‹ De l'infanticide par strangulationChapitre 9 sur 21 · STRANGULATION PAR LES MAINS · texte numérisé non relu

STRANGULATION PAR LES MAINS

La strangulation par les mains est la plus fréquente, les signes en sont caractéristiques et presque tous les doutes sont levés quand on voit de chaque côté du cou et vers le milieu des régions cervicales et sous-maxillaires des excoriations plus ou moins nombreuses, reproduisant très exactement la forme des ongles, dont les tissus délicats du nouveau-né gardent aisément l’empreinte,

Dans un chapitre de sa thèse, Le D' Villebrun a très bien étudié les lésions produites par les ongles. La trace laissée, dit-il, &« varie suivant que la main se déplace ou non; si la main ne se déplace pas, les ongles impriment sur la peau ou sur les muqueuses des sillons courbes qui représentent exactement leur courbure et leur dimension.

Si la main ou la partie sur laquelle elle s’applique viennent à se mouvoir, l’ongle agit en égratignant. Il se produit tantôt une érosion superficielle, sans caractère bien tranché, ordinairement elliptique, tantôt une érosion plus ou moins longue, limitée parfois à ses deux extrémités par une ligne courbe indiquant la forme d’un ongle. La ligne concave correspond au point où l’ongle s’est arrêté ». HUE

La forme de ces excoriations curvilignes est une des meilleures preuves de la strangulation par les mains, et on voit que, si la lésion a été produite avec une certaine violence, la peau est excoriée, le derme peut être même déchiré et la blessure s’accompagner d’un épanchement de sang, surtout si un plan résistant est sous-jacent à la peau. La plaie formée par l’ongle est d’abord d’un rouge vif, mais elle ne tarde pas à devenir plus sombre et souvent une petite plaie peut se former. Ces excoriations sont, en général, peu nombreuses chez les nouveau-nés, parce qu’ici la victime offre peu de résistance; mais par contre les plaies produites sont un peu plus profondes.

Il arrive quelquefois aussi, lorsque la pression a été très forte, lorsque les excoriations produites ont fait disparaître une quantité notable d’épiderme, qu’on peut trouver à la partie antérieure du cou des empreintes parcheminées, mais peu marquées et ne pouvant pas se confondre avec le sillon continu que laisse la strangulation produite par un lien.

Le cou, nous dit Tardieu dans son étude médico-légale sur l’infanticide, est parfois sillonnée de longues écorchures linéaires, comme si l’ongle avait glissé sur l’enduit sébacé qui revêt les téguments du nouveau-né; ces

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excoriations sont entremêlées d’ecchymoses peu visibles

sur la peau, mais qui s’étendent très profondément “ie les parties sous-jacentes. À

On trouve souvent du sang infiltré par place et c qui à fusé pour ainsi dire entre les faisceaux musculaires. Le larynx en est quelquefois entouré. Il faut noter aussi que dans la strangulation infanticide les violences ne restent pas toujours exclusivement bornées au cou: et l’on rencontre assez souvent des ecchymoses s'étendant jusque sur les joues, les oreilles et les régions temporale et occipitale et jusque sur la colonne vertébrale.

L'importance de ces données très grande dans tous les cas de strangulation nous semble encore accrue quand il S agit de nouveau-né. En effet nous avons ici des tissus d’une délicatesse extrème et gardant mieux par conséquent les traces de pression et de violence. IL nous souvient à cet effet que dans une lecon M. le professeur Lacassagne nous a rapporté le cas d’un infanticide par strangulation dans lequel une des empreintes du cou correspondait parfaitement avec celle d’un doigt déformé par un panari.

Nous dirons aussi que des traces de matières organiques quelconque, des poussières de fer, de charbon, etc., peuvent être un indice précieux et mettre sur la voie du coupable.

Chez les nouveau-nés, comme chez les personnes dont la résistance est faible, on a très souvent l’empreinte de la main du meurtrier.

Les ecchymoses produites par les doigts et les empreintes d'ongles ont au cou une disposition différente suivant que l'assassin à agi avec la main droite, ou avec la main gauche, ou avec les deux mains à la fois. Quand la strangula-

tion se fait avec la main droite on ne trouve à droite que l'empreinte du pouce, à gauche celle des autres doigts. Si le meurtrier est gaucher la disposition est inverse.

- “Nous citerons à ce propos une observation du professeur Tourdes: « Sur un enfant nouveau-né mort par strangulation, nous retrouvâmes à la partie antérieure du cou les traces de cinq doigis disposées de telle manière que la main gauche devait les avoir produites. La mère était gauchère et cette circonstance devint une des preuves accablantes du crime qui fut avoué ».

Néanmoins avant de formuler une conclusion, on ne devra pas oublier comme le dit le D' Vibert dans son Précis de médecine légale qu'on peut concevoir qu’une main droite portée sur le cou en pronation forcée produise une empreinte analogue à celle de la main gauche placée dans la situation ordinaire, intermédiaire entre la pronation et la supination. | a

Enfin comme le dit très bien le D' Jobert dans une des conclusions de sa thèse :

. «Le médecin expert doit savoir qu’un homme peut être ambidextre. Cette particularité n’est souvent pas remarquée de l’entourage, mais l'expert en tiendra compte dans ses appréciations.»

Pour terminer ce paragraphe nous dirons que quelquefois les lésions extérieures peuvent faire défaut, ou du moins n’être pas apparentes au moment où le cadavre est soumis à l’examen. Il est rare qu’elles manquent complètement, mais ce qui Pest beaucoup moins c’est de constater une inégalité et un défaut de rapport très marqués entre

les signes extérieurs et les lésions profondes que déter-

mine la strangulation.

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