DES ACCIDENTS INFECTIEUX
Les phénomènes d’infection secondaire ont évolué, chez nos malades, de façons différentes et à des époques variables de la maladie. Il est à remarquer aussi que le plus grand nombre de ces accidents se sont produits au moment où la grippe sévissait avec la plus grande acuité et la plupart pendant la convalescence. Chez quelques-uns de nos malades les complications ont revêtu des apparences de bénignité, tandis que la mort est survenue chez presque tous les autres qui présentaient des symptômes de de pyhémie : élévation brusque de la température, adynamie très prononcée montrant à quel point le poison grippal, après avoir imprégné tout l’organisme, contribuait pour une large part à déterminer les accidents infectieux.
Les deux premières observations sont des types à forme typhoïde. Dans l’une, le malade, sans présen- . ter, du moins au début, les signes de prostration ha-
bituels à la fièvre typhoïde éprouve cependant les symptômes abdominaux sans tâches rosées. L’épanchement pleural se montre 11 jours après l'atteinte grippale, les symptômes de méningite apparaissent 15 jours plus tard.
La deuxième observation est intéressante au point de vue des déterminations articulaires et dela véritable myalgie que présente le malade. L’étatataxo-adynamique a été très prononcé dès le début ; les foyers de suppuration n'apparaissent néanmoins qu’un mois après le début de la grippe, Ce malade, ainsi que le dit M. Hanot, a d’abord présenté la forme des arthropathies infectieuses sans suppuration, le véritable pseudo-rhumatisme infectieux, même avec localisation musculaire, les myalgies des grandes pyrexies pouvant être rapprochées du rhumatisme musculaire proprement dit en tant que manifestation infectieuse, pour une seule articulation a suppuré, une des grandes, comme cela se voit habituellement.
D’autres malades ont présenté la forme bronchopulmonaire ; coryza, bronchite avec toux et expectoration. Un fait digne de remarque c’est la coïncidence de l’érysipèle avec la broncho-pneumonie. Les lésions de la broncho-pneumonie érysipélateuse ont déjà été étudiées par M. Strauss; et M. Mosny en ‘rapportant un cas de pneumonie érysipélateuse avait constaté dans les examens bactériologiques la pré-
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sence de nombreux strectocoques. Dans trois de nos observations LI, IV, VE, Pérysipèlé apparait au moment de la convalescence avec son cortège habituel
de symptômes bruyants : frissons, élévation de tem-
pérature (etc.). Dans deux autres cas, observavations V et IX l’érysipèle apparaît au début de la maladie, Paction pathogène du strectocoque en pleine évolution locale semcle acquérir une extrême virulence par son association au microbe de la grippe. Dans ces deux observations, les malades succombent aux accidents infectieux de la pyhémie avec endocardite, arthrite suppurée et méningite.
Les observations [V et V présentent cela de parculier c’est que les érysipèles étaient des érysipèles à répétitions, survenus au moment de lépidémie grippale. Dans ces deux observations d’érysipèle survenus après la ménopause, les malades n’en ayant plus subi l’atteinte depuis fort longtemps nous n'avons constaté aucune trace d’excoriations, nm de fistules, aucune trace d’herpés, d’eczéma, ni d'ulcère variqueux pouvant servir de porte d’entrée au streptocoque. Il nous faut donc croire à une persistance assez longue de ce miero-organisme dans l’économie et que la symbrose microbienne a été suflisante à réveiller et exalter son pouvoir pathogène. « Un malade qui vient de subir une série d’érysipèles successifs, jouit d’une vaccination relative qui n’em-
pêche pas de nouvelles évolutions locales du streptocope mais qui atténue les symptômss généraux, comme l’a bien montré M. Jaccoud. Cette quasi immunité, il est vrai, n’est pas fatalement perpétuelle, elle peut être rompue à la suite d’un accident, et le streptocoque peut à nouveau témoigner de toute sa virulence par l'intensité des phénomènes locaux et généraux » Vidal.
La puissance modificatrice de la grippe a beaucoup varié dans la dernière épidémie suivant les différentes maladies. Nombre d’observateurs ont relaté la diminution des décès de fièvre typhoïde et de diphtérie, mais par contre, quand la maladie commune ne disparaît pas, elle affecte des allures insolites. La grippe précipite encore la terminaison fatale dans les maladies chroniques en débilitant le terrain sur lequel ces derniers ont évolué. T'el est le cas (observation de M. Vincent) de ce jeune soldat, débilité par une diarrhée chronique qui sous influence de l’épidémie grippale meurt asphyxié en quelques heures. L'examen bactériologique révélaitle streptocoque. De même les accidents imprévus survenant dans le cours de la phtisie et des cardiopathies, en pleine épidémie grippale, n’ont souvent d'autre origine que linfluence pernicieuse, la dépression profonde imposée par celle-ci aux autres affections. Les
exemples ne sont pas rares de tuberculose aiguë et
an FA d’endocardites infectieuses. Nous avons eu l’occasion d'observer un cas d’endocardite infectieuse suppurée survenant inopinément comme complication de l’influenza : Un malade atteint depuis fort longtemps d’insuflisance et de rétrécissement mitral n’est nullement ou fort peu incommodé de son affection. Survient la grippe ; le malade meurt d’endocardite infectieuse aiguë avec abcès sous-cutanés multiples.
= Quand à la convalescencede la grippe, nous avons eu a constater qu’elle était de fort longue durée et que dans les maladies où celle-ci a imposé son cachet de dépression profonde, la lenteur de la convalescence a été en rapport avec la maladie antérieure. La plupart des infections secondaires se sont déclarées au moment oùles malades presque rétablis se disposaient à reprendre leurs occupations. « Pendant cette convalescence, dit M. le professeur Verneuil (1), linfection pour être quelquefois invisible n’en existe pas moins, le malade se trouvant dans cet état que j'ai désigné à cette tribune même en 1886 sous le nom de microbisme latent post morbide. La persistance de cette infectionest amplement démontrée par des recherches peut-être plus fréquentes dans la grippe que dans toute autre mala-
die de même ordre. »
(1) Verneuil, loco culalo.