ESCLAVAGE
J'ai montré ci-dessus quelle fut la théorie philosophique de l'esclavage avant Sënèque. Nous avons vu que, jusqu'à l'époque où le christianisme commença à ramener les esprits aux principes de la charité, les maîtres romains abusaient de leurs esclaves par les pkis affreux traitements. « Nos esclaves sont nos ennemis y » disait Caton*, mot cruel qui servait d'excuse à tout ce que la tyrannie domestique peutinventerde plus odieux. L. Q. Flamininus, sénateur, fit mettre à mort un de ses esclaves,
•1. Sénèque !e réfute, lettre 47.
150 DE l'influence du christianisme sans autre motif que de procurer un spectacle nouveau à un de ses complaisants qui n'avait jamais vu tuer un homme*. Poil ion, ami d'Auguste, entretenait dans ses viviers des murènes d'une énorme grosseur auxquelles il faisait jeter ses esclaves pour pâture ^ Tel était le droit du maître sur ses esclaves ! Si quelquefois, dans un jour propice, l'esclave avait bien mérité de l'arbitre de sa destinée, soit en lui apportant une bonne nouvelle, soit en lui rendant un service signalé, il lui était permis, par exception , de réunir quelques compagnons dans un joyeux festin, dont la figue, la noix, les fèves, les olives et quelques débris de gâteaux formaient tous les apprêts ^ Les plaisirs de l'esclave n'allaient pas au delà ; mais la somme de ses infortunes n'avait pas de limites.
1. Plutarquc, Vie de T. Flamininus ^ xxxv ; Boclin, La République, p. 38.
2. Sénèq., de Ira, III, 40. de Clementia, I, 18. Plin., liv. IX, ch. XXXIX. Dion, LIV, 23. Boclin, p.. 38.
3. Voyez le Stichus àe Plante, act. III, se. i; act. V, se. m, (édii. Panck., l. IV, p. 3^18, 388).
Néron fut le premier, suivant Bodin^, qui chargea un magistrat de recevoir les plaintes des esclaves contre les excès de leurs maîtres. L'ami de l'affranchi Narcisse, le patron de tous ces échappés de la servitude, plus puissants à sa cour que Burrhus et Sénèque, s'était senti ému pour ses pareils de la pitié de Trimalcion^. Au milieu des saturnales du palais impérial, dans les orgies où la débauche nivelait les rangs, les esclaves avaient trouvé un protecteur dans le tyran des citoyens. Mais tout porte à croire que ses ordres eurent peu d'efficacité ^ Les plaintes de Sénèque nous révèlent de plus fort l'arrogance des maîtres et les misères des esclaves, moins bien traités que les bêtes de somme'*. Tandis que le maître est mollement étendu pour son souper au milieu