‹ De l'influence de la faradisation localisé sur l’anesthésie de causes diverses (lésions encéphaliques, saturnisme, hystérie, zona)Chapitre 6 sur 13 · II. Les pertes sont arrêtées, sans médication interne · texte numérisé non relu

II. Les pertes sont arrêtées, sans médication interne

14. Une éruption de syphilides squameuses se produit sur la face interne des cuisses, sur les bras, la poitrine; taches d'un rouge cuivré avec légère desquamation épidermique.

La malade, qui, jusque-là, avait nié tout antécédent syphilitique, avoue qu'elle a eu la syphilis il y a deux ans. Elle aurait été soumise au traitement mercuriel pendant plus d'une année. Pendant qu'elle était en traitement, elle est accouchée d'un enfant qui se porte bien.

On prescrit de nouveau une pilule de protoiodure de mercure. lodure de potassium, 1 gramme. Deux pilules composéesd'er réduit, rhubarbe, extrait mou de quinquinaj; elle en prend depuis plusieurs semaines.

On supprime les trois pilules de nitrate d'argent.

20. Il y a eu, les jours précédents, des attaques d'hystérie (au moins une et deux au plus dans les vingt-quatre heures) qui ont fait perdre une partie des progrès obtenus.

Ces attaques débutent par des rires prolongés sans aucun motif, puis des pleurs abondants. Alors commencent des convulsions cloniques sans grands mouvements. Il n'y a pas toujours perte absolue de connaissance. Un quart d'heure après, pleurs et sommeil.

On continue la faradisation des deux avant-bras, successivement, chaque matin.

l^r mars. La malade est renvoyée du service par mesure disciplinaire.

La sensibilité est normale sur tout le côté droit, ainsi qu'à la face. Du oôté gauclie, elle est émoussée; la malade y sent bien le pincement, les piqûres; mais elle n'a pas conscience d'un léger contact.

L'ancsthésie oIFrait, chez cette malade, une distribution qui mérite d'être notée.. Elle existait, en circt, dans toute l'étendue du corps, la face exceptée. La peau et les tissus sous-cutanés des

meinbros, du tronc, du cou, des parties postérieures et latérales (le la tète, od'raieut, avant le traitement, une insensibilité absolue. A la fin, au contraire, les plus légers contacts étaient perçus et le cliatouillenient, les piqûres, les pincements, étaient sentis d'une façon normale, au moins dans toute la moitié droite du corps. Les organes des sens, le goùl, l'odorat, l'ouïe, la vue, étaient intacts.

L'anesthési?. du tronc et des membres était donc non seulement superlîcielle, mais encore profonde. Toutefois, il restait un certain degré de sensibilité, puisque la malade n'avait pas perdu, comme cela a lieu si souvent chez les ataxiques, la notion de la position des divers points de son corps : qu'elle ne perdait pas, comme on dit, ses jambes dans son lit; qu'elle savait, les yeux fermés, où se trouvaient ses pieds et ses mains.

L'intégrité de la sensibilité de la face et des fonctions des organes des sens, alors que toutes les autres parties du corps étaient insensibles, est un fait rare chez les hystériques. Les i m [)ressions faites sur la membrane muqueuse de la bouche, sur celle des fosses nasales, sur la rétine, sur les jjarlies membraneuses dos canaux scnii circulaires et surtout du limaçon, parvenaient donc librement aux centres perceptil's. Si la modification des centres nerveux qui produit l'anestliésie des hystériques a pour siège les radiations pédonculaires dans les hémisphères cérébraux, ou, en précisant davantage, la partie postérieure de la capsule interne, elle pourrait donc affecter les éléments de cette région de la capsule interne qui conduisent à la substance grise corticale les impressions portant sur le tégument cutané des membres, du tronc, du cou, en respectant ceux qui servent à la transmission des impressions provenant des or^'anes dos sens et de la face. Il serait assurén)ent plus simple de supposer que ce sont les centres de réception des impressions qui sont eux-mêmes modifiés, c'est-à-dire les centres médullaires d'origine, lorsipi'il s'agit des nerfs sensitifs rachidiens, elles centres bulbaires, protubérantiels et cérébraux, lorsqu'il s'agit des nerfs scnsilifs crâniens : on se rendrait, il semble, plus facilement compte des anesthésics partielles de l'hystérie avec cette hypothèse (|ii'en admettant que la modification dont il s'agit réside dans l'étage supérieur des pédoncules céréhraux ou dans la |)arlie posiérieure de la capsule inlerne A la rigueur, il serait possible (pi'il en fût ainsi; mais cette interprétation, en somme, est peu satisfaisante

sous d'autres rapports : on ne s'explitjue pas très bien, en la prenant pour point de départ, comment dans l'iiystérie on observe si souvent de riiémianesthésie occupant, non seulement les deux membres d'un côté, la moitié correspondante du tronc et du cou, mais encorda moitié de la face et les organes des sens du même côté.

D'un autre côté, il est également difficile, et même il est plus difficile (quoique non impossible) de comprendre ainsi comment la faradisation d'une région très limitée de la peau d'un des membres, de l'avant-bras, par exemple, peut, dans certains cas d'hcmianestliésie liystérique, rétablir la sensibilité dans toute l'étendue du côté anesthésic, et ramener à un état normal ou à peu près les sensibilités olfactive, visuelle, auditive, gustative du même côté. Ce sont ces considérations qui me l'ont incliner à croire que c'est bien dans le pédoncule cérébral ou la partie postérieure des radiations pédonculaircs que siège Taltération (quelle qu'elle soit) qui détermine l'anestbésie et à admettre, par suite, pour les cas analogues à celui-ci, dont je viens de donner l'observation, qu'une partie des fibres pédonculaircs servant à la transmission des impressions aux centres perceptifs peut rester intacte, toutes les autres étant atteintes.

Le traitement par la faradisation bornée à une région très peu étendue de l'avant-bras droit n'a produit, cbez la nommée L..., aucun effet immédiat. Ce n'est qu'au bout de quelques jours de faradisation quotidienne que la sensibilité a reparu, d'abord obtuse, puis de plus en plus nette, dans toutes les j)arties de la moitié droite du corps, et c'est seulement après plus d'un mois de ce traitement que l'anestbésie a commencé à diminuer du côté gauche. On a alors faradisé aussi la peau de l'avant-bras gauche et l'amélioration de l'état de la sensibilité de ce côté a fait, à partir de ce moment, de rapides progrès. On voit que l'ébranlement produit dans les régions des centres nerveux servant à la transmission des impressions périphériques, par la faradisation d'un point limité du tégument cutané, se propage surtout dans les parties de ces centres qui correspondent au côté du corps sur lequel a porté l'électrisation faradiquc. Cependant l'influence de la faradisation agit aussi quelque peu sur les parties homolos;ucs centrales qui sont en relation avec le côté opposé du corps, puisque le traitement, lorsqu'on n'électrisait que l'avant-bras droit, a fait diminuer l'anestbésie du côté gauche. Cette anesthésie

n'a disparu presque complètement que lorsqu'on a faradisé directement la peau de l'avaut-bras du côté gauche.

Les atta([ues d'hystérie convulsive, qui se reproduisaient assez souvent, tendaient, presque chaque fois, à détruire les jjrogrés que l'on constatait chaque jour dans le retour de la sensibilité ; cependant l'anesthésie ne revenait pas à son degré primitif, et une ou deux séances de faradisation suffisaient pour faire regagner tout ce qui avait été perdu.

— Je citerai entin un dernier fait d'un tout autre genre, pour montrer que la faradisation cutanée la plus énergi(|uc et la plus persévérante n'arrive pas toujours à evercer uue iiiduence curative dans certains cas d'auesthésic. II s'agit d'un malade atteint d'un zona du côté droit, aiVection accompagnée et suivie d'une névralgie de forme particulière et d'anesthésie opiniâtre de la peau dans la région qu'a occupée l'éruption herpétique :

Obs. vu. Z(ma de la rérjion thomciquè inférieure du côté droit. Douleum névralgiques dans la région correspondante. Anesthésie cutanée dans cette même région. Persistance très prolongée de ces phénomènes tnorbides après la disparition du zona. — l.e nommé (L... Alexis), âgé de soixante et un ans, marchand des quatre saisons et scieur de pierres, entre à l'hôpital de la Charité, service de M. Vulpian, salle Saitit-Jean-de- Dieu, 10, le 4 février 1879.

Aucune maladie du système nerveux chez les parents.

Aniccédeiits personnels, i lacture et amputation de la jambe droite il y a vingt ans.

Petite vérole il y a dix ans.

Fracture de la neuvième côte droite il y a environ quatre ans. Pas de rhumatisme. Pas de syphilis; pas de blennorrhagie. Il s'enrhume très facilement; il s'enrhumait encore plus facilement dans sa jeunesse.

N'a jamais craché de sang.

Le 29 janvier (il y a sept jours) il glisse sur la neige et tombe; son coude droit est pris entre le thorax et le pavé. Il ressent une très vive douleur dans ce côté de la poitrine, en avant et un peu an-dessous de l'angle inférieur de l'omoplate droite. Quoique la douleur persiste, assez vive, il continue cependant iï balayer la neige des mes, le même jour et les jours suivants. Le troisième jour, il voit une éruption de boutons se produire à droite du thorax. Les l*' , 2 et 3 février, pas de changement. 11 entre le 4 février à l'hôpital de la Charité.

Etat actuel, le 5 février. — Poumons. Emphysémateux, crachats de bronchite, pas de rAles, toux assez forte, surtout le matin.

Cœur. Le premier bruit est soiu-d et prolongé; il y a un léger souffle au premier temps et à la pointe. Le second bruit est plus net et plus fort qu(^ dans l'état normal.

Appareil digestif. Dès le Iciidoniaiii du jour où la chute a eu lieu, le

iiiiilaile a perdu rappéliL ; il olfre encore aujourd'liu lous les signes et syinplôines de l'embarras gastrique.

Insomnie. Agilation laauil, un peu de fièvre lousles soirs; il sue un peu, surtout de la tête. Il dit que dans les deux jours qui précédèrent l'éruption il avait eu des frissons et que la fièvre était plus forte que maintenant.

Éruption. Sur la face antérieure du tliorax et ii droite on constate un(! large plaque formée de petits groupes de vésicules ; il y a trois à cinq au plus de ces vésicules dans cliaque petit groupe, etcos derniers se réunissent pour en former de plus grands. La peau qui les porte est d'un rouge assez vif; dans l'intervalle des groupes, elle est congestionnée aussi, mais à un moindre degré.

La plaque entière de la partie antérieure du thorax mesure 20 centimètres en longueur, transversalement : elle dépasse un peu en avant le bord gauche du sternum ; elle a 10 centimètres de hauteur et s'étend dans ce sens depuis la sixième jusqu'à la huitième côte Elle a une forme presque triangulaire, sa base est en dehors, et c'est vers sa base que les vésicules sont très nombreuses, La plaque ne suit pas le trajet des nerfs iiilei'costaux, mais elle est tout à fait transversale.

Plaque semblable, à la face dorsale du thorax, ayant presque les mêmes dimensions; elle s'étend eu hauteur depuis la dixième îi la ilouzième côte environ; elle est aussi triangulaire; sa base, tournée en dedans, empiète de 2 à 3 centimètres, sur le côté gauche du tronc. Le bord supérieur de cette plaque est à peu près au même niveau que celui de l'antérieure. La plaque postérieure est un peu oblique de haut en bns et de dedans en dehors et ses vésicules sont nombreuses surtout vers la colonne Vi-rtébrale.

Dans l'intervalle qui sépare les deux plaques, on trouve des vésicules clair-semées, qui complètent un demi-cercle embrassant la moitié droite de la base de la poitrine.

Çà et l.\ quelques-unes des vésicules sont opalines, remplies de pus.

II existe une douleur continue dans foute l'étendue de la région occupée par l'épuration; par moments se produisent des élancements très douloureux, que le malade compare ,\ des piqûres profondes d'aiguilles. La pression »st douloureuse sur le point qui a été violenté lors de la chute à terre.

On exarnine avec soin cette région : on n'y trouve pas d ecchymoses. En faisant tousser le malade on ne fait pas apparaître de c."éi)it;ition. Il n'y a en ce point aucun signe de pleurésie. Cataplasmes de fécule sur les plaques. Onctions d'huile d'amandes douces. Chloral hydraté: deux cuillerées à bouche, k un quart d'heure d'intervalle le soir, vers neuf heures.

6 février. En piquant la peau de la région oii siège le zona, on constale qu'il n'y a pas d'anesthésie cutanée au niveau des plaques, ni dans l'inlcrvaile qui les sépare; même douleur qu'hier.

Plusieurs vésicules sont remplies de pus, quelques-unes de snng. Pour favoriser la dessiccation on fait sur un point circonscrit de la plarpie antérieure un badigeonnage de solution assez forte de perchlorure de 1er. Eau de Sediitz.

Page 1