SUR
Il n'est guère de recherches qui méritent plus l'attention des savans que celles qui ont pour objet d'étudier la mortalité de l'espèce humaine ; cependant malgré les nombreux travaux entrepris pour en déterminer la loi, bien des données nous manquent encore sur ce sujet important. Ce n'est que vers la fin du XVII e siècle, que
1 Ce mémoire , composé depuis plusieurs années , a été lu , en 1835 , à l'académie des sciences morales et politiques de l'Institut de France , qui en a donné une analyse et des extraits dans le tome I" de ses Mémoires. Quelques additions y ont été faites depuis, surtout dans la partie qui concerne la Météorologie de la Belgique.
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J. Graunt et l'astronome Halley calculèrent les premières tables de mortalité; cet exemple fut suivi par un grand nombre de savans, et leurs recherches reçurent un nouveau but d'utilité par la création des sociétés d'assurances sur la vie. Cette ingénieuse application de la science contribua plus que toute autre à populariser l'idée qu'il existe, pour l'espèce humaine, des lois qui s'accomplissent avec autant de régularité que celles qui concernent les phénomènes purement matériels.
L'expérience à son tour, en confirmant les résultats de la science, vint lui proposer de nouveaux problèmes à résoudre; elle fit connaître que la mortalité n'est pas la même pour les hommes et pour les femmes, et que, dans la formation des tables, il devenait essentiel d'établir la différence des sexes. Toutefois cette distinction, malgré son utilité bien constatée, n'a guère été admise encore par les sociétés d'assurances sur la vie, peut-être à cause de la difficulté de réunir des observations exactes.
Le séjour des villes ou des campagnes n'exerce par une influence moins sensible : il pouvait être intéressant de chercher également à la déterminer; je crois en avoir présenté un des premiers exemples en publiant, pour la Belgique, une table qui présente cette distinction en même temps que celle des sexes \ La science, en s'enrichissant de données nouvelles, parviendra sans doute à porter ces recherches beaucoup plus loin, et perfectionnera également les travaux qui déjà ont été entrepris par des savans distingués pour éclaircir plusieurs autres questions d'hygiène publique, et entre autres celle qui concerne l'influence des professions.
Il est une autre influence très-prononcée, moins utile sans doute à considérer pour les sociétés d'assurances , mais qui n'en offre pas moins un intérêt réel , et surtout pour les sciences médicales et l'histoire naturelle de l'homme; c'est celle qu'exercent les saisons.
1 Recherches sur la mortalité et la reproduction , par MM. A. Quetelet et Smits, 1 vol. in-8°, Bruxelles, 1812; chez Haumann.
Déjà des recherches nombreuses ont été présentées sur ce sujet, et l'on a reconnu que, dans nos climats, les grands froids sont en général mortels pour l'espèce humaine; et que, pendant l'hiver, on compte un plus grand nombre de décès que pendant l'été. En m'occupant de cette question pour la Belgique, j'avais montré que l'influence des saisons est plus sensible encore dans les campagnes que dans les villes. Mais cette observation était trop complexe pour qu'on ne dût pas essayer d'analyser les faits particuliers qu'elle résume. Il était intéressant de rechercher si les rigueurs de l'hiver sont également funestes à tous les Ages, et si les nombres maxima et tninima des décès tombent invariablement dans les mêmes mois, aux différentes époques de la vie, ou s'ils se déplacent.
C'est cette question intéressante, mais difficile, que je me suis proposé d'examiner dans ce Mémoire; je n'ai point reculé devant les calculs longs et fastidieux auxquels j'ai dû me livrer; et pour compléter autant que possible mes recherches, j'ai formé des tableaux qui sont à la fois des tables de mortalité pour les différens mois, pour les hommes et les femmes, pour les villes et les campagnes. Je ne pense pas que ce sujet ait été embrassé d'une manière aussi générale, je ne pense pas même qu'on eût fait la distinction des mois dans aucune table de mortalité, avant l'essai qui en a été présenté dans les Recherches sur la reproduction et la mortalité de l'homme. Seulement quelques travaux spéciaux avaient été entrepris sur ce sujet, et particulièrement sur la mortalité des enfans nouveau-nés; un mémoire de MM. Villermé et H. Milne-Edwards, présenté à l'Académie royale des sciences de Paris, le 2 février 1829, et inséré dans les Annales d'hygiène, établissait les faits suivans pour les trois premiers mois qui suivent la naissance de l'enfant : 1° que le froid tend à accroître beaucoup les chances de mort pendant le premier âge de la vie; 2° que la continuité d'une température trèsélevée exerce une influence analogue quoique moins marquée, et 3° que c'est une chaleur douce, mais non excessive, qui est l'état thermométrique le plus favorable à l'entretien de la vie des nouveau-
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nés. Je n'ai pu réussir à me procurer des documens semblables pour les autres époques de la vie, afin de faire des rapprochemens avec les résultats auxquels je suis parvenu de mon côté \
Les nombres dont je me suis servi, ont été puisés dans les documens officiels du bureau de statistique établi en Belgique, près le ministère de l'intérieur; ils embrassent environ 400,000 observations; ils concernent toute la Belgique, et se rapportent aux 5 années de 1827 à 1831. Cependant l'occupation de Maestricht et de Luxembourg a laissé des lacunes dans les tableaux dressés pour la partie orientale de notre royaume.