‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 43 sur 238 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

tiqué dans une forge pour qu’il se propage. MM. Peugeot frères, d’Hérimoncourt, département du Doubs, fabriquent des lames de scies de tout calibre , avec une grande perfection.

Les divers objets de coutellerie forment , pour toutes les nations , un article considé rable de commerce , parce que l’usage en est général. Les manufactures de Saint- Étienne, de Moulins, de Langres, de Thiers, sont peut-être les plus parfaites de l’Europe pour les objets communs. La seule ville de Thiers, dont toute la population est occupée aux opérations de la coutellerie, a établi une division de travail tellement exacte, que les divers objets qui sortent de ses ateliers pour le service du peuple , sont livrés à des prix si bas, qu’aucune fabrique étrangère ne peut rivaliser avec elle. On y trouve des couteaux à 18 sous la douzaine, des canifs et des ciseaux à i 5 sous la douzaine ,des fourchettes à io sous la douzaine, et des rasoirs depuis 5 fr. jusqu’à 10 fr. la douzaine. Tous ces objets ont les qualités convenables à leurs usages, et vengent nos fabriques du reproche si souvent répété, qu’on ne sait pas assortir les produits

92 de l’industrie FRANÇOISE.

aux facultés de toutes les classes de coiu

sommateurs (i).

(i) Je me rappelle qu’après la conclusion dp traité de paix qui fut signé à Amiens , entre l’Angleterre et laFrance , le célèbre Fox et lord Cornwallis se rendirent à Paris : j’avois ordonné une exposition des produits de l’industrie françoise dans les cours du Louvre , et je proposai à nos deux illustresétrangersde lesy conduire ; ils furent émerveillés de la richesse et de la beauté des objets que présentoit cette réunion ; mais M. Fox me fit l’observation qu’on ne paroissoit travailler que pour le luxe , et qu’il ne trouvoit point ce qu’on voit partout en Angleterre , c’est-à-dire , des produits destinés à l’usage du peuple , et revêtus néanmoins de toutes les qualités désirables. Je sentis que son observation étoit juste , et je le conduisis dans la boutique d’un coutelier de Thiers , à qui je demandai les divers objets dont je viens de parler. Ce ne fut pas sans peine que j'obtins du fabricant qu’il allât les chercher dans le fond du magasin , où il les avoit relégués pour ne faire parade que de quelques fusils et de quelques instrumens de coutellerie dont il avoit soigné la fabrication. M. Fox fut étonné du bas prix et de la qualité de tout ce qu’on lui présentoit ; il en remplit ses poches , en assurant qu’il n’y avoit rien de comparable en Angleterre. De là je le fis entrer chez un horloger de Besançon , où il trouva des montres , avec boîte en argent ; au prix de i3 francs; il en acheta six, et m’avoua franchement qu’il venoit de prendre de l’industrie françoise une idée toute différente de celle qu’il en avoit eue jusque

Page 1