IV. ACTION DU BAIN FROID SUR LA DÉPERDITION DE CHALEUR
Sous l'influence d'un bain froid, la déperdition de chaleur, chez l'individu en bonne santé s'élève, considérablement au-dessus du degré normal. Liebermeister a calculé que dans un bain à 34% la déperdition de chaleur est sensiblement égale à ce qu'elle est dans les circonstances habituelles.
Dans un bain à 30% elle augmente du double, dans un bain à 25° elle est plus que triple, et dans un bain à 20° elle est plus que quintuple de son taux normal. Il existe donc une relation presque mathématique entre la différence de température du bain et de l'organisme et la quantité de chaleur perdue par ce dernier dans un même espace de temps. On peut poser comme règle générale, que, toutes . choses égales d'ailleurs, pour un môme individu la déperdition de chaleur est proportionnelle à la différence des températures du bain et du corps.
La déperditioa de chaleur ne présente pas, d'ailleurs, la même intensité pendant toute la durée du
bain froid. Elle atteint sa limite maxima immédiatement après rimmersion du corps dans Teau froide, puis elle diminue peu à peu pour rester ensuite stationnaire. Durant le premier quart d'heure, elle est à peu près deux fois et demie aussi considérable que durant chaque quart d'heure qui suit.
§ V. ACTION DU FROID SUR LA TEMPÉRATURE A. Action du froid appliquée localement.
1* Action topique du froid sur la température locale. — L'étude de l'action locale du froid sur les organes les plus rapprochés de la source réfrigérante n'a jusqu'ici que médiocrement attiré l'attention des expérimentateurs. On est généralement porté à croire que le froid appliqué sur la peau n'abaisse la température que des seuls téguments, et que par suite de la contraction des éléments musculaires cutanés et de la mauvaise conductibilité de la peau et du tissu celluloadipeux sous-jacent d'une part, et d'autre part des dilatations vasculaires d'origines réflexes provoquées par le froid dans les organes profonds, ceux-ci sont suffisamment protégés contre un abaissement de leur température. En d'autres termes, le froid appliqué sur la peau ne pourrait se propager directement qu'à une faible distance de la périphérie à la profondeur. Mais c'est là une opinion erronée, comme le démontrent les faits expérimentaux qui suivent :
Hagspihl, le premier, a étudié l'action du froid sur les organes profonds. Chez le lapin, il est arrivé à cette conclusion, reproduite par Wunderlich dans son Traité de Thermométrie, à savoir : que l'application d'une vessie de glace sur la paroi abdominale
d'un lapin détermine un abaissement de température des viscères et du rectum. Mais les expériences de Hagspihl ont été attaquées par Schultze qui les considère, et avec juste raison, comme étant sans aucune valeur. En effet, Tune des expériences de Hagspihl a été faite sur un animal qui avait cessé de vivre. Dans une autre expérience, l'auteur a négligé de suivre la marche de la température après Tenlèvement de la vessie de glace ; comme d'ailleurs Tanimal était immobilisé à l'aide de liens, on peut se demander si ce seul fait ne suffit pas à expliquer l'abaissement de la température. Reste une dernière expérience faite dans des conditions irréprochables, et où, à la suite d'une application de glace d'une heure de durée, la température d^s organes abdominaux descendit de ST'èL 35%25, tandis que dans le rectum l'abaissement de température ne fut que de 0%4. Mais |si l'on considère que chez le lapin la température corporelle est sujette à des oscillations très-étendues, ce résultat isolé perd beaucoup^ de sa valeur. '
Les résultats obtenus par Binz sur des chiens sont en contradiction formelle avec ceux de Hagspihl. Binz a constaté, en effet, que Tapplication d'une vessie de glace sur l'abdomen d'un chien, même quand elle est prolongée au delà de trois heures, n'exerce aucune influence sur la température des organes abdominaux ; seule la température du feuillet pariétal du péritoine s'abaisse dans ce cas de 38%5 à 19%3, au bout de trente minutes d'application de^la vessie de glace.
Par contre,^Ackermann ayant fait pénétrer un thermomètre dans la veine cave inférieure d'un chien, en l'introduisant par la jugulaire, a vu que sous l'influence, d'une application locale de froid sur les téguments, la température s'abaissait immédiatement avecélévations intercurrentes qui n'atteignaient jamais le ^degré pri-
mitif. Cet abaissement de la température du sang de la veine cave persista encore quelque temps après qu'on eut cessé de refroidir la peau.
Ce résultat se trouve confirmé par les recherches de Riegel qui a fait voir que, chez les chiens, des applications locales du froid sur les téguments déterminent un abaissement de température plus marqtié dans les organes profonds, en particulier dans la veine cave inférieure que dans le rectum et le vagin,
Schultze a également expérimenté sur des chiens, chez lesquels il introduisait un thermomètre dans la cavité abdominale à des profondeurs variables, en même temps qu'une vessie de glace était appliquée sur répigastre ou sur Tun des hypochondres de ranimai. Schultze suivait ensuite la marche de la température, et une fois Texpérience terminée, il sacrifiait l'animal pour mesurer avec précision la distance qui séparait la boule du thermomètre de la souice de froid. Voici les principaux résultats obtenus par cet expérimentateur : Lorsque la boule du thermomètre, introduite dans la couche musculaire des parois abdominales, était distante de la vessie de glace de 1/2 centimètre, la température au bout de 20 minutes ne s'abaissait pas de moins de 10' ; pour un éloignement de 2 centimètres l'abaissement de température était de 2" ; pour un éloignement de 6 3/4 centimètres, il était de 0%2-0%4, et do 0%2 dans le rectum.
Des recherches analogues ont été entreprises récemment par Virginie Schlikoff (de Moscou), élève de Quincke, quia étudié avec le plus grand soin rinfluence que les applications locales de froid exercent chez l'homme vivaixt sur la température des cavités naturelles et autres, telles que la bouche, le creux de la main, l'intestin (dans un cas de fistule intestinale), la cavité thoracique (dans deux cas de
thoracentèse). dans un trajet flstuleux consécutif à une carie avec névrose.
Les résultats obtenus par V. Schlikoff sont d'autant plus intéressants à connaître, qu'ils sont susceptibles de recevoir des applications pratiques.
a) Action topique du froid sur la température de la bouche. — Schlikoff introduisait un thermomètre très -mince entre la joue et les gencives de l'individu sur lequel elle expérimentait. Une fois que la colonne de liquide du thermomètre se maintenait à un niveau constant, une vessie de glace était appliquée sur la joue.
Voici les résultats obtenus dans huit expériences différentes :
Durée
de Tapplication
de la glace.
Exp. 1 1 heure.