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La douleur esi un peu moins vive

15. Du 17 au 21 avril la sensibilité devient de plus en plus nette dans la moitié interne de la plaque antérieure. Du 23 au 25 elle renaît un peu dans le tiers externe environ de la plaque postérieure. Elle semble entièrement rétablie dans l'intervalle qui sépare les deux plaques. Le malade part, le tiers externe des plaques est complètement anesthésie. La sensation de tiraillement douloureux et de constriction est moins vive qu'au 4ébut. Le malade va à l'hôpital des convalescents (Vincennes, le 25 avril).

15 mai. Le malade est resté vingt jours à Viucennes, à panir du §15 avril.

On y a employé alternativement les courants continus et interrompus.

Aujourd'hui il vient à la consullalion.

La douleur constrictive, calmée pendant plusieurs jours, a reparu depuis avant-hier.

La sensibilité est à peu près dans le même état qu'au jour de sa sortie.

Le frottement, le pincement, la piqûre, le froid, sont sentis dans les 4eux tiers internes de la plaque antérieure, ainsi que dans les deux tiers iulernes de la plaque postérieure. L'autre tiers reste complètement anesthésie.

Un corps assez chaud est senti dans les mêmes régions que les piqûres; il ne l'est point dans la région qui est encore aneslhésiée.

Résumons les principales particularités du cas de zona dont je viens de rapporter Fhistoire clinique :

Un homme âgé de soi\ante-et-un ans fait une chute violente à terre : il tomhe sur le côté, le coude entre le sol et le thorax. G*est le thorax qui souffre surtout du choc : il en résulte une vive douleur dans le côté droit. Dès le lendemain ou le surlendemain, il y a perte d'appétit ; puis, il se produit un peu de lièvre et presque en même temps commence à apparaître une pruption de zona.

La douleur de côté ne disparait pas ; elle augmente plutôt d'intensité, et cinq ou six jours après le début de l'éruption on constate de Tancsthésie très prononcée au niveau des plaques de zona et dans leur intervalle.

Le zona suit la marche accoutumée ; les vésicules herpétiques, remplies d'abord d'un Hquide séreux, deviennent un peu blanchâtres ; quelques-unes sont rougeàtres ou noirâtres, par suite de mélange de sang au liquide devenu un peu puriforme : elles se dessèchent bientôt; la peau, au niveau d'un petit nombre d'entre elles, s'ulcère superficiellement. La guérison de l'éruption a eu lieu au terme habituel, mais Tanesthésie et les douleurs locales ont persisté ; l'anesthésie est restée tout à fait complète au niveau des plaques de zona ; les douleurs ont conservé leurs caractères primitifs. Continues avec exacerbations, ces douleurs se montraient successivement ou simultanément sous deux formes : elles étaient constriclives et pongitives ou térébrantes ; il semblait au malade, par moments, qu'un instrument de fer le traversait d'avant en arrière du sternum à la colonne vertébrale ou que la pointe de Tapophyse xiphoïde était violemment tirée vers le rachis. Au bout de trois mois et demi, ces phénomènes (anesthésie, douleurs) existaient encore, un peu modifiés, mais encore très accusés.

Cependant un traitement énergique avait été employé : on avait pratiqué des injections hypodermiques de chlorhydrate de morphine, puis de sulfate de strychnine (je crois qu'on avait fait usage aussi pendant quelques jours d'injections de sulfate d'atropine); on avait administré du bromure de potassium, du chloral hydraté, du salicylate de soude ; on avait soumis les ré*gions où le zona avait siégé à l'action des courants faradiques, des courants galvaniques ; on avait même fait des applications de pointes de feu sur la région rachidienne: le tout sans succès,

La cause de ces échecs de la thérapeutique tient, ce semble, k la difficulté d'atteindre et de modifier la cause présumable des accidents morbides dont il s'agit, et à la lenteur de la réparation de la lésion qui est en jeu.

Il me parait impossible, en effet, de ne pas considérer ce fait de zona comme dû à une lésion du système nerveux. C'est à la suite d'un choc violent de la paroi thoracique que la douleur de côté s'est produite, précédant de quelques jours l'apparition de l'éruption herpétique. 11 est probable qu'il y a eu, par le fait

même de la chute, irritation d'un ou de deux des nerfs intercostaux ; puis, par suite d'une propagation centripète de l'irritation, il s'est produit sans doute une lésion soit des racines de ces nerfs, soit des points de la substance grise de la moelle avec lesquels elles sont en relation. Ce cas est un de ceux où, éclairés par les recherches de MM. von Barensprung, Gharcot et autres, les médecins peuvent poser, sans courir de grands risques d'erreur, le diagnostic que je viens d'indiquer. C'est ce diagnostic qui m'avait conduit à appliquer, chez ce malade, des pointes de feu sur la région du rachis correspondant aux nerfs probablement intéressés.

La lenteur avec laquelle on obtient une amélioration dans les cas de ce genre, tient, d'une part, à ce que le processus morbide dont les racines ou même certaines régions de la moelle sont le siège peut n'avoir pendant longtemps aucune tendance à s'arrêter ; d'autre part, à ce que les fibres nerveuses atteintes subissent très vraisemblablement un travail de dégénération atrophique complète, de telle sorte que la sensibilité ne peut reparaître, dans les régions innervées par ces fibres, que lorsque ces éléments nerveux ont recouvré, par régénération ou par restauration, leur structure normale.

L'aneslhésie aussi complète que celle qui a été observée chez notre malade, est d'ailleurs un phénomène relativement rare. 11 n'en est pas de même de la persistance des douleurs qui se produisent si souvent dans la région du zona, soit avant, soit pendant, soit après l'évolution de l'éruption : on les voit parfois durer non seulement pendant des mois, mais encore, exceptionnellement il est vrai, pendant des années. Les douleurs, en outre, peuvent se manifester de nouveau, avec les mêmes caractères ou à peu près, dans les mêmes régions, après avoir disparu complètement pendant des jours, des semaines, des mois, des années. Chez notre malade, il n'y a guère eu, pendant son séjour à l'hôpital, que des rémissions des douleurs, av«c exacerbations nouvelles après quelques jours de calme relatif. Les variations, sous le rapport de la marche du phénomène douleu?* dans le zona, dépendent surtout de la diversité du travail morbide qui évolue vers les origines des nerfs atteints.

Un autre point m'a paru pouvoir être relevé dans cette observation. Le malade avait eu la jambe droite coupée, au lieu d'élection, vingt ans auparavant ; l'amputation avait été nécessitée par

nne fracture comminutive de cette jambe. II ne me sémbfe p'as impossible que les modifications produites dans la moitié droite de la moelle, à la suite de cette amputation, aient diminué la résistance de cette partie de la moelle aux influences morbides pouvant agir sur elle. Il faut y ajouter cette autre circonstance, ayant pu agir dans le même sens : la fracture de la neuvième côte droite survenue quatre ans avant le développement du zona.

— Je reviens, en terminant, à l'objet principal de cette note. Quelques-uns des faits qui y sont relatés montrent que la faradisation cutanée, limitée à une région peu étendue de la moitié insensible du corps, dans des cas d'bémianesthésie, peut hâter la réapparition de la sensibilité dans toute cette moitié du corps. Parfois même, comme je Tai vu dans d'autres cas, une seule séance de faradisation, ainsi pratiquée, suffit pour faire renaître la sensibilité dans tous les points où elle était abolie.

On se demandera naturellement s'il y a un avantage quelconque à borner ainsi la faradisation à une région très restreinte du côté anesthésié, dans de pareils cas, et s'il ne serait pas au contraire plus utile d'électriser la peau de toutes les parties insensibles. Je n'ai pas les éléments nécessaires pour répondre nettement à cette question. Je n'ai fait que très peu d'essais de faradisation de toutes les régions insensibles dans des cas d'hémianesthésie ; mais je ne crois pas que l'on obtienne, de cette façon, des résultats plus satisfaisants que ceux auxquels je suis arrivé, en bornant l'action des courants faradiques à un îlot très limité de la peau du côté anesthésié.

En tout cas, la faradisation limitée ne me paraît pas pouvoir produire des effets équipoUents, quel que soit le point du côté anesthésié sur lequel elle est pratiquée. Elle a, je crois, par exemple, une influence bien plus grande sur le retour général de la sensibihté dans ce côté, si elle porte sur le membre supérieur que si elle est faite sur le membre inférieur. Il s'agit, en réalité, de produire une sorte d'ébranlement énergique dans les parties de l'encéphale qui servent ou peuvent servir à la transmission des impressions reçues par la peau. Or, il est incontestable que les relations du membre supérieur avec l'encéphale sont plus étroites que celles du membre inférieur ou que celles du tronc. Les lésions de l'encéphale qui déterminent l'hémiplégie agissent à un plus haut degré, pour la plupart au moins, sur le membre

supérieur que sur le membre inférieur : en sens inverse, les excitations vives produites sur le membre supérieur doivent retentir plus vivement sur Tencéphale que celles qui portent sur le membre inférieur.

L'action locale des courants faradiques n'étant pour ainsi dire pas en cause dans les effets que Ton cherche à déterminer et Faction à distance, sur Tencéphale, étant presque le seul but qu'on se propose, il me paraît logique de restreindre la faradisation au tégument du membre supérieur. Je n'attache pas d'ailleurs une importance particulière à la région que j*ai choisie pour mes essais. J'ai obtenu des résultats heureux en limitant la faradisa> tion à une région peu étendue de la face dorsale de l'avant-bras, et c'est pour cela que j'ai continué àagir d'ordinaire sur cette région.

La faradisation ainsi pratiquée n'est pas utile seulement dans le traitement de l'hémianesthésie ; elle rend encore des services, comme je l'ai dit ailleurs, dans des cas d'hémiplégie, même lorsqu'il n'y a pas coexistence d'anesthésie. On voit, sous l'influence de ce moyen thérapeutique, les hémiplégies récentes qui ne sont pas absolument incurables s'améliorer plus rapidement que si on laissait la maladie suivre son cours naturel : l'aphasie passagère, Taffaiblissement des facultés intellectuelles peuvent s'amender favorablement en moins de temps que si l'on ne faradisait pas une région hmitée du membre supérieur paralysé. Lorsqu'il n y a pas d'anesthésie concomitante, il faut agir sur le membre supérieur du côté de l'hémiplégie avec des courants de moyenne intensité pour ne pas risquer (ce qui est, du reste, bien peu à craindre, quand on fait usage du procédé dont il s'agit) de déterminer, par une vive souffrance, un trouble dangereux de la circulation cérébrale.

Je dirai enfin qu'il est bien important, dans tous les cas dont je viens de parler, que la faradisation soit faite par le médecin lui-même et non par le malade ou par quelque personne étrangère à la profession médicale. Le succès de la médication est souvent à ce prix. J'ai vu, en effet, plus d'une fois, en électrisant moi-même l'avant-bras d'un malade atteint d'hémianesthésie, se produire des résultats qui n'avaient pas été obtenus lorsque la faradisation était provoquée par un des élèves du service. Il y a là des questions d'intensité du courant à employer, de durée de la faradisation, où le médecin traitant peut seul être juge.

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