bâle, usine à Saint-Fons.:

origine pour les transformer sans aide étrangère en matières colorantes.

Il est du reste à considérer que l’histoire industrielle de la Société des Matières Colorantes et Produits Chimiques de Saint-Denis, est intimement liée à l’histoire des matières colorantes artificielles. On peut dire en effet que presque toutes les voies nouvelles ouvertes dans la chimie des colorants, l’ont été par cette Société ou par les Etablissements Poirrier et Dalsace dont elle est depuis 1881, la continuation. Tout à l’origine de cette branche de la Chimie organique appliquée, alors que la fuchsine et quelques rares colorants artificiels (mauvéine, rosolane,etc. étaient seuls fabriqués industriellement, c’est dans cette Société que furent ouvertes les voies nouvelles dans lesquelles s’engagea la masse des chercheurs étrangers.

Fabrications : Produits intermédiaires, Matières colorantes appartenant aux classes chimiques les plus diverses. |

Pour la pharmacie : naphtols et saccharine.

Depuis le début de la guerre jusqu’en 1916 la plus grande partie des carbures produite fut absorbée par la Défense nationale pour les explosifs ; ensuite, grâce aux efforts de notre maître Béhal, le département de la Guerre consentit à mettre à la disposition de l’industrie des Matières Colorantes, les carbures et les acides dont elle avait besoin et la Société a, par les soins de l'Office des Produits Chimiques, entre les divers consommateurs, y compris les producteurs français, alliés ou neutres de matières colorantes, étant bien entendu, que les quantités exportées ne le sont qu’à titre d'échanges contrôlés par l'Office. C’est, du reste, cet Office qui assure également la répartition à la clientèle des matières colorantes fabriquées par la Société.

Pour augmenter son outillage et ses moyens de production, la Société a augmenté son capital en 1915 et elle poursuit un programme de transformation de ses usines ; en 1919, elle possédera un outillage lui permettant de préparer une quantité de colorants quatre à cinq fois plus grande que celle qu’elle fabriquait avant guerre.

Découvertes : Violet de Paris, en 1859, par Charles Lauth et Bardy.

Bleu de Rosaniline, par Girard, ancien directeur du Laboratoire municipal de Paris.

Orangés, ponceaux, par suite des travaux de Roussin, sur les azoïques.

Thionine ou violet de Lauth, par Lauth.

Noir Vidal, en 1894, par Vidal.

Ces produits servirent de point de départ pour la fabrication de nouveaux homologues.

Œuvres philanthropiques : La Société paie demisalaire aux ouvriers malades pendant un certain temps et leur assure médecin et pharmacien.

Le personnel participe aux bénéfices proportionnellement à l'ancienneté et aux services rendus en leur faisant des versements à la Caisse d'Epargne nationale.

Des pensions, des allocations, sont données aux vieux ouvriers.

Le quart des appointements ou salaires est payé à tout employé ou ouvrier mobilisé ayant plus de trois ans de présence à la maison au 1er août 1914.

La Société de Saint-Denis fabrique peu de produits pour la pharmacie, mais nous tenions à la mentionner particulièrement en raison de sa lutte victorieuse contre ses concurrents allemands.

Société du Traitement des QUINQUINAS

Siège social : 18, rue Malher, à Paris.

Président du Conseil d Administration : M. Armet de Lisle.

Directeur : M. Cornélius.

Usine : Nogent-Sur-Marne (Seine).

Fabrications : Tous les sels de quinine, la Cinchonine ; tous les glycérophosphates, la Théobromine.

Pour récupérer la glycérine résiduaire, elle a monté des appareils pour la distillation de cette matière première, très chère actuellement.

Cette firme est l’ancienne maison Pelletier, Delondre et Levaillant, les premiers fabricants de la quinine ; la marque, dite des Trois Cachets, en est très connue. C’est la

plus importante en France comme PRESS en sels de quinine et en glycérophosphates.

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