EXPÉRIENCES SUR LES HOMMES SAINS
Abaissement
Température
Durée
Poids eorporel.
delà
du bain.
du bain.
température rectale.
id.
id.
id.
id.
C'est-à-dire qu'en moyenne, chez les fiévreux, rabaissement de Ja température rectale à la suite de bains à 20% 34^ 1/2 et de 18 à 63 minutes de durée, a été de 0*9. Au contraire chez des individus bien portants l'abaissement moyen de la température rectale n'a été que de 0"%, quoique la température des bains fût en général plus basse que dans le cas précédent.
Il reste donc bien établi que chez le fiévreux, il est
plus facile d'obtenir un abaissement de la température interne et de vaincre la régularisation de la chaleur pour un degré anormal ; cela n'a pas lieu chez l'homme sain. Mais ce résultat expérimental sufflt-il à lui seul pour nous autoriser à élever le froid à la hauteur de l'agent antipyrétique par excellence? Nous ne le croyons pas, et voici nos raisons :
Daprès ce qui précède, il est démontré que le fiévreux réagit contre une réfrigération modérée en augmentant la production de chaleur. Non-seulement, dans ce cas, nous n'obtenons pas d'abaissement de température, mais encore nous activons les combustions organiques, qui sont déjà exagérées par le fait de la fièvre.
Pour arriver à obtenir un abaissement immédiat de la température, il faut, chez le fiévreux comoie chez l'homme sain, recourir à une soustraction de chaleur assez considérable pour vaincre la régularisation. Alors aussi nous imprimons à l'organisme une perturbation profonde de toutes ses fonctions, comme cela a été indiqué dans la partie de ce travail consacrée à l'étude de l'action physiologique du froid. Cette perturbation se traduit, entre autres phénomènes, par une répartition vicieuse du sang dans les dififérents organes. Le sang est refoulé de la périphérie pour s'accumuler dans les organes profonds. C'est ce qui nous explique la fréquence plus grande des complications hémorrhagiques, en particulier des entérorrhagies chez les typhoïdiques- soumis à la médication réfrigérante. Nous aurons occasion de revenir sur ce point en traitant des résultats fournis par la méthode dite réfrigérante, tels que nous les ont fait connaître les statistiques publiées par un certain nombre de cliniciens.
Un autre effet fâcheux des soustractions excessives
de chaleur, c'est Tac tion dépressive qu'elles exercent sur les centres nerveux, et qui se traduit par un collapsus qui parfois peut éveiller de sérieuses inquiétudes.
On nous objectera peut-être qu'il est inutile de chercher à obtenir par une réfrigération intense un abaissement immédiat de la température corporelle. Il est prouvé qu'une soustraction modérée de chaleur élève d'abord la température interne pour l'abaisser ensuite, et les recherches de Jûrgensen et de Liebermeister démontrent que, chez le fiévreux, l'abaissement de température consécutif à un bain tiède l'emporte sur l'élévation qui se produit durant le bain, A cela nous objecterons que les cliniciens qui ont le. plus contribué à vulgariser la médication réfrigérante dans le traitement des fièvres, Bartels, Jûrgensen et Liebermeister lui-même ont érigé en principe que, pour obtenir un abaissement réel de la température ifiterne, il faut recourir . à des soustractions coîisidérâbles de chaleur.
On ne doit donc pas espérer, par exemple, produire un même effet avec un bain moins froid en lui donnant une durée plus longue, car si l'on consulte les auteurs qui se sont occupés de la calorimétrîe chez l'homme, on constate que, dans un bain, la déperdition de chaleur subie par le corps atteint son maximum dans les premiers instants de séjour au bain ; puis cette déperdition va en diminuant très rapidement. D'autre part, la déperdition de chaleur, pour des bains à diverses températures, augmente très-rapidement avec la différence des températures du bain et du corps, de telle sorte qu'au point de vue de son action réfrigérante immédiate, Teflfet d'un bain tiède est à peine comparable à celui d'un bain froid.
Le tableau suivant, dressé par Liebermeister, per-
Labadib-Lagravb. -- Froid. 8
met de juger à première vue de Tefifet utile obtfenu avec des bains à diverses températures. Dans ce tableau, Tefifet utile est exprimé par la dififérence qui existe entre la déperdition de chaleur dans le bain et la déperdition de chaleur à l'état normal.
Poids
Tempérai.
Effet uiiie après
eorporel
(lu bain
9îi
De tout ce qui précède nous pouvons tirer cette conclusion : Rien ne saurait remplacer la température du bain. Si l'on veut diminuer l'intensité de la fièvre, il faut avoir recours à des bains réellement froids, c'est-à-dire dont la température est inférieure à 25* et même à 2ô\
Du reste alors même qu'on met un malade dans un bain suffisamment froid, pour qu'il en résulte un abaissement immédiat de la température interne, cet abaissement est des plus passagers. Au bout d'une heure, deux heures au plus tard, la température est revenue à sa hauteur primitive. Aussi les partisans de la médication réfrigérante exigent-ils, pour le succès de cette méthode, que la réfrigération par le bain soit renouvelée autant de fois que le comporte le degré de la fièvre. Il doit donc s'établir une lutte opiniâtre entre ]% médecin qui veut, à Taide du froid, juguler la
fièvre et les centres régulateurs de la calorificationqui, chez le fiévreux, tendent sans cesse à ramener la température interne à sa hauteur anormale. C'est ainsi que des médecins, Currie entre autres, ont administré à des malades atteints de scarlatine jusqu'à quatorze bains dans l'espace de trente-deux Tieures. Dans ces derniers temps, les imitateurs de Currie n'ont pas fait défaut, surtout en Allemagne, comme nous le verrons en parlant de la technique delà médication réfrigérante. Or, il est difficile de se convaincre que les brusques variations de la température qui, d'une heure à l'autre, s'élève et s'abaisse d'un degré et plus, n'exercent aucune action fâcheuse sur l'organisme. Bartels et Jûrgensen, se fondant sur leurs observations personnelles, affirment bien, il est vrai, qu'on peut sans aucun danger faire prendre à un malade autant de bains très -froids que l'exige le degré de la fièvre. C'est là une affirmation dont nous discuterons la valeur lorsque nous passerons en revue les principaux résultats statistiques publiés jusqu'ici paries partisans de la méthode réfrigérante. Disons seulement ici que même parmi ces derniers, il en est qui ont signalé, comme un eflet possible et même certain de ces élévations brusques de la température interne, des alternatives de déplé tion et de congestion sanguines des organes profonds, lesquelles favorisent au plus haut degré la déchirure des parois vasculaires souvent altérées par le fait du processus morbide fébrile.
Fièvre typhoïde.
Le professeur Jûrgensen, de Kiel, a l'un des premiers publié en 1860 des chiffres qui semblent militer fortement pour le traitement de la fièvre typhoïde par Teau froide. Ainsi, de 1850 à 1861, oirt été traités à Thôpital de Kiel :
— IIG —
330 — malades dont — 51 — c'est-à-dire 15, 4 pour 100 — sont morts de 1863 à 1866, ont été soumis à la médication réfrigérante.
160 — malades dont — 5 — c'est-à-dire 3,1 pour 100 — sont morts.
A la clinique de Ziemssen, àErlangen, sur 52 malades atteints de fièvre typhoïde et traités par Teau froide, 6 moururent, ce qui représente une mortalité de 12 pour 100.
A la clinique de Schmidt de cette même ville, la mortalité ne fut que de 7,1 pour 100 (4 morts sur 56).
Le docteur Scholtz (de Brème) a vu la mortalité dans la fièvre typhoïde s'abaisser sous l'influence de la médication réfrigérante à 4 pour 100 (6 morts sur 125).
A la clinique de Riegel (de Wurtzbourg), la mortalité dans la fièvre typhoïde s'est abaissée également à
4.4 pour 100 (7 morts sur 156), de 20 pour cent qu'elle atteignait avant l'emploi de lamédication réfrigérante.
Le D' Leichtenstern a relaté dans sa thèse inaugu^ raie, les résultats obtenus à la clinique de Munich dans le traitement de la fièvre typhoïde par Teau froide. Sur 373 malades^ 21 ont guéri, ce qui donne une mortalité de 5,4 pour 100. Des résultats analogues observés dans les hôpitaux de Munich ont été publiés par Von Bœck en 1870 (mortalité 4 pour 100), par J.-M. Kœrber en 1874 (mortalité 5,6 pour 100), par Bauer (mortalité 6,8 pour 100), par Zaubzer (mortalité 5,6 pour 100).
Gœtz (de Vienne) compte 3 morts sur 54 typhoïdes traités par l'eau froide, ce qui fait une mortalité de