CHAPITRE I
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seaux , ses marteaux , ses enclumes ; il se forme un assortiment complet de tous les outils qui lui sont nécessaires; et au milieu des déserts et sans aucun secours étranger, il reproduit en Égypte l’industrie de toute l’Europe : on éprouve le besoin de moudre le blé, il construit des moulins à vent; on manque de lunettes , il compose du flintglass et fabrique d’excellentes lunettes ; l’armée se trouve sans vêtemens , il file la laine, tisse l’étoffe et apprête le drap : il donne à tout une perfection dont les manufactures européennes eussent été jalouses. Ceux qui savent combien il est difficile d’établir un seul art dans toutes ses parties, concevront à peine que Conté ait créé les plus importans dans un pays dépourvu de toutes ressources. C’est le plus grand exemple qu’on puisse citer de ce que peut un homme de génie avec le secours de la mécanique et de la chimie.
De retour en Europe , effrayé de la dépense qu’exigeoient les belles gravures qui ornent l’ouvrage sur l’expédition d’Égypte , Conté construit une machine qui en fait les hachures avec plus de perfection qu’on ne peut les faire au burin, et remplace le tra-
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vail de quelques mois par celui de quelques heures : tous les artistes se sont hâtés d’introduire cette machine dans leurs ateliers de gravure.
L’art de la teinture, qui n’est qu’une suite d’opérations chimiques, a dû naturellement participer aux avantages qu’ont produits les progrès de la science.
Dans son ouvrage sur la teinture, M. Berthollet en avoit ramené toutes les opérations aux principes de la chimie; et, dès lors , les procédés qui , jusque-là , ne pouvoient être considérés que comme des recettes qu’on n’osoit ni changer ni varier, ont pu êtrè soumis à des lois fixes , et acquérir des perfectionnemens auxquels le hasard ou la routine eut conduit difficilement.
Les mordans des couleurs ont été multi pliés : on a employé avec succès le sel d’étain et le pyro-lignite de fer fie premier, pour donner plus de solidité aux couleurs brillantes de quelques végétaux; le second , pour fixer le noir sur le coton.
Le sulfate de fer calciné au rouge a produit de plus belles couleurs que le sulfate ordinaire : il y a vingt ans que j’ai établi cette supériorité, en appliquant ce sel à la