‹ De l'influence de la tuberculose sur le caractère, la mentalité et dans l'œuvre de quelques tuberculeux célèbresChapitre 9 sur 21 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Influence de la tuberculose sur le caractère : et la mentalité. Premiers jalons.

Dès l’abord, nous devons nous demander si le corps exerce une action quelconque sur l'esprit. ‘Sans doute, Juvénal avait déjà dit dans ses Satires : Mens sana in corpore sano. Mais ce vers, qui pour lui n’était que le souhait, la demande au ciel de l'homme sage, est devenu, dans l'application, le constat de l'influence de la santé du corps sur la santé de l'esprit.

Quoi qu'il en soit, la sagesse populaire avait déjà établi une vérité qui ne fut démontrée qu’à la fin du xvin° siècle par l'ami de Mirabeau, Cabanis, dans son ouvrage : Les rapports du physique et du moral de l'homme.

En effet, si l'organisme humain est touché, soit par une affection, soit par une maladie — différence fort pertinente et bien mentionnée par le professeur Micheleau — au fonctionnement anormal de cet organisme correspondra une modification du caractère temporaire ou persistante. Cette influence indiscutable s’étendra à tous les domaines de notre activité : le caractère, l’affectivité, la volonté et l'intelligence.

La psychologie du malade n’est point un mythe: mais cette psychologie est-elle indépendante de la nature de la maladie, ou bien chaque maladie exerce-t-elle une action particulière, — ainsi la tuberculose qui est notre objet. Tardieu, dans sa Psychologie du malade, se piète comme Le coryphée de la première interprétation. Il prétend à rien de moins que ce qui suit : « La maladie égalise les conditions, nivelle les caractères, oblitèré

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ce qui était original et excessif dans les individualités et annonce l'égalité prochaine et définitive de la tombe »; et plus loin : « La maladie est presque toujours une mutilation, un abaissement; la maladie est meurtrière à tout idéalisme, le malade est un homme en décadence et son intelligence, mal alimentée, est en voie d'évolution régressive. »

La généralisation nous semble un peu hâtive. S'il est vrai que certaines maladies détruisent la lucidité de l'intelligence, etc., cette action n'est point le fait des maladies chroniques en général, et tout particulièrement de la tuberculose.

De nos jours on admet, ou l’on tend à admettre, ce qui revient au même, qu'un certain nombre de maladies à action lente créent autant de types psychologiques. ;

Toute maladie est assimilable à un tableau dont l'arrière-plan serait constitué par l’égoïsme et l'irritabilité — deux caractères communs aux maladies chroniques — et où le premier plan serait destiné à la floraison des tendances particulières à chaque maladie. L

[IL y aurait un portrait à faire du « candidat à la tuberculose », suivant l'expression de Landouzy. si, au 1° siècle de notre ère, un médecin grec, contemporain de Néron, Arétée de Cappadoce, ne l’avait pas tenté et réussi. « Les prédisposés à la tuberculose sont grêles et délicats, minces comme des planches, ils ont les omoplates ailées, le gosier saillant, la peau blanche, la poitrine étroite et le facies amabilis. »

Aussi, dès cette période, ainsi que le constate Chevrolet (1), en mettant dans un portrait général l'ensemble des symptômes que l'on peut observer, « l'individu en puissance de tuberculose parait donc affiné, elféminé, d'une élégance maladive ; la physionomie vive est souvent voilée de tristesse; les mains sont diaphanes, avec des veines bleuâtres et saillantes, l'expression du visage assez particulière, caractérisée par Arétée de Cappadoce de « facies amabilis ». Le thorax est aplati et rétréci. Les

(4) Chevrolet, Essai sur la psychologie du tuberculeux pulmonaire, thèse Paris, 1918.

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