JUSTINIEN
L'empire, dit Bossuet, avait repris quelque force sous Justinien ^ Pendant que Bélisaire et Narsès brillaient par leur valeur, Tribonien et Théophile préparaient la refonte des lois. Justinien aima la gloire. Celle de grand législateur ne pourra jamais lui être enlevée.
3e sais tout ce qu'on a dit de lui sous ce rapport. La mobilité de ses idées, les jactances orientales de ses conseillers, leur ignorance des antiquités historiques du droit, leur style ampoulé et diffus, ont été l'objet de vives
1. Consultez le portrait de ce prince par Gibbon, t. VIII, p. 162.
censures ^ On a critiqué aussi la forme de leurs compilations, l'emploi malhabile des matériaux, l'impitoyable dissection des chefsd'œuvre du troisième siècle^ consommée par Tribonien avec l'orgueil d'un novateur et Tinfidélité d'un faussaire. J'accorde tous ces reproches. Mais l'avouerai-je? le droit dont Justinien a été l'interprète me paraît bien supérieur à celui qu'on admire dans les écrits des jurisconsultes classiques du siècle d'Alexandre Sévère. J'abandonne la forme à qui voudra la condamner. Que l'art soit sans pardon pour un ouvrage qui lui insulte si souvent! Mais le fond est excellent; il surpasse le droit de l'époque classique autant que le génie du christianisme surpasse le génie du stoïcisme. Presque toujours Justinien a rapproché le droit du type simple et pur que lui offrait le christianisme. Il a fait pour la philosophie chrétienne ce que les Labéon et les Caïus avaient fait pour la philosophie du Portique. Sans doute il l'a