A. VALLÉE
Prof. à la Faculté de Médecine de l'Université Laval
L'âge modemne est à proprement parler l'âge scientifique, non seulement par les découvertes essentielles qu'il a vu naître, mais encore et surtout par l'influence et l'emprise de la science sur toutes les classes de la société. Influence qui attire les uns par conviction vers les études scientifiques les plus pures, qui éveille l'attention des autres par curiosité, qui soumet les moins sérieux par snobisme, mais qui touche chacun de nous. Emprise qui force le genre humain à admettre des données nouvelles réputées inadmissibles, qui persuade et finit par vaincre les plus endurcis.
Cette force est telle que la démonstration du fait scientifique peut aplanir aujourd'hui presque tous les obstacles, et qu'il suffit maintenant de montrer au peuple les bases solides de l'expérience, Pour gagner sa confiance et lui prouver la véracité d'un fait. C'est ce que je voudais établir au point de vue de l'hygiène, en donnant ici un aperçu des découvertes sur lesquelles elle repose. Et en dé-
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di
montrant l'origine scientifique de l'hygiène moderne, je ne crains
pas d'affirmer que j'aurai supprimé bien des doutes, ouvert des
horizons et poussé à l'étude plusieurs de ceux qui hésitent encore à reconnaitre la valeur d'une science, qui comme les religions comporte souvent des sacrifices auxquels il faut cependant se sou-
mettre.
Ce serait avoir fait un grand pas, si l'on admettait alors que tout peuple civilisé doit être au courant des données de l'hygiène, les connaître et qui plus est les appliquer, et par là tout en faisant de la science, qui attire volontiers, toucher en même temps aux questions Sc ciales et économiques les plus importantes.
Il ne faudrait pas, par conséquent, voir dans ce court exposé, un travail purement spéculatif, mais bien le considérer, au contraire, comme une étude de vulgarisation, cherchant à établir la nécessité de connaissances spéciales, en démoritrant à un auditoire curieux de savoir, que l'hygiène du jour est basée sur les faits les
plus positifs, puisque scientifiques. Il faudrait y trouver tout
l'attrait que l'on admet rencontrer d'ordinaire dans ce qui touche au grand mystère de la science moderne et par suite prendre cette voie détournée, pour arriver au but, c'est-à-dire: créer chez nous un intérêt tout particulier pour les choses de l'hygiène. s
L'hygiène qui prévient tout comme ja médecine qui guérit, date des débuts de l'humanité. Il est naturel, en effet, que l'homme, dès qu'il constata les effets de la maldie, ait cherché à empêcher l'éclosion de celle-ci, d'autant plus ardemment, qu’il avait alors à sa disposition, fort peu de connaissances sur le traitement à lui
opposer.
Mais l'hygiène de ces époques reculées, n'est établie, on le comprend sur aucun principe scientifinne, elle ne repose comme toute la médecine, que sur des faits de j: : empirisme Elle peut même être considérée alors comme un. science purement sociale, qui perpétue quelques traditions relatives à la santé, soit comme le dit le docteur Rochard : “en les plaçant sous l'égide de la religion comme Moïse, sous la sauvegarde des lois comme Lycurgue, où sous celle de la raison seule comme Hippocrate. à
Ce sont tous ces préceptes généraux qui se perpétuent dans les “ Aphorismes ”, dans les Fpidémies ”, dans le “Traité des eaux, des airs et des lieux ‘”, ouvrages du père de la méderine, jusqu'au moyen-àge. Pendant toute la brillante période de l'empire romain, on voit même s'esquisser à Rome, les grandes lignes de l'hygiène publique.
Le “ Code de Santé” de l'Ecole de Salern?, transmet à l'Europe une partie de ces données et l'hygiène suit le développement lent de la médecine, essayant de se conformer à chaque nouvelle découverte, mais n'osant se détacher de l'enseignement médical, dont elle suit les transformations multiples, sans pouvoir devenir une science autonome.
Comme la médecine, à la fin du XVIIIe et au commencement du XIXe siècles, elle se pare d’un certain vernis scientifique, qui n’a pas cependant pour des études «le cet ordre, la valeur qu’il confère à la médecine générale. Elle reste en effet trop empreinte de dogmatisme, alors qu'il lui faudrait d.venir essentiellement pratique. Elle a évolué tout en gardant son empirisme, dont elle ne pourra se débarrasser € ‘€ lorsque ses données seront solidement assises sur la science pure qui la créera d'emblée
Cependant à cette période pré-bactériologique, appara. sent des
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hygiénistes de carrière, qui restent attachés comme Michel Lévy, à cette définition: “ l'hygiène est la clinique de l'homme sain”. L'hygiène est encore chose individuelle, on ne fait qu'à peine entrevoir l'hygiène publique. C'est de cette dernière, qu'il faudra attendre les transformations réelles et utiles; elle devra évoluer totalement, sortir du cadre trop rétréci des sciences médicales, cesser d'être une annexe de la médecine, se faire une place à part. Ml'out cela va être réalisé d'emblée, par les découvertes d'un seul, du plus grand génie peut-être de tous les temps et tous les pays, qui va transformer d'un tour de main la médecine et créer de s l'hygiène qui avant lui peut être considérée comme
toutes pièc ayant vécu à l'étet de simple chrysalide.
Ce magicien de la science qui va faire apparaitre aux yeux des peuples inconscients, mn monde nouveau qu'il découvre, monde ayant en lui toutes les puissances de vie et de mort, monde autonome et créé, pour lequel on avait jusque là supposé tne génération spontanée à l'encontre du bon sens, c'est Louis Pasteur. Pasteur qui sans morgue et sans pédantisme crée la bactériologie par la découverte des microbes, et en créant cette science nouvelle, transforme du même coup toutes les autres, ouvre de nouveaux horizons, explique des phénomènes jusque là ignorés et d’une importance capitale; Pasteur, la plus belle gloire française qui suffit à elle seule à illustrer une nation; Pasteur qui eut pu servir de trait d'union entre la France du passé et l'héroïque France du jour.
Nous allons, d'un coup d'œil rapide, embrasser l'influence de ces découvertes sur l'hygiène générale, puis sur la prophylaxie <t l'étiologie des maladies contagieuses, enfin sur leur traitement. Vous comprendrez alors facilement comment l'hygiène moderne
naquit à la science et pourquoi elle mérite aujourd'hui toute rotre considération.
Les découvertes pasteuriennes avaient démontré nettement l'existence de ces êtres innombrables qui dès le début furent connus sous le nom de microbes. La connaissance de ces infiniment petits, dont on ne soupçonnait pas le rôle, allait immédiatement donner lieu à des recherches sans nombre. Parmi celles-ci la plus importante au point de vue basal, ce fut sans contredit la sér.e des travaux qui détruisait la théorie de la génération spontanée. Dans des expériences mémorables Pasteur établ' ait sans conteste que les êtres même les plus infimes ne naiss pas sans parents et que ces êtres microscopiques, dont il avait déjà montré le rôle dans les fermentations et les putréfactions, viennent d'ctres semblables à eux et ne peuvent exister dams un milieu «uns y avoir € : mplantés.
Cette idée générale qui pouvait au premier abord sembler dénuée de toute portée pratique. contenait cependant le germe de toutes les connaissances futures de l'hygiène moderne. Toute l’étiologie, c'est-à-dire toutes les causes des maladies diverses qui intéressent l'hygiène, toute la prophylaxie, c’est-à-dire toutes les précautions à prendre pour les éviter étaient comprises dans cette seule constatation.
Puisqu'il existait des êtres vivants microscopiques, puisque l'on reconnaissait déjà que ces êtres étaient les agents de certaines affections, il allait devenir possible de retracer ces maladies, leurs causes, leur marche et de les enrayer en éloignant simplement
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l'agent, ou en le détruisant même au besoin, s'il était déjà dans la place. On allait savoir maintenant en étudiant de plus près, pourquoi cette famille se voyait décimée par la tuberculose qui frap-
pait un à un chacun de ses membres; pourquoi cette école voyait
ses enfants terrassés tour à tour par la diphtérie: pourquoi cette ville voyait se produire dans ses murs des séries de typhoïde, alors que la voisine restait indemne: pourquoi ce pays tout entier devenait un foyer de choléra qui allait menacer l'univers.
L'épidémiologie qui était apparue dans l'antiquité comme un fléau des dieux était du coup expliquée. S'il y avait là un foyer de tuberculose, ici un centre de diphtérie, ailleurs une source de typhoïde, plus loin un milieu de dissémination du choléra, c'est que partout existait à chacun de ces endroits un microbe spécial, spécifique, propre à développer l'une ou l'autre de ces maladies.
Et ces microbes, on allait en effet les étudier, les distinguer, les classer, les expérimenter et établir la preuve irréfutable de leur action néfaste particulière à chacun.
Nous ne citerons pas les noms de tous ceux qui avec Pasteur poursuivirent ces études, ils appartiennent à tous les pays, il faudrait établir des distinctions, tous ont leur mérite. Disons seulement à quel degré de perfection on arriva rapidement ; comment d’après les données pasteuriennes, naquit d’abord la stérilisation, la désinfection qui allaient permettre de supprimer par filtration, par chauffage, ou par des agents chimiques les millions d’êtres qui nous assaillent. Comment de ces faits acquis, on allait arriver à cultiver les microbes, en les faisant pousser sur des milieux où ils ne se trouvaient pas parceque stériles. Comment une fois la culture obtenue, on allait les étudier dans leur aspect, dans leur forme, dans leurs réactions diverses, pour aboutir à ces études
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transcendantes de réactions complexes vis-à-vis des humeurs de l'économie qui ont donné le moyen de diagnostics importants. Comment enfin après les avoir ainsi isolés, on va les essayer sur les animaux, pour reconnaitre leur action spéciale, établir leur spécificité.
C'est là toute la Bactériologie et elle contient à elle seule toute l'hygiène publique moderne. L'hygiène individuelle, en effet, celle qui vous empêchera vous, par des régimes, par des attentions particulières, de devenir goutteux, rhumatisant ou cardiaque, celle qui vous sauvera d’une impotence prématurée, peut aller sans les sciences bactériologiques dans une certaine mesure. L’hygiène publique, au contraire, est toute comprise dans la science nouvelle.
En effet, les maladies dites contagieuses, les maladies infectieuses, c'est-à-dire d'origine microbienme étaient dès lors dépistées. La cause en était connue, on pouvait retracer leurs origines et bientôt préciser celles qui se communiquaient par l’eau, par l'air, par les aliments, par contact.
Il allait même devenir possible de retrouver presque toujours le microbe particulier et souvent le remède efficace, soit pour prévenir son action, soit pour l'enrayer. Des méthodes de plus en plus précises allaient permettre de constater la souillure de l'air que nous respirons, des poussières que nous absorbons, de l'eau que nous buvons et faire comprendre rapidement l'importance de la propreté jusque dans ses plus petits détails.
Ces méthodes d’abord générales vont démontrer rapidement la pureté de l'air des montagnes, la faible contamination de l'air aux champs et l'infection quelquefois terrifiante de l'air des villes. Des expériences curieuses indiquent par exemple que pour 4 à 11 microbes par m. c. au Mont Blanc, on en trouve 49 à Montauvent,
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275 à Montsouris, quartier excentrique et bien situé de Paris, et 6040 au centre de cette grande ville.
On étudie de même façon les poussières, et pour Paris seulement, il est reconnu que pour 750,000 bactéries contenues dans un gramme de poussière à Montsouris, la poussière de la rue de Rennes en contient 1,300,000, celle de la rue Monge plus pojuleuse encore, 2,100,000.
On arrive ainsi à prouver par des chiffres qui ne manquent pas d'ampleur. le danger de l'air infecté par des quantités de microbes divers, parmi lesquels peut très bien se trouver celui qui vous terrassera.
Les recherches sur les eaux ont une portée plus directement pratique, car elles vont permettre l'alimentation des villes en eaux pures ; de celles-là au moins qui le voudront.
Les méthodes là encore vont se perfectionner de plus en plus et en arriver à une précision étonnante qui ne permettra pas toujours de retrouver le microbe cause d’une infection d’origine hydrique, mais qui permettra d'affirmer la souillure de l’eau par des microbes qui en prouvent la contamination par des matières suspectes. Par ces seules données, la grande cause des infections intestinales, de la typhoide, du choléra, va pouvoir être dépistée.
La contagion se précisera encore par les recherches nouvelles qui apporteront la connaissance des associations microbiennes, nécessaires au développement de certains agents, association qui lorsqu'elle manque, empêche le microbe de produire chez vous son action néfaste, comme le fait fut si nettement démontré par Metchnikoff pour le choléra.
Puis les travaux plus fouillés, plus récents, feront reconnaitre les porteurs de bacilles, c'est-à-dire ces gens qui pour être guéris,
ou même au cours d'une épidémie, sans avoir été malades, portent en eux le germe d'une maladie qui peut se transmettre au voisin; ils seront eux aussi diagnostiqués et surveillés.
Comme corollaire, enfin, pour compléter tous ces faits de premier ordre, qui vont servir d'idée directrice dans l'orientation future de l'hygiène, toutes les recherches et les découvertes concernant l’immunité, c'est-à-dire cette propriété qu'ont certains individus de résister à une maladie, de lui être réfractaires. Expérimentalement toujours, on démontre comment se fait la lutte entre l'organisme et le microbe, comment cette lutte peut être stimulée artificiellement. Expérimentalement encore, on prouve qu'il existe une immunité naturelle, inmée, et une immunité acquise, soit par auto-vaccination, le sujet se trouvant vacciné par une première atteinte du mal, soit par vaccination conférée antérieurement à la maladie.
Cette immunité acquise, on va désormais étudier, comment on peut dans chaque cas particulier la produire et établir ainsi une médecine préventive qui sera partie importante de l'hygiène moderne.
Les grandes lignes qui dirigeront ces recherches s'appuieront sur deux faits: l'immunité dite active conférée par les vaccins, c'est-à-dire en communiquant une maladie bénigne qui préviendra contre une plus grave. — L'immunité dite passive conférée par les sérums, c'est-à-dire en fournissant à l'organisme, des moyens de défense tout préparés, dans le sang d'un animal qui a été artificiellement rendu réfractaire à un microbe donné.
Voilà ce que la bactériologie a fourni comme idée générale à l'hygiène; en somme toute sa structure. Elle n'a pas moins fait
dans les connaissances spéciales nouvellement acquises sur l'étio-
ar
logie et la prophylaxie des maladies contagieuses, étudiées séparément.
Ce sont les bactériologistes toujours qui ont débrouillé l’étiolo-
gie. c'est-à-dire trouvé l'agent de presque toutes les infections, car quelques-uns ne sont pas encore connus. Ce sont eux qui ayant découvert cet agent, ont recherché et décrit ses mœurs, son mode de transport d'un individu a l'autre et démasquant ainsi ses batteries, pernffs d'organiser contre lui un tir de barrage souvent très effectif.
C'est le bactériologiste, pour préciser de plus en plus, qui a découvert le bacille tuberculeux. germe de cette terreur moderne, qui l'a retrouvé dans les crachats des poitrinaires, et suggéré de l’arrêter là au passage. en l’empêchant de se répandre. C'est lui qui a découvert le bacille de la diphtérie, localisé dans les fausses membranes de la gorge de l'individu atteint. C'est lui qui a retracé le bacille de la peste dans le bubon pesteux, puis chez le rat, et son transport à l'homme par l'entremise des puces : c'était en indiquant
le foyer, limiter déjà son action. C'est lui ‘ a retrouvé le bacille
de la typhoïde, dans les selles, puis dans l'eau, le lait, etc., et expliqué la contagion. C'est lui qui a retrouvé dans les mêmes milieux le bacille virgule, agent du choléra, et précisé sa nranière de faire, due à des associations microbiennes. C'est lui qui a dépisté dans les fosses nasales et jusque dans les centres nerveux, le méningocoque, agent de la méningite cérébro-spinale épidémique et par la découverte des porteurs de bacilles, éloigné de la circulation tous ceux qui pouvaient nuire. C'est lui qui a découvert les agents des maladies vénériennes, tout aussi bien que les nombreux facteurs des infections intestinales, en cause d’une façon si terrifiante
dans la mortalité infantile, et par là fourni les moyens de remé-
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dier à la dissémination de ces maladies. C'est lui qui a montré l'origine microbienne du charbon, de la rage, de la fièvre jaune, de la coqueluche, l’origine parasitaire de la malaria, de la maladie
du sommeil, de la dyssenterie des régions tropicales. Et cela, pour
(a ne citer en somme que les découvertes qui intéressent l'hygiène
publique, sans entrer dans ce qui ne touche que l’hygiène individuelle ou la médecine.
Le champ est déjà assez vaste pour en comprendre l'exploitation qui ne s’est pas limitée là. On ne s'est pas contenté de trouver la cause, on a voulu indiquer le moyen de retracer où qu'il se cachat, l'embusqué. Des méthodes diverses, appropriées à chaque variété de microbe en cause, ont été décrites pour permettre les recherches. Pour ce bacille tuberculeux, on a imaginé une coloration spéciale qui le distingue, pour ce bacille diphtérique. des moyens spéciaux de culture, pour le typhique, le choléra, des réactions particulières dites d'agglutination qui permettent le diagnostic. Pour tous enfin, les procédés nécessaires pour les mettre en évidence. Et l’on ne se contente pas de ce qui est fait, on continue de chercher. Une manière semble-t-elle insuffisante, on modifie, on évolue, on revient même en arrière, si l'on peut obtenir plus. Les typhoïdes se sont vues compliquées par la connaissance des paratyphoïdes fréquentes, dues à des microbes spéciaux de même famille. Comment préciser, diagnostiquer les uns des autres. Ces microbes se rapprochent par certains caractères, s'agglutinent même souvent entre eux. On revient à un ancien procédé, l’hémoculture, c'est-à-dire la culture du sang du malade, puis l’agent isolé, puisque la réaction d'agglutination est incertaine, on crée pour eux un milieu de culture spécial, où chaque paratyphique, A ou B, où le typhique, vont tous trois donner des réactions qui les
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distinguent. Le tour est joué et par un petit-fils de Pasteur, Pasteur Vallery-Radot, qui en arrive là pendant la guerre. C'est là un fait particulier, les recherches de cet ordre pullulent, la science évolue sans cesse, mais contrairement à ce qu'im vain peuple pense, non pas pour détruire ce qui était vrai la veille, mais pour perfectionner encore.
L'étiologie ainsi éclairée, la prophylaxie spéciale, c'est-à-dire la prévention vis-à-vis de chaque espèce, va s'établir rapidement et d'elle-même. La médecine préventive va naître, qui vous dit comment éviter le bacille tuberculeux, par la propreté et l'air pur, comment vous garder des typhiques et paratyphiques, des infections intestinales de l'enfance, en surveillant les eaux et l’alimentation. Elle va prescrire tour à tour la surveillance de l'école contre la diphtérie, la coqueluche, la méningite et toutes les maladies épidémiques de l'écolier. Ele préconisera tour àätour la destruction des rats contre la peste, l'assainissement des terrains contre la malaria et la fièvre jaune, la surveillance des transports contre le choléra et toutes les maladies exotiques. Elle va employer la vaccination et les sérums lorsqu'ils existent, effectuer la stérilisation et la désinfection qui tuent le germe, traquer le porteur de l'agent, isoler le contagier. «.
Et pour assurer ces mesures, la médecine va appeler à son aide la loi, créer la loi préventive en somme, qui va malgré lui protéger l'individu, en ordonnant la vaccination obligatoire, la déclaration, l'affichage, les lois de quarantaine, toute la loi d'hygiène, basée sur les démonstrations bactériologiques.
Enfin, cherchant plus loin, la bactériologie va presque dépasser le but de l’hygiène, science préventive, en devenant curative, et curative pour atteindre surement et indirectement son rôle de pro-
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tection. Elle va s'attaquer aux maladies épidémiques de face, les combattre non seulement en précédant leurs effets, mais en essayant de les détruire. Pour cela, elle va utiliser des armes qui lui ont déjà servi quelque fois dans la prévention et qui vont maintenant servir à guérir. Elle va de nouveau faire appel à la vaccination, à la sérothérapie et à la bactériothérapie. Elle va s'essayer au traitement.
Les vaccins, ils étaient déjà tous en herbe, dans l'immortelle découverte de Jenner, qui enraye le développement de la variole, et reste là comme type, bien avant l'apparition de la bactériologie, mais sans être expliquée. Pasteur et ses successeurs vont compléter ces travaux. Succesivement vont apparaitre, le vaccin contre le charbon, le vaccin contre la rage; les vaccins bactériens qui vont se populariser aujourd'lui pour donner tantôt des méthodes préventives. comme le vaccin anti-typhique, où d'autres curatives plus appliquées dans l'hygiène privée, comme le vaccin contre la furonculose et bien d'autres encore.
Puis que dire enfin des sérums libérateurs, du sérum anti-diphtérique, préventif et curatif, du sérum préventif anti-pesteux, du
sérum anti-méningococcique, que dire des sérums plus particuliè-
rement en rapport avec l'hygiène privée, sérum par exemple contre l'érysipèle et le tétanos, qui se sont acquis des droits tellement incontestables, que le malade doit aujourd’hui les exiger et le médecin ne jamais les oublier.
La bactériologie a fait sa large part dans tous les champs de l'hygiène, elle s'est montrée créatrice, presque à elle seule d’une science nouvelle, dans toutes ses parties essentielles depuis les données générales, jusqu'aux questions de détail. Et pour parodier
en l'ennoblissant encore, un mot célèbre: “ la science continue ”.
Elle continue dans le même sens, le champ à couvrir restant tou-
jours très vaste.
L'hygiène scientifique est donc chose réelle et sur laquelle par conséquent on peut compter, à laquelle il faut croire. Devenue science, l'hygiène n'est plus une science purement spéculative, mais une science d'application, une science qui ne vaut que par sa portée pratique, tout comme l'électricité nous est utile, parcequ'elle nous transporte, nous éclaire, nous chauffe, et fait fonctionner nos industries.
Inutile, par conséquent d'avouer aujourd’hui que nous avons les connaissances d'hygiène les plus étendues que nous possédons les lois d'hygiène les mieux élaborées, si ces lois ne sont pas appliquées, ces connaissances utilisées. Et pour en arriver là, il faut créer une inentalité dans le peuple, prouver au public la vérité de l'hygiène et ce qu'il peut en attendre, parceque le tout est fondé sur la science et que rien de ce qu’elle avance n'est resté douteux ; toutes ses prétentions étant solidement établies sur i'expérience la plus positive et presque mathématique.
C'est du public que viendra, chose curieuse, la mise en exercice la plus rapide de ces principes scientifiques, car 1l faut que ce soit lui, qui instr :it, en exige l'application des lois. Les démocraties ont pu engendrer comme l'a dit Faguet, le culte de l’incompétence et l'horreur des responsabilités; les gouvernants intelli-
gents comme ceux qui nous régissent, n'ont pas tenu compte de
ces inconvénients, ils suppléent à l’un—nous le savons pour ce qui
concerne l'hygiène — en nommant des hysiénistes compétants, ils
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savent, nous n'en doutons pas, par leur énergie, prendre les responsabilités nécessaires.
Mais les démocraties ont de plus cet avantage, de rendre le peuple souverain; ce qu'il veut, on le fait, et ce qu'on sait lui enseigner et faire comprendre, il le veut et l'exige. C'est de lui que vient la demande, créons chez lui la connaissance et la foi; allons plus loin, créons chez lui une véritable manie, que Balzac définit si bien " le plaisir passé à l'état d'idée ”.
Cette manie créée, il exigera la mise en pratique de la science qu'il appréciera; il compr ndra l'intérèt qu'il y a pour lui à ce que l'on applique sévèrement ces lois, même si elles viennent quelquefois en conflit avec ce qui un instant peut lui sembler son intérêt privé. 11 demandera alors que l'on fasse pour l'hygiène, autant que l'on peut faire pour la colonisation, l'agriculture et les bonnes routes. Il le demandera, parcequ'il verra l'intérêt de tout un peuple, depuis l'enfant qui promet, l'adulte qui produit, jusqu’au vieillard qui croit encore à l'avenir. Et alors nous verrons nos gouvernants se soumettre eux-mêmes à ce cri de la science répété par les échos du populaire, et d'autant plus facilement qu'ils sont entrés dans cette voie et que leur patriotisme anxieux et éclairé, n'attend plus que cela pour s'y aventurer tout à fait.
Mais dans ce mouvement en avant, vous avez vous, Messieurs, un rôle important à remplir. La science a parlé, c'est vrai, elle a fait sa part en démontrant, en établissant des lois indéniables. La parole qu'elle a transmise au monde moderne, il faut la réaliser par l’action. Et l'homme d'action, c'est vous; vous êtes l’armée qui à l'avant doit réaliser l'idée conçue ; et dans cette armée vous avez des responsabilités particulières, parceque vous êtes les chefs.
Aux parlementaires, leur rôle est tracé, mais n'oubliez pas que
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vous avez le vôtre. L'hygiène, c'est la lutte, la lutte pour la santé pour la vie, pour ce qui constitue le principe de la prospérité des le nations, puisque c'est l'élément du travail. Finis les boniments et les discours, les théories et les discussions ; ces chimères sont vemues se détruire d'elles-mêmes sur l'immense champ de bataille mondial. Les données scientifiques sont posées comme les lois de tactique et de stratégie. À vous hommes d'action qui savez les apprécier, à vous de les rendre palpables en les appliquant et sur-
tout en exigeant qu'on les applique. Tous les individus se sont
transformés depuis la guerre, on réalise mieux la nécessité du devoir, on l'amplifie; on n'en fait plus une simple question d'indi-
vidualisme, les yeux sont tournés plus haut vers le pays pour lequel chacun doit faire sa part. Comme le disait le mois dernier M. Ernest Lavisse, dans son discours des prix de vertus à l’Aca- | démie française : “.. .les braves gens font le bien sans effort, naturellement comme ils respirent. ”
C'est ce que vous ferez, c'est ce que nous ferons, suivant l’exemple de nos voisins, en nous intéressant à ce qui doit sauver les races épuisées par le surcroit de travail que la barbarie leur impose. En développant l'hygiène publique, vous aurez fait votre part, celle dont vous devez être fiers.