CHAPITRE XV
faire acquérir toutes ces perfections; nos casimirs coûtoient a5 fr. l’aune au fabricant, dans le principe, et les Anglois offraient les leurs au consommateur , à moitié prix ; les percalles, les calicots, mal fabriqués, nous revenoient à 7 à 8 fr. l’aune , les Anglois les livraient à 3 fr.
Falloit-il renoncer à ce projet de conquête manufacturière? Non, il falloit persister et se perfectionner. C’est aussi la marche qu’on a suivie, et nous sommes arrivés à un tel degré de perfection , que notre industrie excite aujourd’hui la jalousie de la nation qui nous l’a transmise.
On n’improvise point en fait d’industrie ; ses progrès, naturellement lents , peuvent être hâtés par les lumières ; mais il est des difficultés qui ne peuvent être vaincues que par une longue expérience.
Si, pendant douze à quinze ans qu’ont duré nos essais, nos recherches, nos tâtonnemens, on n’avoit pas écarté du concours, par la prohibition , les produits étrangers , je demande aux partisans des i5 pour cent, ce que serait devenue cette belle industrie qui fait l’ornement, la gloire et la richesse de la France ?
432 DE l’jNDUSTKIE FRANÇOISE.
Je dirai plus : aujourd’hui que ces genres d’industrie sont florissans, aujourd’hui que nous n’avons plus rien à désirer sous le rapport d'il prix et de la qualité des produits, un droit de i5 pour cent , qui ouvriroit la concurrence aux fabriques étrangères, ébranleroit jusque dans leurs fondemens tous les établissemens qui existent en France. Nos magasins seroient remplis, en quelques jours, de marchandises importées; on les donneroit à tout prix pour étouffer notre industrie; nos manufactures seroient vouées à l’inaction par l’impossibilité où sont les propriétaires de faire les mêmes sacrifices que les étrangers , et nous verrions se reproduire ce qui est arrivé après le traité de commerce de 1786, quoiqu’il eut été conclu sur la base des i5 pour cent. On ne manquera pas d’observer que ce mal 11e seroit que momentané, parce que le fabricant étranger se lasseroit de supporter des pertes; mais n’est-ce donc rien que de s’emparer de la consommation pendant un ou deux ans ? de faire tomber les prix marchands du commerce au - dessous des prix de fabrique ? de rendre nos ateliers déserts ? de compromettre l’honneur et la fortune