‹ De l'inflammation suppurée de la glande sous-maxillaireChapitre 3 sur 8 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

On observe bien rarement l’inflammation de la glande sous-maxillaire. Les auteurs classiques n’en parlent pas; ils se contentent de signaler la possibilité de celte affection. Elle se montre quelquefois, en effet, comme nous le verrons dans un instant. Mais son histoire est à faire.

Nous ne dissimulerons pas qu’il nous paraît téméraire de nous engager dans une voie si peu connue. Et notre inexpérience nous aurait bien vite détourné d’une semblable entreprise, si nous n'avions compté sur la bienveillante indulgence de nos juges.

Nous n’avons pas la prétention de faire ur.e étude complète de l’affection qui nous occupe. Il existera, sans doute, force lacunes dans notre travail. Quelques passages, peut-ôlre, prêteront à la critique. Toutefois, nos efforts tendront constamment vers la recherche de la vérité; et, si ce but n’est pas atteint, notre bonne volonté sera notre meilleure excuse.

CONSIDÉRATIONS générales.

Un grand nombre de glandes président à la sécrétion de la salive. Deux principales, au point de vue pathologique, la parotide et la sous-maxillaire, méritent une mention spéciale. Leur identité de fonctions et de structure, leur disposition, et l’ouverture de leur canal excréteur à la surface de la muqueuse qui tapisse la cavité buccale, permettent de penser que, lorsque l’une d’elles est affectée, l’autre participe, le plus souvent, dans une certaine mesure, à celte affection.

Ces deux glandes, cachées sous les parties molles et derrière le maxillaire inférieur, se trouvent à l’abri des violences extérieures; aussi n’est-il pas fréquent de les voir s’enflammer par le fait du traumatisme externe. Le plus souvent leur inflammation se rattache, soit à une maladie de la bouche, soit à l’obstruction ou à l’irritation de leur canal excréteur, soit à une idiosyncrasie de l’individu. Quelle que soit la cause de la phlegmasie des glandes salivaires, il est certain qu’elle se termine bien rarement par suppuration. Et cette immunité que possèdent les glandes salivaires d’échapper à la suppuration, elles la doivent, comme les autres glandes de l’économie, à leur structure particulière. Avant de passer à la maladie qui nous occupe spécialement, nous dirons quelques mots de l’inflammation de la parotide. Le rapprochement de ces deux affections, qui ont la plus grande analogie, pourra nous être de quelque utilité.

La parotidite survenant chez des individus jeunes, d’une bonne constitution et dans l’état de santé, se termine ordinairement par résolution. Si, au contraire, elle atteint des vieillards débilités, ou même des sujets jeunes, mais profondément cachectisés, la suppuration est presque de règle. Par le mot parotidite, nous comprenons aussi la maladie décrite dans les livres classiques sous le titre d’oreillons.

Ici nous allons nous trouver en contradiction avec quelques au-

teurs, dont l'autorité est considérable en cette matière. Mais, si, dans ce cas particulier, nous ne partageons pas leur manière de voir, nous tenons à témoigner hautement notre respect pour la mémoire de ces savants, ne voulant pas ressembler à « ces enfants drus el forts du bon lait qu’ils ont sucé, qui battent leur nourrice. »

Trousseau et Grisolle entendent par oreillons l’inflammation du tissu cellulaire qui entoure la glande parotide. M. Bouchut, dans son Mémoire sur la nature et le traitement des oreillons, localise la maladie dans le canal de Sténon. «Les oreillons, dit l’auteur, ne sont qu’une rétention salivaire due à l’inflammation catarrhale du conduit excréteur parotidien.» D’autres enfin, Andral, dans sa Pathologie interne, el Roche {Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques ), placent le siège de l’affection principalement dans la glande parotide. Cette divergence d’opinions est due au défaut de recherches anatomiques. Les oreillons, en effet, constituent une maladie très-bénigne, qui se termine par la guérison dans l’immense majorité des cas.

L’auteur du Dictionnaire, dont nous venons de parler, cherche dans la marche et la terminaison de la maladie les preuves de son assertion : «Si l’inflammation, dit-il, occupait le tissu cellulaire, on verrait les oreillons se terminer le plus souvent par suppuration, tandis que cette terminaison est très-rare. Si elle n’occupait pas le système glandulaire du cou, on ne concevrait pas que la métastase s’en fît presque constamment sur d’autres organes glandulaires, les mamelles, les testicules. Admettez, au contraire, que le siège que nous leur assignons soit le véritable, et celte métastase de prédilection s’explique tout naturellement par la grande analogie de texture et de fonctions des glandes salivaires, mammaires et spermatiques, et par le rapport physiologique, le lien sympathique qui associe chaque organe à la souffrance des organes analogues plus intimemement qu’à celle de tous les autres.» Ne retrouvons-nous pas cette sympathie d’organes dans le cours d’autres maladies, hé-

las ! trop communes? C’est ainsi que l’inflammation du péricarde et de l’arachnoïde se développent sous l’influence du rhumatisme, et que la pleurésie amène aussi à sa suite ia péricardite. D’ailleurs les oreillons suivent la marche des autres inflammations glandulaires : ils se terminent, le plus souvent, par résolution, et la suppuration n’a lieu que chez des sujets malingres ou débilités par des maladies antérieures. Et de là il y a loin à affirmer que la résolution est un fait conslant. Pour ne citer qu'un exemple d’oreillons suppurés, nous mentionnerons l’observation intéressante insérée par M. le Dr Emond dans la Gazette des hôpitaux (année 1867).

ÉTIOLOGIE.

L’inflammation propre de la glande sous-maxillaire est bien moins fréquente que celle de la parotide. Mais l’inflammation provoquée par les différentes causes que nous allons énumérer, se présente bien plus fréquemment dans la sous-maxillaire. Pour expliquer ce dernier fait, nous dirons que le canal de Warthon, principal agent de transmission de la maladie, est bien plus favorablement disposé pour recevoir la lésion primitive, et que, par une singulière prédisposition que rien n’explique, les corps étrangers se développent dans ce conduit beaucoup plus souvent que dans le canal de Sténon.

Un grand nombre de causes peuvent amener l’inflammation de la glande sous-maxillaire. La soie que les cordonniers ont l’habitude d’introduire dans la bouche a pu irriter le canal de Warthon et amener, par extension, l’inflammation de la glande. On a vu des poils de brosse se loger dans ce conduit et produire ce même résultat. Nous lisons dans la Gazette des hôpitaux (10 juin 1873) : «A la suite de l’introduction d’un poil de brosse dans le canal, il y eut rétention de la salive et gonflement de la joue. La formation d’un abcès était imminente, lorsque après avoir extrait le corps étranger, tout rentra

dans l’ordre. » Nous citerons, plus loin, un cas d’inflammation franche de la glande sous-maxillaire à la suite de l’introduction dans la bouche d’un fragment de paille, rapporté par Chassaignac à la Société de chirurgie (août 1869). A côté des corps étrangers venus du dehors, nous signalerons les calculs qui se développent dans le canal excréteur ou dans la glande elle-même. Les observations de ce genre abondent : Duparcque ( Revue médicale de 1842, t. I) en cite un grand nombre d’exemples. Jarjavay en a observé plusieurs; d’autres ont été publiés depuis cette époque, et, il y a un mois à peine, nous en avons observé un cas, à l’Hôtel-Dieu, dans le service de M. Cusco. Au reste, nous en citerons plus loin qui entrent complètement dans notre sujet.

11 n’est pas rare de voir les maladies de la bouche, et principalement, les stomatites, provoquer l’inflammation de laglande en question.. Le traitement parle mercure et par l’iodure de potassium peut amener une congestion assez vive de la glande. Enfin, les maladies graves : la fièvre typhoïde, la pneumonie chez les vieillards, la morve, la peste, la variole, ont une influence incontestable dans le développement de la phlegmasie sous-maxillaire. Mais comment ces différentes causes peuvent-elles amener l’inflammation glandulaire? Pour ce qui est des corps étrangers obturant le canal de Warthon, la phlegmasie peut avoir lieu par deux mécanismes: 1° le corps étranger peut suspendre complètement le cours de la salive et, dans ce cas, il se produit un gonflement, une perspiration, une inflammation de la glande, comme l’ont démontré les expériences de M. Cl. Bernard. Nous ne voulons pas dire cependant que la rétention de la salive produise constamment l’inflammation glandulaire, car ce serait méconnaître ce que nous apprend l’expérience de chaque jour : n’y a-t-il pas souvent rétention de l’urine dans l’uretère sans inflammation du rein correspondant? Et la bile est aussi retenue souvent dans les voies biliaires sans qu’il y ait manifestation de phlegmasie hépathique.

1874. -- Crouze).

Toute rétention complète d’un liquide sécrété, dit Cruveilhier, a pour conséquence nécessaire, d’abord une diminution notable, puis une suppression de sécrétion. Nous regrettons vivement de n’avoir pu vérifier cette loi sur nos malades. Malheureusement nous les avons perdus de vue après leur sortie de l’hôpital.

2° D’un autre côté, ces corps étrangers en contact avec les muqueuses provoquent le développement de congestions sanguines, d’inflammations, qui, des parties où se trouvent ces corps, se transmettent de proche en proche jusqu’à la glande elle-même.

Dans la stomatite nous croyons que la phlegmasie est transmise directement de l’extrémité du canal de Warthon à la glande, soit que la partie terminale de ce conduit devienne le siège de la stomatite, soit qu’elle s’enflamme consécutivement par l’irritation qu’exercent sur elle les détritus morbides de la cavité buccale. Quant à déterminer pourquoi cette inflammation se manifeste spécialement dans le cours de certaines maladies et chez certains individus plutôt que chez d’autres, il nous est impossible de le faire. Et dans l’état actuel de la science, il serait, je crois, bien difficile de donner de ces faits une explication satisfaisante. Toutefois, nous aimons à espérer que lorsqu’on aura pénétré plus avant dans la structure des corps organisés, la lumière se fera sur cette spécificité morbide encore entourée de ténèbres.

Nous avons encore à déterminer dans quelles circonstances arrive la suppuration de la glande. Ce que nous avons dit au sujet de la suppuration de la parotide nous dispensera d’entrer dans de nouveaux détails, et nous savons déjà combien cette terminaison est rare. Dans les observations que nous relaterons plus loin, nous verrons que la suppuration s’est produite seulement dans deux circonstances : dans les cas de phlegmasie répétée ou prolongée de l’organe glandulaire, ou bien lorsque cette phlegmasie s’est manifestée chez des individus avancés en âge et profondément débilités par une autre maladie intercurrente. Dans l’un et l’autre cas, c’est une in-

flammation hypostatique qui se déclare et qui suit ici la même marche que dans les autres parenchymes. Or, nous savons quelle est la tendance déplorable de ces sortes de maladies à se terminer par la suppuration.

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