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sième, qui occupe le mil'en, ne peut pas l'être davantage, en raison de l'excessive chaleur produite par la perpétuelle présence de cet astre; les deux zones qui sont situées entre la zone torride et les zones glaciales, étant maintenues dans une température moyenne, peuvent être habitées et le sont effectivement, Comme le grand Océan divise deux fois chaque zone tempérée, elle est partagée en deux continents, ce qui, pour les deux zones, donne quatre continents, deux dans l'hémisphère supérieur et deux dans l'hémisphère inférieur. Les deux continents qui ont la même longitude dans un hémisphère différent, se font face, non pas, il est vrai, directement, et leurs habitants s'appellent anthètes, c'est-à-dire placés les uns en face les autres: les deux continents qui ont une longitude différente, celui-ci dans l'hémisphère du nord et celui-là dans l'hémisphère du midi, se trouvent aux deux extrémités d'une ligne qui passe par le centre de la terre; aussi leurs habitants sont-ils appelés antipodes. »
Cependant ces doctrines n'avaient pas été accueillies sans défiance par les Pères de l'Eglise qui les jugeaient peu compatibles, soit avec le texte de la Bible, soit avec la tradition chrétienne. Quand on s’en tient à la lettre des Saintes Ecritures, la première idée qu’elles suggèrent n'est pas celle de la sphéricité de la terre; bien loin de là, c’est l’idée que la terre est plate, qu’elle est entourée de tous côtés par la mer, et que le ciel forme au-dessus d'elle une voûte solide qui s’appuie aux extrémités de sa surface et qui soutient elle-même la couche des eaux supérieures. Que les passages de la Bible qui renferment les éléments de cette cosmographie idéale se prêtent à des interprétations de plus d'une sorte, un certain nombre de Pères l'ont pensé; mais pris dans leur sens littéral, ces passages fournissaient des objections spécieuses, du moins pour les chrétiens, contre les doctrines qui avaient régné chez les anciens et avec lesquelles il ne paraissait pas facile de les concilier. L'hypothèse des antipodes donnait lieu, en outre, à des difficultés spéciales, qui touchaient au fond même de la tradition ecclésiastique. En effet, s’il existe, au delà des mers, des êtres ayant une nature semblable à la nôtre, mais séparés de nous par d’infranchis-
sables barrières, que devient l'unité du genre humain ? Ces peuples +
si À 0 étrangers à notre hémisphère, sont-ils la postérité d'Adam ? S'ils font partie de la grande famille humaine, et si cependant l'Evangile ne doit jamais être porté aux contrées qu'ils habitent, Jésus-Christ n'est donc pas mort pour eux? Ces doutes non résoius avaient conduit Lactance et saint Augustin à rejeter l'existence des antipodes, comme une fiction aussi contraire à la foi qu’à la droite raison ; car, disait Lactance {1), comment supposer que des hommes puissent vivre la tête en bas et les pieds en haut? Aux doctrines de l’antiquité s'étaient substituées peu à peu, chez quelques Pères, des conceptions toutes différentes, dont la Topographie chrétienne de Cosmas offre la plus complète expression (2). Suivant Cosmas, moine égyptien de la fin du cinquième siècle, le tabernacle élevé dans le désert par Moïse, est l’image fidèle de l'univers. Comme ce tabernacle, la terre que nous foulons a la forme d’un parallélogramme et sa surface est plane ; au delà de l’Océan qui l’entoure, il existe une autre terre où ul homme n’a pénétré depuis le déluge, fermée qu’elle est par des murailles qui soutiennent le firmament, pareil à la voûte d’un temple. La terre habitée s'élève du midi au nord; là elle se termine par une haute montagne, derrière laquelle le soleil et les astres se cachent, lorsqu'ils disparaissent de l'horizon. M. Letronne a démontré que celte cosmographie, qui se donne pour le plus pur reflet des traditions bibliques, était formée d'éléments empruntés à la philosophie et à la poésie primitives de la Grèce (3). Ainsi par un scrupule de conscience exagéré et irréfléchi, la géographie, détournée de sa voie véritable, se voyait ramenée aux hypothèses où les anciens s'étaient souvent perdus , avant de découvrir la sphéricité de la terre.
(4) Anstit. div., NE, 24 : « Quid? Ii qui esse contrarios vestigiis nostris antipodas putant, num aliquid loquuntur ? Aut est quisquam tam ineptus, qui credat esse homines, quorum vestigia sint superiora quam capita? » Voyez aussi S. Augustin, de Civitate Dei, XVI, S.
(2) Publ. par Montfaucon, Collectio nova Patrum et scriptorum Græcorum, Parisiis, 4706, in-fol., t. Il, p. 115 et suiv.
(3) Voyez, dans la Revue des Deux Mondes, en mars 1834, p. 601 et suiv., le savant article de M. Letronne : Des Opinions cosmographiques des. Pères de l'Eglise, rapprochées des doctrines philosophiques de la
Grèce.
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