‹ De l'Infection en chirurgie d'armeeChapitre 6 sur 22 · DE RICOCHETS · texte numérisé non relu

DE RICOCHETS

Plus encore que les balles, les éclats d'obus sont susceptibles d'entraîner dans les tissus des souillures multiples.

Dans sa thèse, Miquel appelle, d'après sa.

pratique du siège de Soissons en 1870, l'attention sur les effets délétères des résidus que la déflagration de la poudre laissait sur les éclats de fonte. Parmi les produits de cette déflagration la plupart (sulfure de potassium, sulfate de

potasse, sous-carbonalc de potasse mêles avec un peu de charbon et des traces de soufre), d'alx>rd gazeux se condensent par le refroidissement sur la paroi intérieure des éclats du projectile. Ils sont d'un gris noir, déliquescents, et répandent une odeur d'hydrogène sulfuré.

Sur les éclats d'obus recueillis immédiatement après l'explosion, dit Miquel, on voit une couche d'un gris jaunâtre qui n'est autre chose qu'un sulfure de potassium produit j)ar Taction du soufre sur le nitre au moment de la déflagration. Ce sulfure entraîné dans la plaie produit par sa décomposition de Tacido sulfhydrique, dont l'action irritante a été depuis longtemps reconnue par les chirurgiens militaires, sans parler des blessés qui leur attribuent la mauvaise odeur de leur plaie. Pour peu qu'on tarde à laver les plaies, elles deviennent très cuisantes, leur couleur salière, de* rouges elles deviennent noirâtres et prennent un mauvais aspect.

Indépendamment du sulfure de potassium.

on trouve d'autres résidus de la combuslion attachés aux parois soit externe, soit interne du projectile. On sait que dans la déflagralion

46 INFECTION EN CUlUimCIE D'ARMÉE

d'une certaine qnanlité de poudre, il reste quelqu(»s grains inoomplMemenl brûlés, réduits en poussière, noirs et humides. Les parois internes du canon sont tapissées de ces résidus et la face externe de l'obus s'en recouvre.

Quant aux faces internes des éclats, elles sont souillées par la poudre renfermée dans la cavité du projectile. Ces résidus exagèrent l'irritation mécanique qui résulte pour les tissus de la présence des éclats, mais leur influence nocive est certainement inférieure à celle des autres éléments de souillure de la plaie : débris de vêtements, boutons, pièces d'équipement, parcelles de tissus, éclats de pierre, débris de bois.

Avec les projectiles d'artillerie actuels les mêmes désordres pourront être produits, sauf celte particularité toutefois que la charge d'éclatement n'ayant plus la même composition, les é(*lats ne sont plus recouverts des mêmes irritants chimiques, l'acbard a constaté chez (les hommes blessés accidentellement, lors d'explosion d'un obus à méhnite, (jue les fragm?nts de fonte étai(*nt irrégnhtMS, tranchants, qu'ils n'avaient aucune odtMU' spéciale et ne portaient

avec eux aucun élément chimique étranger.

Par contre, du fait de leur proximité du point d'éclatement, les blessés présentèrent sur la peau des régions découvertes une teinte jaune claire fort intense due à l'action de la mélinite.

Il n'est peut-être pas hors de notre sujet de rappeler ici ce que nous avons dit ailleurs en étudiant les Explosifs * : Vexplosion anime les poussières, les grains de sable, de fines esquilles osseuses, des ongles arrachés à un cadavre, et, telle est la vitesse imprimée à ces minuscules projectiles que leur force de pénétration est énorme, malgré la petitesse de leur masse. On saisit immédiatement quel rôle au point de vue de l'infection peuvent jouer de pareils corps.

Quant aux projectiles de ricochet, du fait de leur choc contre l'obstacle , le plus souvent lu terre, ils se chargent des microbes du sol en tête desquels il convient de placer les bacilles du tétanos et de la septicémie. Déjà à propos de l'infection par les vêtements, nous avons cité les principaux germes contenus dans les

1. Les Explosifs, les Poudres, les Projectiles d'exercice^ leur action et leur effets vulitérants. F. Alcaii. 1899.

poussières, aussi plus n'est besoin d'insister à nouveau.

Page 1