EFFETS PHYSIOLOGIQUES DU FROID
§ 1. - ACTION DU FROID SDR LA CIRCULATION A . — Action locale du froid au point d'application
En application locale sur la peau, le froid détermine la contractiou de tous les éléments musculaires de la région des téguments sur laquelle il est appliqué. Cette action porte principalement sur les éléments contractiles des parois vasculaires, comme il est facile de le constater de visu sur la membrane natatoire de la grenouille et sur Toreille du lapin. Cette contraction des parois vasculaires engendre une anémie locale. Mais ce n'est pas seulement le sang qui est chassé des vaisseaux dans la partie refroidie; par suite de la contraction des fibres lisses du derme, les espaces et les vaisseaux lymphatiques, les aréoles du tissu interstitiel se vident des sucs qu'ils renferment.
La contraction locale des vaisseaux déterminée par l'application du froid sur la peau se traduit, à l'œil nu,
LabadieL^oràve. — Froid. )
par la pâleur des tissus. L'examen microscopique permet d'ailleurs d'observer directement les effets du froid sur le calibre des vaisseaux. Ainsi Sartorius a constaté que chez la' graiouille, le lapin et le chien, le froid détermine la contraction simultanée des artérioles, des capillaires et des veines; en même temps le cours du sang est accéléré, tandis que le nombre des globules, qui traversent un capillaire dans l'unité de temps, diminue.
Quand la peau ne reste en contact avec le froid que pendant un temps très-court, la pâleur initiale fait bientôt place à Thypérémie. C'est que la contraction excessive des fibres lisses da la peau engendre bientôt la fatigue, et, par suite, le relâchement paralytique de ces éléments musculaires. Alors les vaisseaux se dilatent, livrent passage à une plus grande quantité de sang; en même temps que la circulation de la lymphe devient plus active dans les espaces périvasculaires. Ces phénomènes sont faciles à observer sur l'aile de la chauve-souris et sur la membrane natatoire de la grenouille. L'examen microscopique de ces organes nous permet, en outre, de constater que la dilatation consécutive des vaisseaux primitivement contractures est accompagnée d'un ralentissement du cours du sang.
Quand le froid, appliqué sur la peau, est très-intense, et son contact prolongé outre mesure, les effets qui en résultent ne consistent plus en une simple mo* diflcation du calibre des vaisseaux cutanés. La peau peut alors devenir le siège d'un travail inflammatoire suivi de nécrose, comme le démontrent quelques observations citées dans ce travail. Ces désordres, développés sous l'influence d'un froid extrême, ont été très-bien observés et décrits par Cohnheim. Ce physiologiste a noté que, quand l'oreille d'un lapin est plongée dans un mélange réfri-
gérant à— 15* ou — 20% elle présente, au moment ©à on la fait dégeler, une coloration rosée diffuse, comme mi elle était imprégnée de la matière colorante du saing. La température de Toreille ne tarde pas à s'éleror, en même temps ses vaisseaux se dilatent et la ck^ulalion devient extrêmement active. Lorsque la tempéraitupe du mélange réfrigérant ne descendait pas av-dessous de — 6*, l'oreille du lapin pouvait reator en contact avec Tagent frigorifique pendant un tempB fort long, sans que Cohnheim observât di^autres phénomènes que ceux qui viennent d'être mwitionaés. Quand, au contraire, la température du mélange réfrigérant descendait au-dessous de — ?•, sans que l'application du froid fût prolongéev ia tuméfaction de Toreille augmentait notablement ; Biais elle disparaissait sans laisser de traces, un ou demx jours après Texpérience. Quand la température du mélange réfrigérant étaitportée à — 10* ou à — 14*, la tuméfaction devenait plus prononcée encore et elle mettait plus de temps à disparaître, souvent alors Tépiderme se desquammait par places. Ce n*est que soUs l'action prolongée d'une température inférieure à — 15* que Toreille était envahie par un travail suppuratif et par la nécrose partielle.
Voici maintenant les résultats fournis par l'examen microscopique dans les expériences de Cohnheim. Quand la température du mélange réfrigérant ne descendait pas au-dessous de — 7% l'oreille refroidie était le siège d'un simple œdème ; on ne trouvait dans le voisinage des vaisseaux que des cellules migratrices en petit nombre, comme il arrive dans les circonstences normales. Plus le froid appliqué sur l'oreille êtiôt intense, plus était grand le nombre des globules de pus qui infiltraient le tissu refroidi. Ces globule s'accumulaient surtout dans le tissu lâche de la racine
de l'oreille. Le nombre des globules rouges extravasés hors des vaisseaux était relativement faible. Quand le froid atteignait un degré extrême, on constatait les altérations de la nécrose momifiante.
Nous avons dit plus haut que la dilatation des vaisseaux, consécutive à Tapplication du froid sur un organe, est accompagnée d*un ralentissement du cours du sang. Ce ralentissement est favorisé par ce fait, démontré expérimentalement par Hastings etLehmann, que le relâchement des artérioles atteint son maximum alors que les veines sont encore contractées. A un moment donaé, la stase est complète dans certains départements vasculaires.
Déjà Hunter avait noté que quand on sectionne Toreilled'un lapin, plongée préalablement durant une heure dans un mélange réfrigérant, il ne s'écoule pas une seule goutte de sang, celui-ci ayant cessé de circuler dans Torgane refroidi. On conçoit dès lors comment les chirurgiens ont été amenés à employer le froid comme slyptique pour combattre les hémorrhagies, mais si l'examen microscopique nous rend parfaitement compte de la manière dont se produit Tarrêt du sang dans les vaisseaux intacts, on ne s'est pas jusqu'ici préoccupé de donner une explicaion plausible de Faction styptique exercée par le froid sur les vaisseaux sectionnés.
En somme, les eflFets locaux de la réfrigération d'un organe consistent dans une anémie initiale, liée à une contraction active deç vaisseaux, et suivie bientôt d'une congestion ou hypérémie due probablement à un relâchement jjaraly tique des parois vasculaires. Il importe de noter ici que les modifications du calibre des va.is96aux déterminées par le froid, s'observent encore quand on sectionne les nerfs vaso-moteurs. C'est ce qu'il est facile de démontrer sur l'oreille du lapin..
D*une façon générale, les vaisseaux peuvent encore, en vertu de la contractilité de leur paroi, modifier leur calibre, alors qu'ils sont privés de toute communication avec les centres nerveux. Les expériences de Voit, de M. Vulpian et de Rœwer, démontrent en effet que chez un lapin auquel on sectionne le grand sympathique cervica», on observe encore des contractions rhythmiques des vaisseaux de Toreille. Les expériences de Mosso, faites sur des reins extirpés, sont plus démonstratives encore. Il est certain, d'autre part, que les modifications du calibre des vaisseaux, privés de leurs connexions avec le système nerveux, s'observent en particulier à la suite d'irritations locales. Ainsi Weber a pu développer des phénomènes congestifs sur là partie amputée d'une grenouille, en la soumettant à des irritations locales. Le même fait a été observé par Ryneck. Ce dernier liait la patte d'un6 grenouille à sa racine. Il attendait que le cours du sang et les contractions rhythmiques des vaisseaux fussent complètement suspendus dans le membre ainsi isolé. Il a vu alors que si on dépose sur la membrane natatoire de ce membre une goutte d'ammoniaque, le sang se met en mouvement pour affluer vers le point irrité, qui devient le siège d'une congestion locale. Le même effet s'observe quand on remplace le contenu normal des vaisseaux par du lait, ce qui prouve que le sang, et en particulier les globules rouges, jouent un rôle purement passif dans la production du phénomène. On peut rapprocher de ces expériences celles de M. le professeur Vulpian.
Mais si la contraction vasculaire déterminée par le froid au point d'application peut, dans certains cas, être un phénomène purement local n'impliquant pas l'intervention du système nerveux, il est très-probable qu'il n'en est pas ainsi dans les circonstances habi^
tUisUea. La plupart des physiologistes, M. Vulpian, en particulier, admettent que les troubles vasculaires qui succèdent à rapplication locale du froid et, d'une ûiçon générale, à une irritation quelconque se développent par le mécanisme des réflexes. Par contre, OXL s'accorde moins sur la question de savoir, si la dilatation vasculaire qui succède, en pareil cas, à la contraction initiale, est un phénomène exclusivement passif dû à la fatigue, à l'épuisement des éléments contractiles des vaisseaux, ou si cette dilatation succède à l'irritation des nerfs vaso-dilatateurs sur Texistence et le rôle desquels on a beaucoup discuté dajQS ces derniers temps.
B. — Action du froid en application locale à une certaine distance du point d'application.
Lorsqu'on applique une source de froid sur le trajet d'une artère, on détermine un rétrécissement du calibre de ce vaisseau. Ce rétrécissement engendre à son tour une augmentation de la pression intra-vasculaire, et une diminution de la quantité de sang qui circule dans les ramifications périphériques de l'artère rétrécie.
Pour démontrer l'augmentation delà pression intravasculaire déterminée par le froid appliqué sur le trajet d'une artère,Winternitz, le premier, a eu recours à la méthode graphique. A cet effet, il relevait, avec le^sphygmographe de Marey,le tracé fourni par l'artère radiale d'un individu en bonne santé. Il arrêtait le curseur à mi-chemin de sa course. Puis il appliquait sur le bras et l'avant-bras correspondants, des comprefises trempées dans de Teau glacée. Au bout de deux minutes, il mettait de nouveau le curseur en mouvement. Le tracé ainsi obtenu se décomposait en deux segments : la première moitié présentait tous les caractères d'un tracé normal (fig. 1). Dans la
Fig. 1.
seconde moitié, les lignes d'ascension atteignaient à peine le tiers de leur hauteur primitive, et le dicrotisme disparaissait complètement. Ces particularités dénotent bien que, par suite de la contraction de l'artère radiale, sa capacité a diminué en même temps que la pression sanguine a augmenté dans son intérieur.
Quand les applications froides étaient renouvelées à de courts intervalles, le tracé devenait presque rec-
rig. z.
sphygmographique, n'est pas due à une action locale du froid qui, se propageant dans les tissus de proche en proche, impressionnerait directement les éléments musculaires du vaisseau. Le rétrécissement de ce dernier s'opère évidemment par le mécanisme des actes réflexes, comme le démontre Texpérience suivante de Winternitz: Le médecin viennois a constaté que, quand au lieu]d'appliquer le froid sur le trajet de
la radiale, on frictionnait la peau du coude au niveau de la gouttière du nerf cubital, à Taide d'un morceau de glace et pendant un espace de temps de deux minutes environ, le tracé sphygmographique se modifiait encore, de façon à révéler une contraction intense de Tartère radiale, comme le démontrent les tracés sphygmographiques suivants (âg. 3, 4, 5, 6.) Pareil
Fig. 4. — ïiacé de la radiale avant.
effet s'obtient également lorsque le morceau de glace est mis en contact avec d'autres [points [de la peau
situés sur le trajet de gros troncs nerveux, par exemple au niveau du plexus brachial.
Fig. 6. — A avant, &, après une tïiuiiuu aveu un luoiceuu ue giaoe ua uixovia du cubital.
La contraction vasculaire déterminée à distance par la réfrigération des téguments se traduit encore par un afflux moins considérable de sang dans les ramifications périphériques de l'artère rétrécie. Si, en effets on mesure, avec un thermomètre d'une grande précision, la température du creux de la main, chez un individu bien portant, et si ensuite on applique sur le bras du même côté des compresses imbibées d'eau glacée, on constate que la température du creux dé la main s'abaisse de quelques dixièmes. Dans leà
expériences instituées par Wintemitz, cet abaissement de température atteignait jusqu'à 1%3, et coïncidait avec nne élévation équivalente de la température axillaire» De même l'application du froid sur le trajet des carotides provoque un abaissement de tempé-
vertébrale (Winternitz).
rature dans le conduit auditif externe. Or, il est impossible d'admettre que rabaissement de température obtenu, en pareilles circonstances, soit dû à ce que le froid se propage directement par Tintermédiaîre du sang aux tissus qui reçoivent leurs ramifications vasculaires d'une artère déterminée. Nul n'ignore avec quelle rapidité l'équilibre de température du sang se rétablit lorsque cet équilibre est rompu par une soustraction de chaleur opérée en un point quelconque de l'organisme. On sait, d'autre part, que la température d'un organe périphérique dépend, toutes choses égales d'ailleurs, de la quantité de sang qui le traverse daus l'unité de temps. D'après cela, si l'application du froid sur le trajet d'une artère détermine un abaissement de température dans les tissu» situés à la périphérie, il est permis d'en conclure que la masse du sang qui circule dans ces tissus a diminué. On s'explique de même comment il se fait que la température s'élève en amont du point où est appliqué le froid. Par suite du rétrécissement de l'artère radiale, par exemple, déterminée par une application de glace sur le bras, les résistances au cours du sang augmentent; le sang s'accumulera donc dans le segment de l'ai^tère -situé en amont de
la portion rétrécie. Or, ràccumulation du sang eu un point situé à une certaiae distance de la périphérie engendre forcément une élévation de température. Liebermeister, qui a tout particulièrement insisté sur les rapports de la circulation- et de la température des différents départements vasculaires del'organisme, a posé en principe que tout ralentissement du sang dans les organes profonds entraîne une élévation de leur température locale et réciproquement, tandis que l'inverse a lieu pour les organes périphériques. C'est que dans la profondeur de l'organisme, la caloriflcation atteint son activité maxima et la déperdition du sang y est presque nulle. A la périphérie au contraire, la déperdition de chaleur l'emporte de beaucoup sur la production. Or, le sang circulant tour à tour à travers tous les organes de Téconomie, tend à ramener leur température au même degré, en empruntant de la chaleur aux organes profonds pour la céder ensuite à ceux qui sont le plus exposés à se refroidir. La diminution de l'apport du sang, causé par le froid dans les tissus situés à la périphérie du point d'application, est susceptible de recevoir une démonstration directe, comme le prouve l'expérience suivante de Winternitz. Ce dernier s'est servi d'un appareil dont la construction est fondée sur le même principe que le plethysmographe de Mosso. Un cylindre de verre, ayant des dimensions suffisantes pour pouvoir loger le bras d'un adulte, est fermé à une de ces extrémités. L'autre extrémité est munie d'un obturateur en caoutchouc, percé à son centre d'un orifice circulaire. Cet orifice a un diamètre assez grand pour livrer passage à la main et au bras de l'individu sur lequel on expérimente. U faut de plus, que les bords s'appliquent exactement sur le membre qui y est engagé, sans exercer sur lui une pression trop^ forte,
capable de gêner la circulation. Le cylindre est muni d'une autre ouverture, reliée à un manomètre par un tube en caoutchouc. Une fois que le bras est engagé dans l'appareil, on remplit celui-ci d'eau, ainsi que le raan< d'ex] alors mett] rieui des < unes les n appa
oscillations, on constate que lorsque l'eau qui remplit l'appareil est à une température basse, les différentes ondulations du tracé atteignent une amplitude beaucoup moindre que quand l'eau se trouve portée à une température un peu élevée (Voyez : flg. 8 et 9). Dans
l«'jg. 8. — Courte volamétrique d'an bias j4ongc dms de l'eau à 8»».
le premier cas, la surface libre du liquide dans le manomètre atteint des niveaux moins élevés, ce qui démontre bien que le bras présente alors un volume moindre et renferme, par conséquent, une masse de sang moins considérable.
En somme, de ce qui précède on peut conclure que l'action topique du froid sur les gros vaisseaux, situés à une certaine distance du point d'application, a pour effet de rétrécir ces vaisseaux, d'augmenter la pression
intra-yasculaire et de diminuer la masse du sang qui y circule. Cette action topique du froid est limitée à un département restreint de la circulation, et il n'est pas possible de dire à priori quels sont les vaisseaux
Fig. 9. — Coarbe voîumétrique d'an bras plongé dans de l'eau à 3So.
qui se contractent lorsqu'on refroidit un point déterminé de la peau. Winternitz pense qu'il existe des lieux d'élection dont l'excitation porte à son maximum la contraction d'un département vasculaire déterminé. Ainsi l'application du froid sur les extrémités inférieures entraîne la contraction violente des vaisseaux de l'encéphale, avec abaissement de la température dans le conduit auditif externe; on peut, à l'aide de ce moyen, combattre avantageusement les congestions céphaliques.
La réfrigéi:ation des membres supérieurs ne produit rien de semblable; par contre, elle est parfaitement capable d'enrayer un accès d'asthme, et elle semble, par conséquent, influencer la circulation des organes respiratoires.
D'un autre côté le froid, en application locale, peut exercer sur certains départements vasculaires une action diamétralement opposée à celle que nous ôônnaissons déjà, jcomme le démontrent les recherchés de SchûUer. Cet expérimentateur à étudié Tactioû topique du froid sur les vaisseaux de la pie-nière, chei des
lapiùs qu'il avait trépanés de chaque côlé delà ligne méJiabe. L'application d'un morceau de glace sur la dure-mèrè mise à nu provoquait une contraction énergique des vaisseaiix de la pie-mère, contraction qui persistait encore trente secondes après que le morceau de glace avait été enlevé. Au contraire TappUcâtion d'une compresse froide sur le ventre ou sur le d'^s de l'animal était suivie dune dilatation immédiate des vwseauxi de la pie-mère. De plus, Schûller avait soin d'extirper le ganglion cervical supérieur, d'un seul côté. Or, les vaisseaux de la pie-mère du côté correspondant n'étaient presque pas influencés par les applications réfrigérantes'
On peut conclure de là, que c'est par l'intermédiaire du grand sympathique que le froid modifie l'état de contraction des vaisseaux de la pie-mère. Dans le cas notamment où le froid produit une dilatation de ces vaisseaux, il semble probable qu'il agit en excitant 1er nerfs vaso-dilatate irs; mais l'existence de ces dv^rniers n'est pas encore suffisamment démontrée pour qu'une pareille explication puisse être tenue pour valable.
G. — Action du froid en application locale sur la circulation générsde.
l*^ Action sur It' pouls. — Jusqu'ici on ne s'est occupé que fort peu de l'action que le froid, en application locale B\xr une faible étendue de la peau, exerce, sur la circulation générale.
Rœhrig, le premier, à remarqué que qnand on refroidit fortement l'oreille d'un lapin, le nombre dea pulsations augmente au début, pour diminuer ensuite légèrement. Cette action du froid sur la fréquence du pouls cesse de se produire lorisqu'on sectionne préa- lablement les pneumogastiques dû l'animal sur lequel
on expérimente. D*où Rœhrig conclut que Taccélération du poula déterminée par une réfrigération locale des téguments se produit par Tintermédiaire des nerfs vagues, qui sont excités par voie réflexe.
Winternitz a contrôlé sur l'homme les expériences de Rœhrig. Pour obtenir une représentation graphique des modifications subies par le pouls, sous Tinfluence d'une réfrigération locale de la peau, il a eu recours au cardiographe de Maurisse et Mathieu. Il a pu constater de la sorte que chaque application de glace sur la nuque de l'individu en expérience, donnait lieu à une accélération immédiate des contrac tiens du cœur. Quand Tapplication du froid est prolongée pendant un temps suffisamment long, le pouls se ralentit au contraire. Pareil effet s'observe immédiatement après une réfrigération de courte durée.
Dans Tune des expériences de Winternitz , Taccélération du pouls fut de six pulsations. Le degré de cette accélération varie d'ailleurs avec Timpressionnabilité du sujet. Quand on a affaire à des individus qui présentent une accélération permanente du pouls (chez les fiévreux, dans le cas de palpitations nerveuses, de maladie de Basedow, etc.), l'application locale et de courte durée du froid détermine d'emblée le ralentissement du pouls.
Lorsque l'on arrache le cœur d'un animal vivant, il continue de battre pendant un temps assez long. Or, on peut à volonté ralentir ou accélérer les contractions de ce cœur isolé des centres nerveux, suivant qu'on abaisse ou qu'on élève sa température. Ces mêmes effets sont obtenus lorsqu'on fait passer par les vaisseaux du cœur extirpé à un animal, du saDg dont on abaisse ou élève la température. L'expérience peut être poursuivie avec succès pendant plus d'une heure, comme l'a fait voir Horwath.
Cyon a également étodlé Finflaence de la température sur le cœur de la grenouille. Il a vu que quand on abaisse progressivement la température du milieu dans lequel se trouve placé le cœur extirpé, les contractions automatiques se ral^itibscnt pour cesser complètement quand la température descend au-dessous de 0** à 4.\ Llntensité de la contraction automatique corres]^nd à une température un peu supérieure à 0^ Ce maximum se maintient sensiblement jusqtfà 15" ou 19% pour diminuer ensuite à mesure que la température du milieu ambiant s'élève. La durée de chaque contraction augmente, à mesure que la température s'abaisse, tandis que la durée de chaque systole reste sensiblement constante. D'où l'on peut conclure que rabaissement de température du milieu ambiant, au-dessous de 10", diminue le travail utile du cœur.
Quand le cœur est exposé à une basse température, il est moins apte à se laisser distendre.
Quand le cœur se trouve placé dans un milieu dont on abaisse brusquement la température de 20" à 0'» par exemple, ses contractions se ralentissent et deviennent vermiculaires. Mais au bout de quelques minutes, les contractions cardiaques deviennent de nouveau plus énergiques, et les choses se passent comme dans le cas où la température du milieu inférieur s'abaisse progressivement.
Toutes ces expériences démontrent que si, dans les circonstances habituelles, le froid influence l'activité du cœur par l'intermédiaire du nerf vague, il peut arriver au même résultat en agissant directement sur les ganglions autonomes du cœur. D'ailleurs Cyori et Tarchanoff ont démontré que les cellules ganglionnaires qui.sont situées à l'extrémité centrale du nerf vague, et celles qui communiquent avec l'extrémité périphérique de ce même nerf, sont influencées
d'une façon identique par les excitants thermiques. Ces deux groupes de cellules nerveuses sont donc équivalentes au point de vue physiologique. Les temj3ératures élevées agissent sur elles en les excitant» tandis que le froid paralyse leur activité. .
2* Action de la pression sangiiine. — L*eflfet desapplica-' •lions locales du froid sur la pression intra-vasculaire a été peu étudié e': partant est encore mal connu, Winternitz affirme, mais sans fournir de preuves positives à l'appui de son assertion, que le froid, en application Jocale, ne modifie pas la pression sanguine dans son ensemble. Il y a bien dans les départements vasculaires qui se contractent sous l'action topique du froid une élévation locale de la pression intra- artérielle. Mais comme la masse du sang nevarie pas d'uninstant à l'autre, la contraction de certains déparlements circulatoires est accompagnée de la dilatation d'autres portions du système vasculaire, cie telle sorte que la pression générale du sang se maintient toujours au même niveau.
Les expériences de Goltz, de Basch et de Hock •ont . démontré que l'ensemble des vaisseaux innervés par le grand splanchnique forme une sorte de bassin de réserve, où afflue le sang échappé des autres organes de Téconoraie par suite de la contraction brusque et énergique des vaisseaux de ces orgaues. Ainsi la dilatation des vaisseaux abdominaux contre^I>alance la contraction des vaisseaux périphériquesj de façon à maintenir la pression sanguine à un niveau constant. C'est précisément ce mécanisme qu'admet Winternitz, pour expliquer comment la pression intra- vasculaire n'est pas modifiée par l'action topique du froid sur les vaisseaux. • A l'appui de son opinion, Winternitz invoque les faits expérimentaux qui suivent t .
Un individu enveloppé dans une couverture de laine est mis dans une baignoire. Après quoi, on introduit son bras gauche dans un plethysmographe rempli d'eau à 32", et communiquant avec un appareil enregistreur. On fait fonctionner ce dernier pendant quelques instants, de façon à obtenir le tracé des modifications de volume du bras correspondant aux contractions du cœur et aux mouvements respiratoires. Pendant cette première phase de Texpérience, la courbe se maintient sensiblement au même niveau. Puis on verse dans la baignoire de Teau à 8*. Aussitôt la courbe s'élève d'une hauteur assez notable, ce qui annonce que le bras gauche a notablement augmenté de volume. Cette augmentation de volume persiste pendant 18 ou 20 secondes environ. On peut donc conclure que, dans un bain de siège, ce sont surtout les vaisseaux des organes abdominaux qui se contractent.
La seconde expérience ne difi'ère de la première qu'en ce que Teau versée à un moment donné dans la baignoire était à la température de 43*'. Les modifications subies par le tracé plethysmographique dénotaient que le bras introduit dans Tappareil subissait, au moment où l'eau chaude était versée dans la baignoire, une légère augmentation de volume de cinq secondes de durée , suivie immédiatement d'une diminution de volume qui persista pendant quatorze secondes pour ne disparaître que très-lentement.
Horwath qui a fait des expériences très-intéressantes concernant les effets du froid intense sur les animaux à sang chaud, est arrivé à des résultats qui sont en opposition formelle avec les affirmations de Winternitz.
Le physiologiste de Kiew s'est occupé surtout de
Labadib-Laqkave. — Froid. 2
Taction du froid appliqué sur la presque totalité des téguments, comme nous le verrons plus loin. Mais à la fin de son travail, il a soin de faire remarquer que l'immersion de la tête d'un animal dans l'eau froide produit sur la pression intra-artérielle les mêmes effets que ceux que Ton observe lorsque le corps tout entier de l'animal est mis en contact avec la source de froid. Dans l'un et l'autre cas, la pression intra-vasculaire s'abaisse jusqu'à devenir nulle.
D. — Action du froid en application générale sur la circulation.
1** Action sur le cœur et le pouls. — Tous les auteurs sont d'accord pour admettre que l'effet immédiat d'un bain froid sur le cœur est de ralentir les contractions de cet organe.
D'après Bence Jones et Dickinson, le contact du corps avec de l'eau à 17% 18** ou 20** commence par rendre le pouls faible et irrégulier. Puis le pouls se ralentit et ce ralentissement peut être de cinquante pulsations à la minute. Quand survient l'effet secondaire annoncé par le frisson, le pouls devient intermittent et presque imperceptible.
L'effet si prononcé obtenu par Bence Jones et Dickinson dans leurs expériences s'expliquerait, selon Fleury, par le mode d'application du froid employé par les auteurs anglais. Ceux-ci appliquaient l'eau sur la tête sous forme de douche froide, et il en résultait une impression plus directe et plus violente des centres nerveux.
Le D' Scharlau prétend avoir observé sous l'influence de bains à 19 degrés (centigrade) et de 2 minutes de durée, un ralentissement du pouls de 15 à 25 pulsations par minute.
Cl. Bernard a vu le pouls d'un cochon d'Inde se ralentir de 240 à 16 ou 20 pulsations par minute.
On peut rapprocher de ces faits l'observation de Blumenbach, qui rapporte c[ue, chez lesGroenlandais, le cœur ne bat que 30 à 40 fois à la minute,
2° Action sur la pression sanguine. — Les seules données que nous possédions sur Faction exercée par le bain froid, nous ont été fournies par les expériences d'Horwath, dont il a été question plus haut.
Horwath a constaté que lorsqu'on plonge des animaux à sang chaud dans de Teau froide, la pression intra-artérielle s'abaisse généralement jusqu'à devenir nulle. Parfois, cet abaissement de la pression intra-artérielle au lieu de se faire progressivement, survient d'une façon brusque, et alors on trouve, à l'autopsie des animaux, les vaisseaux remplis de sang coagulé.
A un moment où déjà la pression artérielle atteint son minimum, et où le cœur cesse par conséquent de battre (depuis plus de cinq minutes), la pression intra- veineuse était, encore dans les expériences de Horwath, assez haute pour que, à l'ouverture d'une veine, le sang fournît un jet de 10 centimètres de longueur.
C'est à l'abaissement énorme de la pression artérielle et à la coagulation concomitante du sang dans les vaisseaux, que Horwath attribue la mort des animaux plongés dans l'eau froide. Les chiens et les lapins cessaient de vivre lorsque leur température interne descendait à environ 19\ Mais si l'on prati* quait la respiration artificielle chez ces animaux, ils continuaient de vivre jusqu'à ce que la température corporelle descendît à environ -f- 50**.
3* Action sur les vaisseaux. — Lorsqu'un individu est mis dans un bain froid, le premier effet qui se
produit est une contraction des éléments musculaires de la peau, en tous points comparables à celle qui succède à l'action topique du froid au lieu d'application. Cette contraction est d'autant plus prononcée que la différence entre la température du corps et celle du froid est plus prononcée. Son intensité varie d'ailleurs d'un individu à l'autre, et Ton peut dire, d'une façon générale, qu'elle est en raison inverse de l'épaisseur du pannicule adipeux sous-cutané. C'est que cette contraction a surtout pour effet de rétrécir les vaisseaux de la peau, de diminuer la masse du sang qui circule dans les téguments et de limiter, de la sorte, la déperdition de chaleur qu'entraîne le contact .des téguments avec l'eau froide.
La contraction des vaisseaux de la périphérie, déterminée par le froid, coïncide avec le relâchement des vaisseaux dans les organes profonds. C'est ainsi qu'on s'explique les cas de congestion cérébrale, de congestion du rein avec hématurie, etc., qu'on l'a vue se produire parfois sous l'influence d'un bain froid prolongé. Cette dilatation des vaisseaux dans les organes internes a été constatée directement par Schûl- 1er, sur les vaisseaux de la pie-mère qui, dans les expériences mentionnées plus haut, se dilataient bien plus sous l'influence d'un bain froid que lorsqu'on se bornait à appliquer sur le ventre de l'animal une compresse glacée.